Rapport entre monde de la recherche et monde de la pratique: La recherche collaborative    France : Visio, la plateforme souveraine qui remplacera Teams et Zoom d'ici 2027    L'Inde fête sa République à Tunis aux côtés de partenaires tunisiens    Challenger de Quimper : Moez Chargui éliminé en huitièmes de finale du tableau de double    Tunisie : 17 % des adultes analphabètes, l'éducation au cœur des priorités    QNB : Résultats Financiers Q4 2025    Hajer Zorgati: Pourquoi certaines marques deviennent nos amies ? Quel est le secret du marketing relationnel?    Champions League : qui joue contre qui et à quelle heure ?    Vague de froid historique aux Etats-Unis : 38 morts et des dizaines de millions sous alerte    Combien de bouteilles de gaz les Tunisiens consomment-ils chaque jour ?    Obligation de signaler tout client suspect pour les agents immobiliers    Bijoutier : vendre ou acheter pour plus de 30 000 dinars expose à un contrôle strict    Suivez Etoile du Sahel – Union de Ben Guerdane en direct    Alerte météo : vents jusqu'à 100 km/h et pluies orageuses dans le nord    Tunisie : vents forts et pluies en vue, préparez-vous à la tempête dès ce soir    Habib Tounsi: Les systèmes de management intégrés à l'heure de la transition bas carbone    L'Ecole nationale d'ingénieurs de Tunis abrite la finale de la troisième édition du concours UTM Innov    Météo en Tunisie : temps nuageux, températures en légère hausse    Concours – Tunisie : recrutement de 726 enseignants d'éducation physique dans le secondaire    Le cirque Paparouni s'installe à Carthage durant les vacances scolaires et présente Jungle Book    D'où vient un trésor historique découvert à Houaria ?    Forum Chawki Gaddes pour les droits numériques - Journée d'étude sur la protection des données personnelles : Mercredi 28 janvier 2026, faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis    Les judokas Tunisiens remportent 5 médailles dont 2 en or à l'Open international seniors de judo à Casablanca    LG Electronics repense l'expérience de la laverie en résidence universitaire avec Laundry Lounge    Météo en Tunisie : temps froid, pluies au nord à temporairement orageuses à l'extrême nord ouest    Décès d'une star du football, Mahfoudh Benzarti : une carrière singulière    Inondations : Kaïs Saïed appelle à des mesures concrètes et à une mobilisation nationale    Vagues géantes à Nabeul : des vestiges antiques dévoilés après les tempêtes    Baker Ben Fredj revient avec l'exposition 'Le Reste' à la galerie Archivart après 20 ans d'absence    Kais Saied reçoit l'ambassadrice de Pologne à l'occasion de la fin de sa mission en Tunisie    The Tunisian Stambeli Collective invite le jazzman autrichien Nikolaus Holler pour un concert unique à Carthage    Intempéries : fermeture temporaire du Palais Ennejma Ezzahra    Justice : trois ans et demi de prison pour Borhan Bsaies et Mourad Zeghidi    Document – Le discours-évènement du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos : privilégier les valeurs, face à la domination    Cinq ans après son décès : Moncer Rouissi, son héritage, sa vision (Album photos)    Tahar Bekri: Saule majeur    Penser le futur par le passé: Carthage antique et le boomerang colonial dans la géopolitique du Groenland    Quand la terre change de souveraineté : histoire longue des ventes de territoires, de l'Empire romain au Groenland    Abdellaziz Ben-Jebria – Mes périples et maisons : lieux en souvenir    Professeur Amor Toumi: Père de la pharmacie et du médicament en Tunisie    Programme Ceinture Verte en Tunisie : reboisement pour lutter contre la dégradation des sols et la désertification    Match Maroc vs Sénégal : où regarder la finale de la CAN Maroc 2025 du 18 janvier ?    Khadija Taoufik Moalla: Mourad Wahba, le philosophe qui voulait réconcilier raison, foi et humanité    USA: La suspension de la délivrance de visas affecte-t-elle un visa en cours de validité et s'applique-t-elle aux visas de tourisme ? Voici la réponse    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    L'Université de Sousse et le Centre Universitaire de Maghnia (Algérie) scellent un partenariat stratégique    La Fédération tunisienne de football se sépare à l'amiable de l'ensemble du staff technique de la sélection nationale de football    Tunisie–Mali (1-1, tab. 2-3): Une élimination frustrante    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Exposition de groupe «Trivium» à Yosr Ben Ammar Gallery, Gammarth, jusqu'au 30 janvier 2021 : Trois plasticiens aventuriers et poètes du papier
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 12 - 2020

Trois artistes plasticiens, Oussama Troudi, Mohamed-Amine Hammouda et Najah Zarbout, travaillant chacun de son côté à créer son procédé original, à suivre chacun sa propre logique, à développer sa technique personnelle en affinant des thématiques spécifiques, sont réunis jusqu'au 30 janvier 2021 à la galerie Yosr Ben Ammar à Gammarth. Un point commun justifie cette rencontre rendant judicieux le choix de la galerie d'ouvrir ses cimaises en même temps à ces trois artistes qui nous viennent de trois régions différentes de Tunisie.
