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Les grèves ponctuent le chemin vers la présidentielle
Publié dans Business News le 16 - 11 - 2014

La pression sociale est à son comble en ces jours de campagne présidentielle. En attendant le renouvellement des institutions de l'Etat, parlement, gouvernement et présidence, le gouvernement de technocrates doit faire face à une fronde sociale matérialisée par une recrudescence des grèves et des revendications. Un rapport du ministère des Affaires sociales établit un bilan sur les dix premiers mois de l'année 2014 pour recenser tous ces agissements. Le résultat montre la pression à laquelle est soumis le gouvernement de Mehdi Jomâa.
Alors que tout le pays est plongé dans les préparatifs de l'élection présidentielle, un vrai bras de fer a lieu entre les syndicats et le gouvernement. Jeudi 13 et vendredi 14 novembre 2014 il y a eu une grève des transports publics. Juste avant l'élection présidentielle, il y aura une grève des directions régionales de l'enseignement, une autre grève touche les services administratifs de la présidence du gouvernement. On rappelle également le bras de fer entre le gouvernement et l'UGTT concernant les augmentations de salaire dans le secteur public et dans la fonction publique. Le gouvernement de Mehdi Jomâa tente de léguer la décision au prochain gouvernement alors que l'UGTT met la pression pour que la décision soit prise par le gouvernement actuel.
Une source bien informée proche de la primature nous confie que le gouvernement est actuellement « harcelé » par ces différents mouvements sociaux. « Le président de la République est en campagne, l'ANC est gelée ou presque, et le gouvernement est seul à devoir faire face à tout cela », ajoute-t-elle. Quand on examine le rapport interne élaboré par le ministère des Affaires sociales et dont Business News a obtenu une copie, le constat est alarmant.
398 grèves ont été répertoriées au total concernant 197 sociétés pendant les dix premiers mois de l'année 2014. En comparaison à la même période en 2013, on constate une augmentation de 16% du nombre de grèves. Ces grèves ont touché 230.391 travailleurs au total avec 134.547 travailleurs participants à ces grèves, ce qui fait un taux de 58%. Pour l'année 2014, l'ensemble de ces grèves a coûté 311.929 jours de travail, ce qui représente une augmentation de 72% par rapport à l'année 2013 (181.344 jours de travail). Les entreprises publiques touchées par ces grèves sont d'une importance stratégique. Elles emploient également un grand nombre de personnes à l'instar de Tunisair, TRANSTU, la STEG, la SONEDE, Tunisie Telecom ou la compagnie Phosphate Gafsa.
Pour ce qui est des raisons de ces grèves, 44% concernent l'amélioration des conditions de travail et 31% sont en rapport avec le paiement de salaires et de primes. Plusieurs secteurs sont touchés par les grèves des travailleurs. En première position arrive le secteur des services et de la sous-traitance avec 21% de la totalité des grèves enregistrées. C'est une conséquence logique lorsqu'on voit la liste des entreprises concernées. En deuxième position c'est le secteur du textile, des vêtements et des chaussures qui est le plus touché avec 20% des grèves. Ensuite c'est le secteur de l'industrie métallique et mécanique qui occupe la troisième place avec 18% des grèves. A eux trois, ces secteurs totalisent 59% des grèves sur les dix premiers mois de l'année 2014.
Chiffres à l'appui, le gouvernement actuel fait face à plus de grèves et de mouvements sociaux que les gouvernements de la Troïka. La différence entre les différents gouvernements existe dans deux aspects fondamentaux. Le premier est que l'équipe de Mehdi Jomâa est isolée vis-à-vis de ces grèves car elle ne peut compter ni sur une Assemblée qui l'aiderait en votant les lois ou les accords, ni sur un président de la République puisque ce dernier est en campagne. Le deuxième aspect consiste dans le silence de ce gouvernement. En effet, ses membres ont choisi de ne pas polluer l'atmosphère publique, surtout en période d'élection, en assénant des accusations à la centrale syndicale comme l'avaient fait leurs prédécesseurs. Il faut rappeler, dans ce cadre, que la scène politique et médiatique aujourd'hui se consacre presque exclusivement aux élections, aussi bien législatives que présidentielle ce qui laisse peu d'espace au gouvernement.
Reste à savoir aujourd'hui quelle sera l'attitude adoptée par le gouvernement de Mehdi Jomâa. La réaction peut être de deux types. L'équipe Jomâa peut choisir la politique de l'autruche et faire la sourde oreille aux revendications syndicales qui concernent principalement les augmentations de salaire dans la fonction publique. Par la suite, ce gouvernement refilera à son successeur la patate chaude des grèves et du syndicat. La deuxième option serait de prendre le problème à bras le corps et de fixer une stratégie pour faire face aux mouvements sociaux. Le principal risque de cette option serait de voir le nouveau gouvernement remettre à plat tout ce qui a été fait avec les syndicats pour repartir à zéro ce qui serait susceptible d'enflammer le bras de fer entre syndicats et gouvernement.
Les relations avec la centrale syndicale seront l'un des enjeux principaux qui se poseront au nouveau gouvernement qui succédera à celui de Mehdi Jomâa. Le malaise social et les conditions des travailleurs ne vont pas s'améliorer avec des promesses et le prochain gouvernement risque de se confronter, dès sa prise de fonction, à une grogne sociale qui se matérialisera par des sit-in et des grèves. La légitimité des urnes ne sera pas un luxe pour le prochain gouvernement vu le nombre de dossiers qui l'attendent. Marouen Achouri


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