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La Tunisie demeure un site attractif pour les investisseurs français
Publié dans Business News le 08 - 01 - 2020

Depuis quelques années, les entreprises tunisiennes naviguent à vue et ne savent plus à quoi s'en tenir. Il y a eu un espoir de renouveau, de changement, de réformes et de prospérité avec la venue d'un nouveau souffle à la tête de l'Etat. C'est ce qu'on pense à tort en découvrant les chiffres du Baromètre de la CTFCI. Dans les faits, les entreprises ont compris qu'elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes et malgré une conjoncture nationale assez tendue la majorité des interrogés tablent sur une année 2020 meilleure que 2019.

Comme chaque année, la Chambre tuniso-française de commerce et d'industrie (CTFCI) a réalisé son baromètre de la conjoncture économique permettant de transmettre l'appréciation de la communauté de ses adhérents sur le climat des affaires dans le pays.
«Le baromètre permet d'avoir une idée claire sur les attentes des chefs d'entreprises, leurs appréhensions ainsi que les motifs qui expliquent au mieux leur confiance dans le site tunisien des affaires», explique le président de la chambre Foued Lakhoua. Et de soutenir que «malgré toutes les incertitudes qui continuent à planer sur le plan politique, économique et social, l'absence de visibilité et les carences en matière de gouvernance de services administratives et des infrastructures, certains indicateurs qui ressortent de cette enquête laissent optimistes, témoignant de la résilience des entreprises et de leur capacité à créer des richesses, à investir et à créer de l'emploi».
Ceci dit, il a souligné que «les problèmes et les insuffisances, qui persistent, rendent l'action d'investir toujours difficile, l'environnement des affaires peu propice et le renforcement de la compétitivité du site tunisien des affaires problématique». Il évoqué dans ce cadre «les freins qui bloquent aussi bien le processus de production que d'investissement et qui concernent l'absence d'une vision à la faveur du risque d'instabilité politique, la détérioration du climat des affaires avec le coût de facteurs moins favorables, la lourdeur et le manque de transparence des procédures administratives principalement services fiscaux, douane et Banque Centrale de Tunisie ainsi que la détérioration des infrastructures».

L'enquête a concerné 155 dirigeants adhérents de la CTFCI. Elle a été menée à une période clé, juste après les élections présidentielle et législatives (du 14 octobre au 5 novembre 2019), auprès d'échantillon aléatoire est représentatif de la population d'adhérents de la chambre composée d'entreprises opérant aussi bien pour le marché local qu'ayant le statut de totalement exportatrices.
En termes de répartition régionale, la majorité des entreprises interrogées, soit 75,3%, sont situées sur le Grand Tunis, 11,7% au nord-est, 10,3% sont localisées au centre est (Sahel ou Sfax) et 2,7% sont disséminées dans les régions du sud. En termes de secteurs, 59,4% des entreprises questionnées opèrent dans le secteur des services, 40% sont dans le secteur industriel et 0,6 % représentent le secteur agricole.

Il en ressort que 48,7% des entreprises interrogées s'attendent à une amélioration de leur chiffre d'affaires en 2019, un taux qui passera à 55,1% en 2020, selon leur estimation.
En outre et en dépit d'un sentiment d'insatisfaction presque général, 51,9% des entreprises annoncent avoir entrepris de nouveaux investissements en 2019 et 20,7% prévoient une baisse. Pour 2020, 51,2% des chefs d'entreprise prévoient une hausse de leurs investissements.
Côté emploi, 45,2% tablent sur une augmentation de leurs employés alors que 13,5% n'écartent pas une baisse de leurs effectifs.

S'agissant du paysage politique, 54,2% considèrent les dernières évolutions politiques dans le pays comme non favorables ou sans impact sur le climat des affaires et 20,6% ont préféré ne pas se prononcer. Pour l'année 2020, 31,9% des chefs d'entreprise considèrent l'instabilité politique comme facteur de risque pour leur activité, 21,3% redoutent l'instabilité du cadre fiscal, 13,5% estiment que la demande pourrait être affectée au cours de la prochaine période et respectivement 12,3% pensent que le manque de compétences et la fluctuation des prix des matières premières et de l'énergie pourraient constituer un frein à la reprise de leurs activités.

Quel que soit le secteur, les procédures administratives représentent la contrainte la plus sévère au développement des entreprises. Environs 5 dirigeants sur 10 pensent que les procédures administratives demeurent complexes, longues et peu transparentes. Ce sentiment concerne particulièrement trois institutions à savoir la douane, l'administration fiscale et la Banque centrale de Tunisie avec des taux d'insatisfaction respectivement de 35,3%, de 41,7% et 24,4%. Pour les dirigeants d'entreprise, les services assurés par la douane notamment sont source de lourdeurs non justifiées, se transformant souvent en freins insurmontables. D'où la nécessité d'opter pour la dématérialisation des procédures douanières. Cette condition est considérée essentielle pour renforcer la relance de l'économie et la confiance des opérateurs.
Le même sentiment est exprimé s'agissant de l'administration fiscale. Les chefs d'entreprise sondés invoquent outre le manque de transparence et d'injustice, les effets négatifs de l'instabilité du cadre fiscal et une pression qui grève l'investissement et l'esprit d'initiative dans le pays.
En termes d'infrastructures, hormis la distribution électrique, les réseaux téléphoniques, internet et d'assainissement, les réseaux routier, aérien et portuaire sont perçus soit comme étant défaillants, soit d'une qualité approximative.
91,6 % des dirigeants sont satisfaits du réseau téléphonique et une proportion presque analogue, soit 85%, le sont même pour la distribution électrique, l'eau et l'assainissement sont crédités d'un bon score avec un taux de satisfaction de 69%.
En revanche, les réseaux aérien, portuaire et routier représentent les infrastructures les moins performantes. A peine trois personnes seulement sur 10 en sont satisfaites. Plus concrètement, 82,5% des dirigeants considèrent le réseau aérien moyen ou mauvais, 85% sont peu on non satisfaits du réseau routier et 66,4% sont insatisfaits du réseau portuaire.
Les facteurs qui sont à l'origine de l'érosion de la compétitivité sont l'énergie, le transport maritime et le transport aérien. En effet, 51%, 57% et 60% des répondants perçoivent respectivement l'énergie, le transport aérien et maritime comme source de perte de compétitivité. En revanche, la main d'œuvre et les télécommunications sont perçues comme des facteurs compétitifs. En effet seuls 21,0% et 15% des dirigeants perçoivent respectivement la main d'œuvre et les télécommunications comme un facteur couteux.


