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Mohamed Ali Ragoubi, porte-parole de la Fédération Nationale des Urbanistes Tunisiens, à La Presse : «Créer un ministère de la Ville pour s'attaquer à l'anarchie dans l'espace urbain»
Publié dans La Presse de Tunisie le 28 - 07 - 2021

Les politiques d'aménagement du territoire, nerf de la guerre du développement régional, souffrent de graves lacunes. Bien que rattrapables, ces insuffisances persistent et compromettent le droit du citoyen à une ville organisée. C'est, en tout cas, ce que pense Mohamed Ali Ragoubi, porte-parole de la Fédération nationale des urbanistes tunisiens (relevant de l'Union des travailleurs de Tunisie). Pour le jeune urbaniste, l'exclusion du corps de métier du processus de décision et d'élaboration des politiques urbaines ne fait qu'accentuer les défaillances des politiques territoriales. Il nous en dit plus dans cette interview.
Dix ans après la révolution, les villes tunisiennes sont moins belles, moins attractives, trop bétonnées, etc. Les commodités de base, y compris la desserte en transport en commun, font généralement défaut. Comment en sommes-nous arrivés là?
En effet, on n'a pas anticipé l'évolution de la structure de nos villes. Les politiques économique et spatiale du pays n'ont jamais été prédéfinies, de manière à répondre aux besoins de la population urbaine, notamment en matière d'habitat, même si cette population est en perpétuelle évolution. La prolifération de l'habitat anarchique présente la première problématique dont souffrent les villes tunisiennes, et ce, depuis les années 70. L'anarchie touche même les quartiers huppés. Mais pour définir les composantes d'une politique urbaine, il faut tout simplement répondre à une question aussi simple: qu'est-ce qu'une ville ? C'est, en effet, la façon d'organiser la société dans l'espace de même à permettre aux habitants de vivre en paix. Est-ce que la ville tunisienne est organisée ainsi ? Est ce que les territoires tunisiens sont structurés de manière rationnelle? Par définition, le territoire, la ville évoluent. Elle n'est pas l'ensemble des bâtiments qui la composent. Elle est plutôt un système vivant qui évolue continuellement et qui est ouvert pour interagir avec les territoires régional et national. A vrai dire, on ne peut pas parler de politique urbaine en Tunisie. Tout d'abord, parce que les parties prenantes sont éparpillées et ne travaillent pas ensemble d'une manière cohérente. Tous les acteurs dans l'élaboration des politiques urbaines doivent être sous la tutelle d'un seul département, en l'occurrence le ministère de la Ville dont le rôle est de s'attaquer à la non-organisation et à l'anarchie dans l'espace urbain afin d'intégrer les espaces exclus de l'urbanité. Ensuite, il y a la question des moyens. Il faut consacrer les financements nécessaires pour la mise en œuvre des politiques conçues. Il faut le dire sans détour, nos villes ne sont pas urbaines. Elles ne sont ni belles, ni organisées, ni sécurisées. Elles ne respectent pas l'environnement. Il faut mettre à nu cette réalité, pour tirer la sonnette d'alarme. On n'a pas de villes en Tunisie, mais plutôt des fragments de ville: les riches habitent de plus en plus dans des ghettos, les pauvres sont exclus de la ville et privés de l'accès aux services de base. A cet égard, on n'a qu'à voir les quartiers populaires de Tunis. Il ne faut pas oublier que l'accès à la ville est une partie intégrante de la citoyenneté.
Le déséquilibre régional ne serait-il pas le fruit de politiques d'aménagement du territoire improvisées ?
Il est vrai qu'en Tunisie, il n' y a pas de cohérence territoriale. Cohérence territoriale et politique de la ville vont de pair. Si la Constitution de 2014 stipule la discrimntaion positive, ce concept n'a pas été traduit en politiques de développement et d'investissement. Depuis la révolution, aucune mesure n'a été prise dans ce sens. Le rôle de l'Etat est de redistribuer les richesses en premier lieu, au niveau des territoires, entre les diverses catégories socioprofessionnelles. On aurait dû mettre en place, à l'aube de la révolution, toute une batterie de mesures urgentes pour réduire ce déséquilibre. Malheureusement, les gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 n'y ont pas pensé.
Par cohérence territoriale, vous entendez un meilleur équilibre entre les régions ?
