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Bouleversant !
Livres — « Les derniers jours de Muhammad » de Héla Ouardi (*)
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 05 - 2016

C'est à n'en pas douter le livre-événement de l'année en cours. Là où personne, depuis presque quinze siècles, ne s'est soucié de se rendre, fût-ce un petit moment, Héla Ouardi s'est installée trois années pour mener une enquête aussi hardie qu'ardue. Le résultat est tout simplement troublant, déroutant et, ô combien, passionnant !
Tout le monde arabo-musulman connaît par cœur ces mots célèbres lancés un jour du mois de juin 632 par Abu Bakr Esseddiq : «Ô individus d'Allah, que ceux qui, parmi vous, ont cru en Muhammad, sachent que Muhammad est mort ; et que ceux qui croient en Allah, sachent qu'Allah est Eternel ». Evidemment, l'information principale dans ces propos est l'annonce du décès du Prophète. Mortel parmi les mortels, il ne peut que mourir un jour ou l'autre. Soit. Mais comment était-il mort ? De mort naturelle ? Emporté par une maladie quelconque – laquelle ? Pourquoi est-ce que la cause du décès du Prophète est-elle restée secrète quinze siècles durant ? C'est très étonnant en fait que personne ne se soit jamais posé la question. Après tout, qui ignore que seul Abu Bakr avait été épargné et que ses trois successeurs avaient été assassinés ? Pourquoi donc ce silence fait autour de la mort du Prophète ? Exactement comme dans la série policière ‘‘Affaires non élucidées'', Héla Ouardi va dans la salle des archives et s'empare de la boîte scrupuleusement rangée dans les oubliettes. Heureux hasard ou obstination payante, toujours est-il que l'auteure tombe sur cette information pour le moins troublante. C'est Aïcha elle-même (épouse du Prophète) qui déclare: «Mon mari a été empoisonné». Mieux : le Prophète lui-même avait déclaré une fois avoir probablement été empoisonné par une juive lui ayant servi un bon repas. Recherche bien ordonnée commence par le Coran où Héla Ouardi relève ce verset (Sourate Eli Imrâne, V. 144) où l'hypothèse du meurtre n'est pas à écarter : « Retourneriez-vous sur vos pas si le Messager d'Allah venait à mourir ou à être tué». Mais le problème c'est que la même Aïcha se dédit et déclare : «Le Prophète est mort de pleurésie». Là, on ne comprend plus rien. Mais c'est là que, têtue, l'auteure ne lâche plus. En inspecteur de police inflexible et intransigeant, elle fait passer tout le monde à table des témoignages (des aveux ?). Elle ne laisse pas un seul témoin lui échapper.
De Malik Ibn Anas à El Waqidi, d'Ibn Hicham à Al Bukhâri, de Muslim à Tirmidhi, d'Ibn Hazm à Ibn Khaldoun, de l'incontournable Attabari au Tunisien Hichem Djaït, c'est plus d'une centaine de sources ou références qui séjournent trois ans durant sur son bureau d'universitaire résolue à leur arracher la Vérité. Elle les interroge, les réinterroge, les presse, les pressure, les torture, leur arrache des récits tenus secrets tant de siècles. Le plus amusant, c'est que les sources se contredisent entre elles et, encore plus désopilant, se contredisent elles-mêmes.
Plus d'une fois, l'auteure s'aperçoit que telle ou telle référence dit la chose et son contraire juste quelques pages plus loin.
Or, beaucoup plus édifiant que la Vérité sur le décès du Prophète, Héla Ouardi nous propose un voyage à Médine en ces premières années de l'Hégire. L'espace de 350 pages, nous nous familiarisons un peu avec Abu Bakr, Khaled Ibn El Walid, Omar Ibn Al Khattab, Othmène Ibn Affène, Aïcha, la femme d'acier et fille d'Abu Bakr, Hafsa, la relativement résignée, fille de Omar Ibn Al Khattab, et Fatima, fille du Prophète et de Khadija, sans oublier Bilel...
Sauf que là, stupeur ! Jusqu'ici, nous nous sommes forgé une certaine image de l'entourage et des Compagnons du Prophète, une image séraphique, éthérée, aseptisée pour tout dire. Eh bien, erreur sur toute la ligne. On s'aperçoit, éberlué, que, décidément, dans la sphère du Pouvoir, n'importe quel pouvoir dans n'importe quelle société à n'importe quelle époque, les prétendants ne peuvent que se déchirer, s'entretuer au besoin, ‘‘Un nœud de vipères'', aurait dit F. Mauriac. Et à propos de pouvoir, qui a désigné Abu Bakr pour être le premier Calife ? Et s'il fallait plutôt Ali, apparemment voulu par le Prophète pour lui succéder ? Aujourd'hui, tout fanatisme mis de côté, nous avons les yeux un peu mieux dessillés sur cet éternel conflit qui déchire le shiisme et le sunnisme. En tout cas, comme vous le savez tous, le Prophète, au sujet de sa succession, n'a pas laissé un testament écrit, a-t-il seulement eu le temps et la... liberté de le faire ?
Nous ne pouvons pas, ici, aller encore plus loin, nous risquons de tout dévoiler au... risque de frustrer le lecteur d'une savoureuse promenade entre la Mecque et Médine. Cet ouvrage, écrit tour à tour avec les plumes de l'académicien et du romancier, n'est pas simplement un livre : c'est un délice qu'on peut, malgré son volume, croquer en 24 heures non-stop. Un livre unique, majeur, magistral, et qui fera incontestablement date.
(*) Albin Michel, 350 pages, 19, 50 euros.


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