Âgés de quarante ans environ, ces trois ressortissants de nos instituts supérieurs des Beaux-Arts (où ils enseignent également), ont chacun un parcours assez riche et une passion commune pour le papier en tant que médium et support à la fois. À la faveur de cette rencontre, voici le papier mis à l'honneur avec son grain, sa texture, sa teneur, sa densité et ses couleurs naturelles. Inventifs, les trois artistes manient, manipulent, traitent et transforment le papier de manière sensuelle, sensorielle et singulière lui rendant un véritable hommage. De la macération, en passant par le tamisage, jusqu'à la projection, à l'incrustation, au découpage et au collage, la palpation est l'action élémentaire la plus essentielle. Nous sommes dans un univers où le tactile instaure une relation privilégiée avec le matériau. Composant avec et dans la chair même du papier encore pâte, qu'il soit fait de végétaux, de débris d'autres papiers, les artistes malaxent, pétrissent le tout en le laissant tremper dans l'eau, puis ils disposent le produit sur un tamis qu'ils laissent s'égoutter. Ensuite ils mettent la matière à sécher pour pouvoir s'adonner à d'autres interventions. Si Najah Zarbout emploie le papier acheté dans le commerce, Oussema Troudi et Mohamed Amine Hammouda le fabriquent eux-mêmes, dans leurs ateliers respectifs. Il n'est pas support, mais matériau de composition de l'œuvre construite. D'ailleurs, chez les trois, la notion de support n'a plus aucun sens, elle n'existe pas, car ils commencent à composer le travail dès l'ébauche. Ainsi, avec ses nervures, ses aspérités, ses grumeaux, ses imperfections, le papier à l'état brut est déjà une œuvre qui détermine la suite du travail.
Les vagues de dentelles de Najah Zarbout
Entre le pouce et l'index de ses deux mains, cette artiste, vivant à Sousse, déchire ou lacère avec des ciseaux l'épaisseur filamenteuse et granuleuse du papier de dessin, acheté dans le commerce. Plusieurs teintes naturelles : coquille d'œuf, nacre, blanche, noire, grise... alternent en s'alignant les unes après les autres, en un bas-relief pour former vagues et vaguelettes d'une mer fictive. Des figures dessinées sur du papier calque sont insérées à moitié dans les bandelettes des vagues. C'est un travail très minutieux au cours duquel le papier se transforme comme entre les doigts d'une fée en une véritable dentelle. La délicatesse de ces lacérations ne nous fait surtout pas oublier le drame des noyades des clandestins de la Méditerranée que la plasticienne Najah Zarbout évoque en les représentant telles des machines qui courent à leur perte, alors qu'ils croyaient atteindre « l'Eldorado». Le papier est ici non pas le support, mais le matériau d'une esthétique illustrant la condition humaine.