Autre sujet abordé, la loi transversale portant amélioration du climat des investissements reste lettre morte, les textes applicatifs n'étant toujours pas publié alors que la loi a été adoptée en avril dernier. 74,4% des entreprises sondées ont préféré ne pas se prononcer à son sujet.
Lorsqu'ils ont été interrogés, 74,8% des chefs d'entreprise espéraient la mise en œuvre de nouvelles mesures dans la Loi de finances 2020 pour stimuler l'investissement et renforcer la confiance des opérateurs économiques alors que 13,7% lorgnaient une poursuite de la trêve fiscale décrétée en 2019.
En outre, la majorité des chefs d'entreprise plaide pour la libéralisation du dinar et réclame la concrétisation d'une amnistie de change. 73,1% pensent que ces deux conditions sont soit un facteur compétitif non négligeable, soit une exigence pour stimuler l'activité économique dans le pays.

Au sujet des négociations entre la Tunisie et l'Union européenne, actuellement bloquées, sur l'Accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA), les chefs d'entreprise semblent donner une préférence à une révision des termes de cet accord. 68% des entreprises sondées estiment qu'il faut peut-être revoir les termes d'un accord qui risque d'être défavorable aux intérêts du pays.
En ce qui concerne le potentiel de développement qu'offrent les pays de l'Afrique subsaharienne, 40,2% pensent que l'ouverture sur l'Afrique leur offre soit des opportunités très prometteuses, soit encourageantes, une proportion presque analogue et 39,7% estiment que ce potentiel demeure insignifiant.
Au sujet de l'introduction à partir du 1er janvier 2020 de la notion de prix de transfert qui concerne les entreprises résidentes ou établies en Tunisie et ayant des liens de maison mère-filiale, un sentiment de doute, voire d'appréhension domine. 76,3% considèrent les nouvelles dispositions introduites par la Loi de finances 2019 sont soit contraignantes soit ambigües, 23,7% seulement y voient un facteur positif.

Au sujet du climat social, 42,3% se félicitent d'une certaine amélioration des relations sociales, alors que 36,5% parlent de dégradation de la situation sociale.
S'agissant de la situation sécuritaire, plus de deux tiers, soit 73,7%, des entreprises sondées sont satisfaites de l'amélioration de la situation sécuritaire dans le pays et 22,3% expriment encore certaines réserves ou des sources d'insatisfaction.

Venu donner l'avis des entreprises françaises sur les préalables pour la relance de l'investissement français en Tunisie, Pascal Allard, CEO de Havas North Africa et représentant les conseillers commerciaux et économiques (CCE) français, a estimé qu'il faut reconnaitre les points positifs en Tunisie notamment pour l'investissement. Et d'expliquer que pour investir, il faut trois facteurs importants : la stabilité sécuritaire, la stabilité politique et la stabilité fiscale. Or, la sécurité est assurée, il approche positive de la situation politique du pays –NDLR il a espéré que le futur gouvernement s'établira au plus vite en ce qui concerne la situation politique tout en félicitant la transition démocratique–, alors que la situation fiscale est ce qu'elle est, en espérant une plus grande stabilité fiscale.
«Globalement des critères positifs et on croit beaucoup en la Tunisie à telle point que quand on regarde les investissements des 6 premiers mois de l'année 2019 faits par les entreprises françaises, ils sont en croissance de 16,6% par rapport à un an auparavant pour se situer à 1.251 MD. La France reste le premier investisseur en Tunisie en 2019, hors énergie, pour cette même période, représentant 34% des investissements réalisés», a-t-il soutenu. Il a donné dans ce cadre quelques exemple de gros investissements : Groupe Aria 115 MD, SagemCom 70 MD, Corse Composite 57 MD et récemment le groupe Engie qui a remporté l'appel d'offre de la centrale solaire de Gafsa 33 MD.
«Nous, on est très confiant pour l'avenir, ça ne sera forcément pas toujours facile, on s'y prépare et pour un investisseur ce n'est pas forcément un frein au développement», a-t-il martelé.

Un sentiment d'optimisme mesuré ressort de l'enquête menée par la CTFCI auprès des chefs d'entreprise. Les réponses des dirigeants d'entreprise révèlent une résilience malgré un environnement peu accommodant et des coûts de facteurs de moins en moins compétitifs. Les entreprises poursuivent leurs efforts pour créer de la richesse, des emplois, investir et dégager des bénéfices.


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