C'est une sorte de solidarité entre les régions. Elle est assurée à travers l'intervention de l'Etat, notamment des encouragements, des aides spécifiques sectorielles mais aussi à travers l'investissement public qui vise la mise à niveau de ces territoires. Revenons maintenant à la question des politiques d'aménagement du territoire. Il faut d'abord souligner qu'il s'agit de politiques économiques structurelles. C'est ce qu'on n'arrive pas à comprendre en Tunisie. Pis encore, les architectes veulent s'approprier ce domaine qui relève de la compétence des urbanistes, des économistes, des géographes et des aménageurs. Ce qui n'est pas normal. Quand on parle d'aménagement du territoire, on parle de politiques économiques, de secteurs d'activités, de choix d'investissement territoriaux de l'Etat, etc Il s'agit, en somme, de politiques stratégiques. Les architectes sont en train d'induire en erreur le gouvernement à travers leurs revendications de mettre la main sur l'aménagement du territoire, et c'est un scandale. Et il est clair que les insuffisances cumulées au niveau des villes résultent des lacunes des politiques d'aménagement du territoire. Le droit à la ville a été compromis.
Mais cette exclusion territoriale, il faut le dire, est le produit d'une politique volontariste dont les origines remontent à la période coloniale. Elle visait, à l'époque, à assurer un drainage des richesses vers la France qui considérait la Tunisie comme une terre d'exploitation. Il fallait donc aménager et équiper les villes côtières (en construisant notamment des ports) pour ce faire. L'Etat post-indépendance n'a pas corrigé ce schéma territorial parce que les choix de développement économiques étaient basés essentiellement sur le tourisme — qui a nécessité un investissement immense sur la côte — mais aussi sur les industries exportatrices notamment après la promulgation de la loi 72. Il y a eu alors un exode de la main-d'œuvre vers les régions côtières. C'est l'exode économique. Mais parallèlement, on n'a pas préparé les villes à recevoir cet énorme afflux de population de même à sauvegarder les grands équilibres. En contrepartie, l'Etat a choisi de garder les yeux mi-clos quant à la prolifération des quartiers anarchiques pour acheter la paix sociale. Il n'a pas pu apporter une réponse foncière adaptée à la demande croissante de la classe ouvrière. C'est ce qui explique le fait que les habitants s'approprient des espaces non aménagés. Les régions de l'intérieur, où les équipements publics font défaut, n'ont pas évolué non plus. Le développement économique, dans les régions côtières n'a pas été suivi d'un développement social et spatial et c'est ce qui menace la paix social dans ces régions. En 2011, les émeutes se sont déclenchées dans les régions dites défavorisées mais aussi dans les quartiers populaires des grandes villes côtières. Il n'y avait pas de politique de ville proactive. Les habitants de ces quartiers ont été exclus de la ville. Ils faisaient partie de l'espace physique de la ville mais ils ne sont pas intégrés dans son économie.
Vu la crise financière par laquelle passe le pays, est-il possible aujourd'hui de penser les politiques d'aménagement du territoire ?
La cohérence territoriale est une urgence. On ne peut pas parler d'Etat, alors qu'il existe des territoires qui sont exclus de l'Etat. Il faut penser à des sources de financement, notamment des impôts de solidarité sur la fortune, des mécanismes de compensation et de discrimnation positive, etc. Aux Etats-Unis, après la crise de 1929, le président américain a adopté une nouvelle politique basée sur l'aménagement des territoires pour relancer l'économie américaine. En Tunisie, les grands projets, il faut le dire sans détour, sont réduits à l'activité du «jardinage». Le pays doit définir une vision stratégique quant aux territoires qui doivent être équilibrés et organisés et qui créent de la valeur ajoutée. Malheureusement, il n'y a pas de vision stratégique cohérente et globale non seulement pour les villes mais aussi pour tout le territoire. D'ailleurs, historiquement la direction d'aménagement du territoire change souvent de tutelle. Il faut investir dans les grands projets dont les répercussions socioéconomiques seront perceptibles au niveau des régions. Avant tout, c'est une question de volonté. Est-ce qu'on est prêt à faire progresser le pays? Seraitil condamné à être un territoire d'exploitation, sachant qu'un territoire d'exploitation, est voué à évoluer vers le scénario inacceptable: c'est-à-dire le point de non-retour où l'existence même de la nation est menacée?
Qu'on se le dise, qui dit urbanisme, dit Etat. Qui dit aménagement du territoire dit Etat. Il faut communiquer et sensibiliser sur l'importance des politiques d'aménagement du territoire pour qu'elles fassent l'objet d'un débat public.
Qu'en est-il de l'extension urbaine dans le Grand Tunis?
Malheureusement, l'extension organisée et approuvée par l'Etat qui concerne le Grand Tunis est une extension sélective. Elle vise des catégories socioprofessionnelles supérieures. Elle creuse davantage les inégalités entre les territoires. Alors que la politique de la ville exige une organisation de la ville selon le principe de la mixité sociale pour instaurer un climat de paix sociale. On voit très bien comment nos villes sont organisées. La séparation et la ségrégation entre les classes sociales créent un climat social très tendu et conflictuel et présentent un terreau fertile pour la criminalité.
