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Psychanalyse de la Tunisie : quatre visages pour une même âme
Publié dans Business News le 01 - 05 - 2025

Et si la Tunisie était un patient allongé sur le divan d'un psychanalyste ? Un être singulier portant en lui trois millénaires d'histoire, des rêves d'émancipation, des blessures profondes et des métamorphoses successives. Que dirait le psychanalyste ?
Sans doute commencerait-il par affirmer qu'il n'existe pas une seule Tunisie, mais quatre – quatre visages d'une même âme, souvent en tension, rarement en harmonie. Cette pluralité explique bien des impasses et éclaire, sous un jour nouveau, les défis du pays.
À travers ce regard métaphorique, il ne s'agit pas de diagnostiquer mais de comprendre, non pas de juger, mais d'ouvrir un espace pour repenser le lien entre mémoire, identité et avenir.
I. La Tunisie-concept : un rêve méditerranéen
La première Tunisie n'est pas immédiatement visible. Elle se pense plus qu'elle ne se voit. C'est la Tunisie en tant que concept : une idée façonnée dans les strates du temps, au croisement des influences berbères, phéniciennes, romaines, arabes, ottomanes et européennes.
Un pays au cœur de la Méditerranée, ce berceau de civilisations, qui aspire depuis toujours à un équilibre subtil : ni Orient, ni Occident, mais les deux à la fois.
Cette Tunisie est celle d'Ibn Khaldoun et de Tahar Haddad, de Saint Augustin et de Mahmoud Messadi. Elle incarne une volonté de synthèse, un mouvement perpétuel entre tradition et modernité, islam et laïcité, autorité et liberté. Face aux extrémismes et aux repliements identitaires, elle cherche à tempérer les ardeurs en les tunisifiant – c'est-à-dire en les domestiquant par la patience, le dialogue et cette sagesse héritée du temps long de l'Histoire.
Mais ce concept reste fragile. Il ne peut exister seul. Il a besoin d'un peuple pour le porter, d'un ancrage dans le réel.
II. La Tunisie-peuple : l'inconscient collectif
La deuxième Tunisie est celle du peuple – non pas celui que l'on voit aux informations ou dans la rue, mais celui qui porte un inconscient collectif, une mémoire historique, des contradictions enfouies. Une mémoire qui n'a pas toujours été pacifiée, oscillant entre la fierté de Carthage et la blessure des colonisations, entre l'élan révolutionnaire de 2011 et la peur du chaos.
C'est ce peuple qui s'exprime à travers les proverbes, les mythes, les craintes ancestrales. C'est lui qui a traversé les guerres puniques, la domination romaine, l'arrivée de l'islam, les luttes contre la France, l'indépendance, les régimes autoritaires, la révolution, puis la désillusion.
L'inconscient social tunisien est traversé par des tensions non résolues : entre l'urbain et le rural, le littoral et l'intérieur, l'élite francophone et les masses arabophones. Un peuple fragmenté, dont les traumatismes n'ont jamais été véritablement soignés – souvent refoulés, parfois retournés contre lui-même.
III. La Tunisie-population : les contraintes du présent
La troisième Tunisie est plus prosaïque. C'est celle de la population telle qu'elle existe ici et maintenant, en 2025. Une population jeune, souvent désorientée, soumise à des contraintes économiques et sociales asphyxiantes : chômage chronique, inflation galopante, crise des services publics, émigration clandestine. Les urgences sont nombreuses, les perspectives limitées.
Cette Tunisie n'a pas toujours le luxe de penser en termes de civilisation ou de mémoire. Elle se débat avec le quotidien. Elle voit l'exil comme une délivrance et la Méditerranée non plus comme un espace de dialogue, mais comme une frontière cruelle.
Et pourtant, c'est cette population qui, chaque jour, fait tenir debout ce pays, dans l'anonymat des gestes ordinaires : l'instituteur, la couturière, le médecin de quartier, le chauffeur de taxi. Souvent oubliée dans les grands discours politiques, réduite à des statistiques dans les rapports d'institutions financières internationales. Mais sans elle, aucune réforme, aucun projet ne peut voir le jour.
IV. La Tunisie-foule : le miroir numérique
Enfin, il y a la Tunisie la plus bruyante, la plus immédiate : celle de la foule. Celle des réseaux sociaux, des commentaires incendiaires, des réactions à vif. Une foule qui s'exprime sans filtre, où l'émotion submerge la raison, où la vindicte devient norme.
Ce n'est pas un peuple, c'est un brouhaha. Un miroir déformant, mais devenu central dans la formation de l'opinion publique. Cette foule médiatisée fonctionne à l'indignation permanente, souvent sans mémoire, sans nuances. Elle confond cause et effet, juge sans procès, excommunie à coups de hashtags.
Mais elle révèle aussi une colère sourde, un besoin de reconnaissance, une frustration accumulée. Le danger serait de prendre cette foule pour la voix du peuple tout entier – alors qu'elle n'en est qu'un fragment, amplifié par l'algorithme, déformé par l'instantanéité.
Ne pas confondre : vers une psychanalyse politique
Le psychanalyste dirait peut-être ceci : les symptômes de la Tunisie ne viennent pas d'un seul organe, mais d'un décalage permanent entre ces quatre figures. Le concept flotte trop loin du réel. Le peuple est chargé de mémoires qu'il ne déchiffre plus. La population vit dans l'urgence, quand la foule hurle dans le vide.
Aucun traitement ne sera efficace tant que ces quatre dimensions resteront cloisonnées, incapables de dialoguer. Ce que la Tunisie semble réclamer aujourd'hui, c'est une nouvelle synthèse. Un effort pour faire communiquer la profondeur du peuple avec les réalités de la population. Un projet qui reconnecte l'idéal du concept à l'énergie de la jeunesse. Une parole politique qui entende le tumulte de la foule sans s'y perdre.
Une nation à réconcilier avec elle-même
Psychanalyser un pays, ce n'est pas le juger. C'est reconnaître ses blessures, ses aspirations, ses fêlures. La Tunisie n'est pas schizophrène – elle est traversée par des tensions, comme tout être vivant.
Ce qu'elle attend peut-être, ce n'est pas un miracle politique, mais un geste symbolique fort : celui d'un discours vrai, qui reconnaît les fractures, qui assume la complexité, et qui parle à ces quatre Tunisie à la fois.
C'est à ce prix que la Tunisie, patiente fatiguée mais toujours debout, pourra enfin commencer sa guérison.
*Amin Ben Khaled : Avocat et ancien diplomate


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