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Kerkennah, un bateau destiné à couler
Publié dans Business News le 06 - 06 - 2018

« Est-ce que je prends le large ou pas ? » chantait le rappeur Balti dans sa chanson très populaire sur l'immigration clandestine. C'est la question à un million de dinars ou plutôt à quelques milliers de dinars pour beaucoup de jeunes Tunisiens. Les prix ne sont pas fixes, cela va de plusieurs centaines à quelques milliers de dinars. Tout dépend des embarcations sur lesquelles « on réserve ». Les conditions de la traversée varient d'une embarcation à une autre. La destination, elle, reste la même, l'Italie voisine, un eldorado miroitant, pour plein de jeunes qui préfèrent risquer leur vie, l'illusion d'un avenir meilleur.

65 personnes sont mortes lors du naufrage de l'embarcation qui a échoué au large des côtes de Kerkennah samedi, selon le bilan actuel. Un cataclysme pour le pays, mais une goutte dans un océan de migrants clandestins qui prennent le risque de traverser la mer méditerranée pour rejoindre l'Italie tant convoitée. Si le récent naufrage a créé une véritable onde de choc dans le pays, plusieurs jeunes veulent encore partir aujourd'hui, influencés par les « récits de réussite » du voisin, ami d'enfance, cousin ou connaissance qui a « réussi à rejoindre l'autre rive » et a « trouvé un travail qui lui permet d'envoyer de l'argent à ses parents chaque mois ».

« Il faut du courage pour partir. Si l'occasion s'offrait à moi, je n'hésiterai pas, je partirai tout de suite », s'exprimait un jeune, hier, en commentant le naufrage de l'embarcation de Kerkennah. Pas de quoi dissuader les centaines de jeunes fascinés par la traversée et qui rêvent de partir, chaque jour. Le drame de samedi est loin d'être un cas isolé. En octobre 2017, 45 corps ont été repêchés par les garde-côtes depuis le naufrage d'une embarcation à Kerkennah qui transportait des migrants clandestins. 38 personnes ont pu être sauvées.
Kerkennah est un point de départ de choix pour les migrations. S'il n'est pas le point le plus proche de Lampedusa, il offre aux passeurs une certaine « impunité ». En effet, depuis deux ans, Kerkennah, située à 20 km de la ville de Sfax, est devenue un no man's land sécuritaire. Les réseaux de passeurs, déjà bien installés sur place, ont pu travailler « à l'aise ». Le village de pêcheurs d'El Attaya, à 160 km au nord-est de l'île de Lampedusa, est le plus concerné. C'est de là que partent les petites barques de pêcheurs, discrètement, pour rejoindre au large les embarcations devant réunir plusieurs dizaines de migrants vers l'Italie.

L'immigration s'organise surtout par le bouche-à-oreille mais les réseaux sociaux n'y sont pas pour autant étrangers. Plusieurs pages sur le réseau social le plus populaire des Tunisiens, Facebook, proposent aux jeunes de prendre contact avec eux pour une « traversée », miroitant un avenir brillant. « Vous vivrez dans de beaux pays, aurez une nationalité et épouserez de jolies européennes à la peau blanche et aux cheveux d'or » voilà ce que propose l'une d'elles comme appât. Ajouter à cela, en plus et surtout, un salaire en devises. « Vous aurez droit à des allocations chômage. Chaque semaine, vos courses complètes seront gratuites, vous aurez droit au pain, à la viande, au fromage, aux légumes, au yaourt…. Les soins seront gratuits, les médicaments aussi. Vous logerez à un prix dérisoire et vous aurez droit à un salaire de près de 2500 euros si vous vous mariez et que vous avez un enfant », y lit-on aussi.


Derrière cette propagande, des Tunisiens qui ont « réussi leur coup » et qui postent sur la toile, racontent à leurs amis et familles, comment leur vie est devenue meilleure. « Ce sont vos droits, vos privilèges en tant que personne ».