Le développement de l'habitat anarchique est un phénomène qui ne cesse de prendre de l'ampleur. Comment endiguer ce fléau qui coûte cher à l'Etat? Quel rôle peut jouer l'urbaniste dans cette entreprise?
Pour faire face à ce phénomène, il y a deux niveaux d'intervention à prendre en compte. Tout d'abord, il y a l'action proactive: préparer les plans d'aménagement d'avance et mettre en place des politiques foncières pour permettre aux catégories sociales défavorisées et modestes d'accéder au marché foncier. Il faut créer des formes de financement à la portée de ces catégories. C'est une politique à penser dans une logique sociale et non lucrative.
On peut, par exemple, penser à des caisses d'allocation familiale pour financer le loyer ou/ et l'acquisition du logement. Les acteurs qui peuvent prendre part à son élaboration sont les urbanistes, les architectes, les économistes, etc. Il s'agit de tout un modèle de ville : concevoir des quartiers où il fait bon vivre et non des quartiers dortoirs, penser les espaces en tant que villes intégrées, bien desservies par les transports, où il y a des espaces verts bien équipés avec des activités économiques durables, des administrations in situ et des modèles architecturaux de qualité.
Ensuite, il y a le renouvellement urbain. Il peut être soit ex nihilo, soit dans des quartiers occupés, c'est-à -dire on va reconstruire la ville sur elle-même (palimpseste). La majorité de la population vit dans des espaces non aménagés, non structurés, non attractifs et par conséquent non urbains. Dans ce cas, il faut reconstruire la ville sur elle-même.
C'est un grand chantier. Pour ce faire, il faut définir les espaces qui nécessitent une reconstruction de manière participative, en essayant de trouver des compromis avec les habitants dans l'objectif de reconstruire par pan de quartier. Il faut travailler de concert avec les économistes et les responsables de l'Etat pour élaborer un modèle économique. Et là, je souligne encore une fois: l'urbanisme est une politique économique structurelle de l'Etat, rien à voir avec l'architecture.
Mais comment allons-nous reconstruire nos villes alors que les municipalités n'ont pas de projets de ville. Il est impératif de recruter les urbanistes dans les municipalités et nous demandons la mise en place de comités chargés de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire dans chaque gouvernorat. Nous appelons à la création d'agences d'urbanisme et d'aménagement territorial. La formation académique dans le domaine de l'urbanisme doit être améliorée en intégrant dans le cycle master des disciplines de sciences sociales, économiques et de communication. Définir un statut pour l'urbaniste tunisien est une urgence.
Quels sont les défis de la ville de demain ?
Les défis auxquels fait face la ville de demain sont de grande envergure. Le nombre des habitants des espaces urbains est en continuelle augmentation. Selon les statistiques récentes, d'ici 2050, deux hommes sur trois habitent dans les villes, soit près de 6 milliards d'urbains dans le monde. Les villes continueront de s'agrandir. Cet étalement urbain va engendrer davantage de problèmes de déplacement, de pollution, etc. Mais en somme, quatre grands concepts doivent être pris en considération par les aménageurs lors de l'élaboration des futures politiques urbaines, à savoir le développement durable, la mixité sociale, économique et culturelle; la ségrégation sociospatiale qu'il faut éviter et la ville intelligente (qui met à disposition les nouvelles technologies pour offrir des solutions innovantes à des problèmes de la vie quotidienne). A ce titre, j'aimerais rappeler que la Tunisie est appelée à créer son géoportail national de l'urbanisme. Il doit contenir toutes les informations territoriales, pour servir de base de données pour tous les urbanistes, aménageurs, investisseurs et citoyens.
Par ailleurs, il est à noter que plusieurs défis s'imposent à la ville de demain. Il faut penser au long terme pour développer les espaces d'une façon équilibrée et durable. C'est vital parce qu'il y a un risque d'atteindre le point de non-retour.
Il y a aussi la question de l'énergie, les villes seront de plus en plus énergivores, plus polluées. Il faut penser aux grands espaces verts qui sont les poumons des villes. Dorénavant, la question environnementale sera déterminante, surtout avec l'accentuation du phénomène du changement climatique, notre environnement est de plus en plus menacé par les extrêmes climatiques et le taux de pollution dans les atmosphères urbaines est énorme. Vivre ensemble dans la ville de demain est aussi un projet à concevoir en réponse aux problématiques qui s'annoncent graves. Travailler sur le concept de la mixité dans sa globalité est fondamental.


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