Outre la montée vertigineuse de leur nombre, ils continuent de... faire main basse sur d'autres itinéraires ! En toute impunité... Combien de taxis collectifs («annakel errifi», pour leurs fidèles usagers) compte aujourd'hui la Tunisie ? Circulent-ils dans les règles de l'art ? Sont-ils contrôlés ? Autant de questions têtues et sans doute embarrassantes auxquelles on se contente de répondre, çà et là, par un laconique et vulgaire «no comment». Il est vrai qu'on est face à un phénomène devenu pratiquement incontrôlable, depuis le coup de fouet inespéré que lui a donné la révolution. En effet, de nos jours, on peut dire, sans aucun risque d'exagération, que ledit phénomène a pris des dimensions si inquiétantes que ces véhicules jaunes, envahissants et curieusement partout omniprésents y compris sur les itinéraires qui ne sont pas les leurs, ont fini par rendre la vie dure à leurs concurrents (métro, bus, taxis individuels, train) au point de menacer leurs survie ! C'est surtout dans le district du Grand-Tunis qu'ils ont transformé en véritable chasse gardée, que les portes sont ouvertes à tous les abus : stationnement interdit, trottoirs occupés, feux rouges grillés, paralysie de la circulation. Le tout truffé de propos orduriers que ne profèrent que bandits et autres repris de justice notoires. «On est malheureusement obligé de composer avec», concède un usager qui impute cela «aux diverses carences dont souffrent les autres moyens de transport public : perturbation des horaires des navettes, bousculades, taxis introuvables...». Même son de cloche chez un autre usager qui précise que: «les taxis collectifs, quoi qu'on dise, sont plus utiles, à telle enseigne qu'on peut les emprunter n'importe où et à n'importe quel moment, outre le fait, non moins avantageux, qu'ils achèvent leur trajet en un temps record par rapport aux bus, voire au métro». Ceci côté fleurs. Côté épines maintenant, avec le ras-le-bol affiché par de nombreux autres usagers qui sont prompts à... faire le procès des taxis collectifs. «Ils sont sales et pourris», s'écrie Mohamed Agili, 48 ans, employé de bureau qui évoque «un calvaire quotidien et des abus de tous les instants restés curieusement impunis». Pour Henda Chaâri, 35 ans, femme au foyer, «plus qu'un phénomène, il s'agit bien d'une honte, quand on sait que ni le ministère du Transport, ni les municipalités, ni les policiers n'ont pu mettre fin à cette mascarade qui a trop duré». Bien évidemment, les propriétaires de ces véhicules ne l'entendent pas de cette oreille. Rendant l'ascenseur, l'un d'eux parle d'injustice. «Pourquoi veut-on nous priver de notre gagne-pain», s'insurge-t-il. Et de pousser son offensive au point d'affirmer que «tous les défauts du monde qu'on nous reproche sont également valables pour les bus, ainsi que pour les taxis individuels dont certains exercent encore dans la clandestinité». Sans commentaires. Prendre le taureau par les cornes Si au ministère du Transport, une source nous a précisé que «le département est en train de tracer les grandes lignes d'une stratégie de restructuration de ce secteur», la situation s'apparente à un casse-tête pour les municipalités concernées où, faute de solution durable, l'on se contente, a-t-on constaté, de conjoncturelles campagnes policières de contrôle. Sans plus. Des campagnes qui, si elles permettent de... limiter les dégâts, n'en demeurent pas moins insuffisantes. Alors, c'est pour quand un assainissement en bonne et due forme de ce secteur anarchique ?