Tous ne réussissent pourtant pas leur périple. Hier, mardi 5 juin, l'hôpital de Sfax s'est vidé petit à petit des familles endeuillées qui étaient entassées devant, il y a deux jours, chercher les corps de leurs enfants. Un spectacle éprouvant de dizaines cercueils transportés par les familles.
D'après les récits de survivants de la traversée, l'embarcation de Kerkennah était « partie pour couler ».Dans un enregistrement, l'un des survivants explique que deux embarcations étaient sorties en même temps dans la soirée du samedi 2 juin, jour du drame. L'un des deux bateaux était « destiné à être saisi par les autorités afin que le deuxième puisse arriver à destination ». « Il s'agit d'une diversion », explique-t-il. « L'embarcation était déjà endommagée et il était prévu qu'elle tombe en panne en pleine mer vu son état […] le capitaine a décidé de prendre le large contre les recommandations de son mécanicien qui lui a demandé de réparer d'abord son bateau l'alertant contre une catastrophe », explique la même source. L'embarcation finit par couler, entrainant au fond 65 personnes.


Un récit qui rejoint celui d'un autre rescapé, originaire de la ville de Bir Ali Ben Khelifa (gouvernorat de Sfax). Le jeune homme explique que les forces de l'ordre avaient empêché plusieurs jeunes de prendre le ferry de Sfax à destination de Kerkennah afin de les dissuader de prendre le large une fois arrivés dans l'archipel. « Plusieurs autres ont réussi à prendre le ferry, moyennant des pots-de-vin », explique-t-il, ajoutant : « nous sommes arrivés à Kerkennah avec de petites barques, pour rester discrets ». C'est une fois sur place que tout se corse, le nombre de passagers ce soir-là dépasse largement celui initialement prévu et annoncé par le capitaine de l'embarcation. « Le passeur n'a rien voulu comprendre. Il nous a dit que c'était comme ça et pas autrement et que nous pouvions nous jeter à la mer si les conditions ne nous plaisaient pas. Nous avons acquiescé. Une fois en mer, l'embarcation commençait à prendre l'eau et à chavirer. Nous avons demandé au capitaine de rebrousser chemin puisque nous n'étions pas loin des côtes tunisiennes. Il a refusé, comme s'il faisait exprès de faire couler le bateau. Au lieu de faire demi-tour, il a accéléré. Les gens ont commencé à hurler et à paniquer. Il y avait aussi des femmes. Je ne pouvais pas voir qui était là, il faisait noir et il y avait trop de monde ». C'est là que le drame arriva.

Les migrants ne viennent pas uniquement de Sfax, ils sont originaires de tout le pays. Des ressortissants d'Afrique subsaharienne étaient, par ailleurs, eux aussi du voyage. Mais certaines villes sont de véritables « nids à migrants potentiels ».
Dans la bourgade de Bir Ali Ben Khelifa, la migration clandestine est banalisée. Dans cette petite ville située à 80 km de Sfax, il y a deux moyens de « réussir » dans la vie : l'agriculture ou la contrebande. La « harga » se pose donc comme une alternative pour des dizaines de jeunes désabusés par le peu d'opportunités qui leur sont offertes.
Ahmed (tous les noms ont été changés) est un agriculteur aisé de Bir Ali Ben Khelifa. Ses affaires se portent bien. Ahmed a deux fils, l'un d'eux est aussi agriculteur et gère les affaires de son père, l'autre a pris le large. « Je l'ai moi-même fait monter dans le bateau et payé le coût de la traversée. Il nous envoie de l'argent chaque mois, il nous aide beaucoup ». Face à la crise, certains parents n'hésitent pas. Ils « investissent » même dans le départ de leurs enfants.
Kamel est professeur dans le collège public de Bir Ali Ben Khelifa. Il se rend à sa banque et demande un prêt afin de payer le voyage de son fils vers l'Italie. « Aucune autre opportunité ne s'offre à lui, il vaut mieux qu'il parte », explique-t-il.
Mabrouk n'est pas très jeune, il est marié et a deux enfants. Il téléphone à sa femme depuis l'Italie pour lui dire qu'il a décidé de partir et d'emmener l'un de leurs deux enfants. Sa femme n'était même pas au courant qu'il planifiait de partir, elle est dévastée.
Les récits de ce genre sont nombreux. Tous ne se ressemblent pas mais tous racontent l'histoire de personnes désespérées ou appâtées par un gain facile qui ont décidé de quitter leur pays pour rejoindre le « rêve européen ». Le chômage, la crise économique et la cherté de la vie étant des arguments de taille, la crise politique n'aidant pas. Les survivants et les familles des victimes accusent les autorités d'avoir contribué à la dégénérescence de la situation actuelle, à avoir poussé les jeunes à partir. « J'ai vu la mort, j'ai survécu mais je tiens encore à partir », confie l'un des survivants…


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