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Seize ans après, Bourguiba valeur refuge
Publié dans Business News le 06 - 04 - 2016

La Tunisie, toute entière, commémore, aujourd'hui 6 avril 2016, le 16ème anniversaire de la mort du leader Habib Bourguiba décédé en ce même jour de l'an 2000 à Monastir après une vie de 97 ans au cours de laquelle il a marqué la Tunisie conformément à sa vision et à sa conception de l'Etat et des institutions.


Qualifié de bâtisseur et fondateur de la Tunisie en tant qu' Etat moderne, légaliste et ouvert sur son environnement, notamment méditerranéen et européen, Bourguiba ou le « Zaîm » comme se plaisent à l'appeler les Tunisiens, s'est illustré par son courage à prendre les décisions les plus difficiles dans un temps où ni la conjoncture ni les mentalités ne s'y prêtaient.

En effet, après un cursus universitaire brillant avec des études réussies en droit dans les universités françaises et à l'issue d'un cursus militantiste encore plus brillant, « si Lahbib » décrochait le document de l'indépendance en ce 20 mars 1956. Et depuis, il a multiplié les réformes et a fait changer le cours de l'histoire du pays.

Qu'on en juge : le 8 avril 1956, il fut procédé à l'élection de l'Assemblée nationale constituante dont le leader Habib Bourguiba fut le premier président. Le 14 avril 1956, il fut chargé de former le premier gouvernement de la Tunisie indépendante. Le 25 juillet 1957, était proclamé le régime républicain et Bourguiba devenait président de la République.


Les réformes se succédèrent, ensuite, pour mettre en place un Etat moderne, parachever la souveraineté nationale et moderniser la société, à travers la propagation de l'enseignement et la promulgation du Code du statut personnel.

La Tunisie est donc, en cette journée de commémoration, reconnaissante à son principal et premier bâtisseur qui avait réussi, comme il le disait, lui-même, à faire « d'une poussière d'individus, d'un magma de tribus, de sous tribus, tous courbés sous le joug de la résignation et du fatalisme, un peuple de citoyens ».

Plusieurs faits saillants ont marqué la concrétisation des objectifs que Bourguiba s'est assignés. Tout d'abord, et on ne le répètera jamais assez, il y a eu cette grande réforme consistant à généraliser l'enseignement et à le rendre gratuit.
Ensuite, on citera le vote et la promulgation du Code du Statut Personnel (CSP) qui a libéré la femme tunisienne. Bourguiba, cet homme d'Etat d'exception, a réussi, ainsi une véritable gageure en libérant la femme à un moment où tous les autres pays arabes pataugeaient dans le sous-développement en la matière, la Tunisie prenait plusieurs longueurs d'avance, y compris sur bon nombre de pays européens.

C'est dire que la Tunisie doit énormément à Bourguiba qui a permis au pays de surpasser, pendant plusieurs années, ses voisins arabes et africains dans différents domaines de développement humain dont notamment dans les secteurs de la santé, de l'éducation, de l'emploi et de la culture.
Et c'est cette avance qui avait permis à notre pays d'occuper une position intermédiaire entre ses voisins du Sud et ceux du Nord tout en établissant des relations prospères aussi bien au niveau diplomatique que commercial avec ses voisins européens. Relations dont la Tunisie continue à récolter les dividendes jusqu'aujourd'hui.

La diplomatie était l'autre chasse gardée de l'ancien président, Habib Bourguiba qui avait su imprimer une cadence et un rythme conférant à la Tunisie un positionnement privilégiant la neutralité. Certains anciens diplomates tunisiens racontent cette période en donnant pour exemple les votes de l'ONU avec l'abstention américaine lors d'un vote devant sanctionner Israël à l'ONU, suite aux bombardements effectués en territoire tunisien. Une première dans les annales puisque ce fût l'unique fois où les Etats-Unis d'Amérique s'étaient contentées d'une abstention lors d'un vote concernant leur principal allié stratégique israélien.

On ne peut parler de Bourguiba sans évoquer deux faits marquants à savoir le célèbre discours prononcé à Ariha en Palestine le 3 mars 1965, un discours dans lequel il avait exhorté les Palestiniens à accepter les frontières correspondantes à celles votées par l'ONU en 1948. Près de cinquante ans plus tard, beaucoup s'accordent à dire que les Palestiniens auraient dû écouter Bourguiba à cette époque.

On se rappellera, également du fait anecdotique avec le fameux discours au Palmarium, un certain 15 décembre 1972, lorsqu'il s'y était dépêché pour répondre du tac au tac à un autre discours prononcé sur les mêmes lieux par Mouâmmar Kadhafi

Si l'œuvre de Bourguiba est, unanimement ou presque, saluée il n'en demeure pas moins qu'on lui reproche certaines entorses mais l'institution le 12 septembre 1974, suite à un amendement de la Constitution, de la présidence à vie pour sa propre personne reste le principal faux pas du Combattant suprême.

Après sa destitution par un coup d'Etat médical, unique dans les annales, le leader Habib Bourguiba fut assigné à résidence à Monastir, sa ville natale, où il s'était fait construire un imposant mausolée de marbre blanc.
Les langues s'étant déliées après la Révolution du 14 janvier 2011, nombreux sont les témoignages, dont notamment celui de son médecin particulier Dr Amor Chedly, et d'anciens gouverneurs de Monastir affirmant que Bourguiba était maltraité et qu'il était considéré comme étant dans une prison.
Le 5 mars 2000, Bourguiba est hospitalisé en urgence, mais retourne chez lui, 8 jours plus tard, où il mourra le 6 avril 2000 à l'âge de 97 ans environ.

Avec sa disparition, la Tunisie et le monde ont perdu l'un des chefs historiques qui ont conduit leurs pays à l'indépendance et à la liberté, et l'un des plus grands hommes que le vingtième siècle ait connus au Maghreb, dans le monde arabe, en Afrique et dans le monde.
D'ailleurs, aujourd'hui, la majorité des familles politiques se réfèrent au Zaîm. Cela a commencé avec Béji Caïd Essebsi et Nidaa Tounes avant que le phénomène ne s'élargisse à d'autres formations politiques dont, entre autres, le parti Ennahdha de Rached Ghannouchi.

Bourguiba est devenu une sorte de valeur refuge sûre qu'on ne peut taxer d'aucun extrémisme. Le bourguibisme devrait être, toutefois, selon ses véritables adeptes, préservé et protégé des intrus qui tentent de l'exploiter à tout bout de champ au risque de le banaliser et de le déformer.


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