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Chronique d'un succès à l'origine si incertain
La Tunisie récompensée du Prix Nobel de la Paix 2015
Publié dans La Presse de Tunisie le 11 - 10 - 2015

Depuis l'assassinat du député Mohamed Brahmi en juillet 2013, passant par la création du Quartette, le début du Dialogue national et la signature de la feuille de route, cette chronologie retrace les moments forts de la vie et de l'œuvre du prix Nobel de la paix 2015
Nous l'avions rencontré le 23 septembre 2013. Au moment du blocage du Dialogue national. Dans son bureau au siège de l'Union générale tunisienne du travail (Ugtt), place Mohamed-Ali, il continuait à travailler avec un indéfectible acharnement pour faire aboutir la feuille de route du Quartette. Malgré les manœuvres des uns et leur double discours, notamment ceux du mouvement Ennahdha et du Congrès pour la République (CPR) et les hésitations des autres, les partis annexes d'Ennahdha et du CPR, tels Wafa et Al Amen, l'homme était plus que jamais déterminé à poursuivre sa mission de chef d'orchestre d'un dialogue, à l'époque si incertain.
«Si par malheur, on ne trouvait pas d'issue à cette crise, le peuple furieux pourrait investir la rue, comme en ce 17 décembre 2010. Il n'épargnerait alors personne, ni société civile, ni pouvoir», prévenait-il dans l'interview qu'il avait accordée à La Presse(*).
C'est que le contexte politique du moment semblait opaque et menaçant pour la stabilité du pays. La transition démocratique semblait traverser une rude impasse depuis le début de ce processus enclenché à la suite de la révolution du 17 décembre 2010-14 janvier 2011. Le 25 juillet 2013, le député nationaliste arabe Mohamed Brahmi est assassiné. Quatre jours plus tard, huit soldats tombent victimes d'un escadron de la mort appartenant à un groupe jihadiste.
Mustapha Ben Jaâfar, le président de l'Assemblée, décide le 6 août de suspendre les activités de l'ANC, notamment après l'installation du sit-in du départ devant le Parlement, sur la place du Bardo, et son animation par une soixantaine de députés de l'opposition ayant quitté l'hémicycle en protestation à l'assassinat de leur collègue. Et au blocage auquel fait face la rédaction de la Constitution depuis la version ambiguë de juin 2013 (la référence à la notion d'Etat civil y faisait encore défaut). La désobéissance civile gronde...
Le Quartette vient réguler la vie politique d'un Etat en détresse
Cinq jours après l'assassinat de Brahmi, le 29 juillet, la commission administrative de l'Ugtt tient réunion et décide de présenter une initiative de sortie de crise, qui préconise entre autres la dissolution du gouvernement Ali Laârayedh et son remplacement par un cabinet indépendant. Ainsi que la formation d'une commission d'experts en droit constitutionnel pour la révision de la dernière version de la Constitution et l'élaboration d'un projet de code électoral. La feuille de route aux allures centristes, marquée par le compromis entre les revendications de l'opposition d'en finir avec les instances issues du scrutin du 23 octobre 2011 et le discours «légitimiste» du mouvement islamiste, sera clarifiée et précisée au cours du mois de septembre. Elle exige de l'ANC qu'elle mette également en place l'Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), qui fixera les nouvelles échéances électorales.
Entre-temps, l'Ugtt, forte de sa légitimité révolutionnaire et de sa profondeur sociologique, entraîne très tôt dans son projet de Dialogue national entre les adversaires politiques s'entre-tuant presque dans une ambiance de bipolarisation intense, trois autres organisations influentes, l'Ordre national des avocats de Tunisie (Onat), la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (Ltdh) et l'organisation patronale, l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (Utica) ! Du jamais vu depuis la période de lutte pour l'Indépendance ! Le Quartette est né...
Le Quartette, né des entrailles de la société civile tunisienne, se substituera quelque part à l'Etat dans le rôle de régulation de la vie politique qu'il s'appropriera jusqu'aux élections législatives et présidentielles de l'automne 2014. Le Dialogue national est inauguré le 5 octobre 2013 au Palais des Congrès, dans une ambiance tendue que ne réussit à dégeler que le fameux lapsus d'Abdessatar Ben Moussa, le président de la Ltdh, qui dans son discours en trébuchant sur le mot hiwar en arabe (dialogue) le remplace par himar (âne). Malgré lui, le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme marque par son lapsus le meilleur moment du bêtisier du Dialogue national.
Le Quartette initiateur du Dialogue traversera par la suite plusieurs zones de turbulence.
Wided Bouchamaoui, cette force tranquille du Dialogue
En effet, après près avoir signé la feuille de route, les 21 partis qui négocieront en présence du Quartette médiateur n'arrivent pas à s'entendre pour choisir un nouveau chef de gouvernement doté d'une «personnalité indépendante», selon les dispositions préconisées par la feuille de route. A l'issue de trois mois de tergiversations, Mehdi Jomâa, ancien ministre de l'Industrie sous la Troïka, est «désigné» le 16 décembre 2013 pour diriger un cabinet de technocrates. Certes, les délais prévus initialement par la feuille de route ont été largement dépassés, et l'un de ses principes fondamentaux transgressé — le consensus et même le compromis s'étant révélés impossibles pour choisir un chef de gouvernement. Mais cette dynamique au caractère inédit dans le monde arabe enclenchée l'été 2013 a aidé à trouver un chemin au cœur d'un horizon bouché. Cette dynamique a recréé du sens dans un pays en voie de basculement dans le vide. La constitution est adoptée en janvier 2014 et des élections législatives et présidentielles libres sont organisées en automne 2014. Il faudra garder en mémoire une image symbolique et forte de ces trois longues semaines de Dialogue national. Pour une fois en Tunisie, une femme, Wided Bouchamaoui, la présidente de l'Utica, a pris part au quotidien à des négociations aussi compliquées que celles du... Moyen-Orient ! Rien que pour cette posture de force tranquille au féminin, la Tunisie mérite amplement le prix Nobel de la paix 2015 !
(*) Interview de Houcine Abassi :
«La Tunisie ne supporte plus l'ambiguïté !», La Presse, 25 septembre 2013


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