La nature : point de départ et point d'arrivée de Mohamed-Amine Hammouda
Vivant en respirant les produits chimiques qui infestent l'air de Gabès et nuisent à la santé de ses habitants, Amine Hammouda appelle à la sauvegarde de l'écosystème. Il se tourne donc passionnément vers la nature comme seule source de réflexion et comme unique muse. Après avoir cueilli et récupéré des branches d'arbustes, des écorces de fruits et autres types de plantes, il les met à sécher, les broie, les mixe et se livre ainsi à des expérimentations pour voir réussir ou échouer un tel dosage ou un tel mélange. En plus de ses propres couleurs végétales, Mohamed Amine emprunte les pigments de Marrakech et des teintures naturelles. De son atelier-laboratoire, sortent des œuvres où la nature est tour à tour subtile ou majestueuse. Des transparences mises en valeur par un astucieux éclairage électrique à l'intérieur des caissons qui encadrent et protègent les œuvres. Dans d'autres compositions, il intègre également des images de magazines. La présence d'un œil humain fait penser à des totems prophylactiques. C'est ainsi que ces compositions prennent une dimension cosmique et abstraite, tout en étant culturellement enracinées dans l'esprit et l'imaginaire tunisiens.
Hymne à la terre-mère d'Oussema Troudi
Doté d'un sens inouï du détail, Oussema Troudi possède la main, l'œil et l'esprit vif d'un dessinateur. Ce plasticien, vivant à Tunis, est capable de brasser large sur d'immenses surfaces, comme il est capable de travailler en miniature sur de très petites dimensions.
Avec lui, tout est surprise et étonnement. Exigence, remise en question, critique et autocritique sont ses maîtres mots. Oussema Troudi, fervent défenseur d'un rythme synchronisé avec la nature, confectionne lui-même son papier, et ce, depuis longtemps. Il ne recule pas devant le fait de ramasser les feuilles mortes du jardin mêlées aux fleurs de jasmin, afin de constituer ses pièces de taille moyennes ou très grandes.
Ces dernières se déploient comme des tapisseries murales aux couleurs naturelles dans la gamme des bruns qui rappellent la terre. Des éléments végétaux transformés en pâte, puis séchés, imbriqués et assemblés naturellement forment des paysages imaginaires constitués par la chair végétale de la terre-mère, notre terre nourricière. À travers le geste de ramasser les feuilles qui tombent de l'arbre, le plasticien intervient au cœur même du cycle de vie et se refuse par principe de nuire à la nature qu'il cherche à élever conceptuellement par l'art. Ce travail nous rappelle ainsi, combien il est crucial de se rapprocher de la nature par le végétal et qu'une feuille d'arbre même morte, même ramassée à la pelle, a de l'intérêt, pouvant être transformée en œuvre d'art.
Une pensée à instaurer
Trois de nos plasticiens, parmi les plus prometteurs, adoptent à travers leur pratique artistique du papier une proposition valorisante du cycle naturel, aussi bien humain que celui des deux autres ordres du vivant. À l'instar du papier, la condition de l'être humain se révèle aussi délicate qu'éphémère. Dresser une pensée à partir de cette idée est, à notre humble avis, une action nécessaire et légitime.
Après avoir visité l'exposition de ce trio d'artistes du papier, il nous vient à l'esprit l'opportunité du développement d'une esthétique qui lui est rattachée. « Créer, c'est dépasser le sentir » disait René Passeron.
Quand le papier prend toute sa valeur en devenant art à part entière, se révèle alors à nous la lueur d'une pensée qui fait la part belle de ce que nous pourrions appeler esthétique de la fragilité, laquelle aurait la possibilité de nous renvoyer à l'esthétique du temps au Japon.
Eminemment innovante, contemporaine et décalée, l'exposition Trivium sort vraiment des sentiers battus.
Dans une ambiance feutrée où les bruns déclinés dans tous les dégradés, du plus foncé au jaune le plus tendre, on hume un air sain où quiétude rime avec harmonie.
Amel BOUSLAMA


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.