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Entre Mehdi Jomâa et l'ANC, qui gouverne en Tunisie ?
Publié dans Business News le 02 - 03 - 2014

« Ennahdha a quitté le gouvernement, mais il garde le pouvoir ». Cette phrase, devenue célèbre, du leader du parti islamiste, Rached Ghannouchi, revient sur la scène, ces derniers jours, avec la « crise » suscitée par l'arrestation d'Imed Deghij, chef de la section du Kram des ligues dites de protection de la révolution.
Depuis l'avènement de la révolution, jamais une arrestation n'a soulevé autant de tollé, notamment chez Ennahdha, Wafa et le CPR qui ont essayé de démontrer que leur mouvement n'était pas uniquement destiné à soutenir le dénommé Deghij, mais à protester et demander des éclaircissements quant aux conditions ayant entouré son arrestation.
Or, malgré la publication d'un communiqué officiel du ministère de l'Intérieur affirmant que l'action a eu lieu après autorisation du ministère public au Tribunal de première instance de Tunis et s'est déroulée conformément au respect de la dignité de la personne arrêtée, les contestataires continuent à prétendre le contraire sur la base de deux témoignages, ceux de la mère de Deghij et du propriétaire du café au Kram où a lieu l'arrestation.
Sans entrer dans les détails desdites conditions, qui seront difficiles à établir, tant les diverses versions sont contradictoires, il est intéressant de tirer les premiers enseignements de cette campagne sans précédent orchestrée par des partis politiques en faveur d'UNE personne qui n'a, théoriquement, aucun statut politique officiel, ni un passé militant honorable.
Les contestataires de cette arrestation, rejettent les accusations de personnalisation de l'affaire en assurant qu'ils essaient de défendre un simple citoyen contre ce qu'ils appellent, « les dépassements des agents de la sécurité qui ne respectent pas les droits de l'Homme ».
La démarche des élus de l'ANC, en allant chez le ministre de l'Intérieur pour exercer de la pression sur lui, constitue un précédent grave dans le sens où le gouvernement de Mehdi Jomâa risque, selon cette même logique, d'avoir sur le dos les députés à chaque fois qu'il prend une décision qui ne leur plait pas.
Ceci amène à se poser une question cruciale : qui gouverne en Tunisie en cette dernière période transitoire avec les élections définitives? La tradition veut que des procédures légales soient prises pour inviter tel ou autre ministre à se présenter devant les élus pour s'expliquer sur des faits ou une situation jugés préoccupants. Mais de là à imposer une rencontre avec le ministre pour réclamer l'annulation d'une mesure, la libération d'Imed Deghij dans le cas d'espèce, cela frise l'intimidation, voire l'ingérence !
En effet, entre le contrôle et la supervision de l'action gouvernementale et le fait d'imposer son diktat, il y a tout un monde. C'est dire qu'une aile bien déterminée d'élus semble convaincue de la théorie de M. Ghannouchi voulant que le vrai pouvoir reste entre les mains de l'ANC, dominée par une majorité relative d'Ennahdha et de ses satellites.
En face, le gouvernement de Mehdi Jomâa semble décidé, quant à lui, à assumer ses responsabilités et accomplir la mission qui lui a été confiée en vue de mettre à exécution les points de la feuille de route établie par le Quartet à l'issue d'un dialogue national ayant duré plus de quatre mois.
Le gouvernement, plus que jamais conscient du capital-confiance dont il bénéficie de la part d'une bonne partie de la population, poursuit, désormais son bonhomme de chemin. Ainsi, après un mois d'observation et d'étude de la situation dans les différents secteurs, politique, économique et sécuritaire, nombreux sont les indices qui prouvent qu'il est en train de passer à la vitesse supérieure, car il ne faut pas oublier qu'il est tenu par le facteur temps.
Face à de vastes chantiers et des dossiers urgents, en plus de la tâche essentielle consistant à mener le pays à des élections crédibles, démocratiques et transparentes d'ici la fin de l'année en cours, le gouvernement de Mehdi Jomâa est appelé à se montrer ferme dans le traitement des affaires du pays, tout en étant juste et à égale distance de toutes ses composantes politiques et sociales. C'est dire que la tâche se révèle complexe et ardue. Et l'affaire de l'arrestation du dénommé Deghij constitue un test sérieux quant à la capacité de l'équipe au Palais de la Kasbah à s'imposer tant qu'elle est dans ses droits, car la période n'est pas au laxisme face aux groupes violents et hors-la-loi qui veulent imposer leur loi. Il y va de la crédibilité du déroulement prochain des campagnes électorales et du scrutin.
En tout cas, les observateurs enregistrent, avec satisfaction, la nomination de 18 nouveaux gouverneurs, aux CV transparents, qui auraient la tâche de procéder, chacun, de son équipe de délégués, en attendant de procéder de la même sorte et selon la même approche, dans les administrations publiques et les grandes sociétés étatiques.
Il n'en demeure pas moins que l'opinion publique attend avec impatience, surtout, l'éclaircissement de la situation au sein même du ministère de l'Intérieur, à savoir, le départage des prérogatives entre les deux ministres, de l'Intérieur et de la Sécurité, et l'éloignement de certains cadres soupçonnés de constituer un véritable circuit parallèle au sein de ce département névralgique.
Entre ces deux pôles, l'ANC et le gouvernement, l'opposition semble patauger, déchirée telle qu'elle est, par les tiraillements, les luttes intestines et la guerre des alter-ego. Les formations de Nidaa Tounes, toujours le vent en poupe, et les autres partis progressistes et modernistes font, chacun, cavalier seul, plus particulièrement Al Joumhouri et l'Alliance démocratique qui rejettent toute forme de bipolarisation et continuent à être persuadés qu'ils sont en mesure de constituer une troisième voie crédible et représentative.
D'ailleurs, on n'a pas enregistré des communiqués ou des déclarations officiels au sein de ces deux derniers partis pour exprimer leurs positions vis-à-vis de la crise soulevée par l'arrestation du dénommé Deghij, à part l'intervention d'Iyad Dahmani à l'ANC, ou de la question de la révision des nominations.
Ce qui est certain, c'est que le gouvernement est bien présent, tout en s'abstenant de déclarations tonitruantes et propagandistes. On en saura davantage, en début de semaine avec la communication tant attendue de Mehdi Jomâa pour informer les citoyens de la réalité de la situation générale dans le pays, surtout sur le plan économique puisque de nombreux chiffres avancés par l'ancienne Troïka, pour faire croire qu'elle était une « équipe de réalisations », seraient erronés dont notamment ceux portant sur les grands projets et sur l'ardoise des dettes. La réalité serait toute autre et des chocs ne seraient pas écartés…


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