Lutte contre le blanchiment et le terrorisme : la Tunisie renforce la surveillance du marché financier en 2026    La chaîne algérienne diffuse 3 matchs décisifs de la CAN... La Tunisie est-elle concernée ?    Cité des Sciences à Tunis : l'ATSN organise sa 12e Journée dédiée à la nutrition, au diabète et à l'IA    Tunisie – Mali : heure, chaîne et où regarder le match    Que devient Janny Sikazwe après le chaos du Mali - Tunisie à la CAN-2022 ?    Grève nationale : les moulins et usines de pâte à l'arrêt total !    Météo : fort refroidissement et pluies dès le 6 janvier en Tunisie    FILT 2026 : candidatures ouvertes aux Prix de la Créativité littéraire et aux Prix de l'Edition jusqu'à fin janvier    Samsung exploitera un hall d'exposition autonome au CES 2026 pour une expérience unique de l'écosystème AI    ''Bourguiba, l'orphelin de Fattouma'', ce dimanche matin à Al Kitab Mutuelleville    Kerkennah : perturbations prévues sur les traversées aujourd'hui et demain    Nouvelle année, nouvelles règles : qui peut entrer aux Etats-Unis ?    Drame du Nouvel An à Crans-Montana : des Français parmi les victimes    Alerte du ministère des Finances : voici les dernières échéances fiscales de janvier 2026    Ministère des Finances : calendrier officiel de paiement des dettes et amendes pour 2026    Projets de lois : le président du parlement presse l'exécutif d'agir    Explosion dans un bar à Crans-Montana : plusieurs morts et blessés    Zahran Mamdani prête serment sur le Coran et entre dans l'histoire de New York    Conseil de sécurité: Vives contestations de la reconnaissance du Somaliland par Israël    Tahar Bekri : Voeux de l'oiseau patient    L'Année 2026 sera l'année de la lecture en Tunisie : pour réconcilier les jeunes avec les livres    Tunisie - Tanzanie 1-1: Une qualification amère    Match Tunisie vs Tanzanie : Où regarder le match de la CAN Maroc 2025 du 30 décembre?    La startup "PayDay" et la "BTE" lancent une nouvelle dynamique bancaire à fort impact RSE    Note de lecture : Une Reine sans royaume, de Hella Feki    Hammam-Lif : lancement officiel des travaux de restauration du Casino historique    George Clooney et sa famille deviennent Français et s'installent en Provence    Signature de cinq accords tuniso-saoudiens à Riyad    De l'invisibilité à l'hyper-visibilité: le voile dans l'imaginaire onusien    Tunisie-Japon : SAITO Jun prend ses fonctions et promet un nouvel élan aux relations bilatérales    Kaïs Saïed : seule l'action sur le terrain fera office de réponse    Elyes Ghariani - Le Style Trump: Quand l'unilatéralisme redéfinit le monde    Fusillade de Bondi : 1,1 million de dollars récoltés pour le héros blessé !    Forum de l'Alliance des civilisations : Nafti plaide pour un ordre mondial plus juste et équilibré    Gafsa : deux morts dans un accident de la route    Eau potable: 14 000 km de canalisations ont plus de 50 ans, le vieillissement du réseau est l'une des causes des coupures répétées    Allemagne : une femme voilée peut-elle encore devenir juge ? La justice tranche    Accès gratuit aux musées et sites archéologiques ce dimanche 7 décembre    Trois marins portés disparus après le chavirement d'un bateau de pêche au large de Skhira    Après le choc de Fordo... l'Amérique se prépare à une arme encore plus létale et dévastatrice    Ouverture de la 26e édition des Journées théâtrales de Carthage    Béja : Deux femmes blessées après un jet de pierres contre un train de voyageurs (vidéo)    Il pleut des cordes à Nefza: Une journée sous le signe des intempéries    Le Brésilien Neymar victime d'une nouvelle blessure    Daily brief régional: Messages pour Gaza: Des bouteilles parties d'Algérie finissent sur le sable de Béja    Le Dollar clôture le mois de mai sous les 3 Dinars sur le marché interbancaire    CHAN 2024 : avec 3 tunisiens, la liste des arbitres retenus dévoilée    Coupe de Tunisie : ESS 2-4 ST, les stadistes au dernier carré avec brio    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Tribune | Cri d'alarme d'un agriculteur tunisien
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 05 - 2023


Par Youssef Farhat
Pour cause de sécheresse, la situation de la paysannerie cette année, est particulièrement délicate et mérite que l'on s'y attarde.Avant cela il est bon, pour mieux comprendre les enjeux actuels et leur urgence, de faire une sorte d'état des lieux concernant les hommes et les femmes qui font notre agriculture en examinant la situation de leurs terres et de leurs bêtes.
En Tunisie nous disposons d'environ 550 000 exploitations agricoles, dont 500 000 sont classées parmi les petites exploitations, à savoir s'étendant sur moins de 10ha de superficie, (plus de 60% de ces terres mesurent moins de 5ha).
Une exploitation implique un exploitant au minimum, c'est-à-dire un propriétaire ou un locataire. La moyenne d'âge des exploitants est assez élevée, plus que 50 ans, et leur niveau scolaire très bas. La rentabilité réelle des exploitations est relativement faible. L'emploi est principalement familial et majoritairement féminin
Les estimations officielles vont de 1,5 à 2 millions de personnes directement concernées et qui vivent du travail agricole. Moins de 10% sont déclarés.
Des agriculteurs et leurs bêtes en souffrance
Nous avons en Tunisie, près de 5 millions de tête d'ovins (moutons), dont 1 million de mâles (moutons) et 4 millions de femelles (brebis), plus de 1 million de caprins (chèvres, entre mâles et femelles), et un demi-million d'ovins (vaches et veaux).
La production céréalière est désastreuse cette année. Résultat : la production fourragère (orge, foin et paille) le sera aussi et ses prix vont flamber.
Actuellement la botte de foin (« gort ») coûte plus de 20 DT, la botte de paille (« t'ben ») plus de 12 DT. Il est raisonnable de s'attendre à un doublement du prix des fourrages par rapport à ceux de l'année passée.
Pour mesurer la cherté de ces produits actuellement : la botte de foin est au prix d'une journée de travail agricole. Des personnes engagées dans un des métiers les plus durs, se poserons la question cet été après un jour de boulot par 40 degrés, de consacrer leurs ressources financières à nourrir leurs petits ou leur bétail !
Les pluies de mai ne changeront pas la donne
Le manque de pluie (moitié moins que les moyennes annuelles) affecte également lourdement la disponibilité des pâturages naturels, ce qui accentue les difficultés de la paysannerie.
Les récentes pluies de fin avril et du mois de mai, tout en étant miraculeuses, profiterons surtout à l'arboriculture et au remplissage partiel des barrages, mais ne changerons pas la donne hélas, ni pour l'élevage, ni pour les cultures maraîchères irriguées d'été, à savoir tomates, poivrons, melons, pastèques. Puisque que les périmètres irrigués par barrage n'offriront pas assez ou très peu d'eau pour étancher la soif de la terre.
Cela aura des répercussions graves sur l'emploi dans la mesure ou les milliers d'hectares qui ne seront pas plantés sont autant de journées de travail en moins, et de revenus pour tous ceux et celles, qui vivent de l'agriculture.
Aid El Kebir : sacrifions les mâles et les femelles les plus âgées des cheptels !
La population la plus fragile financièrement, sera confrontée pour les quatre mois qui viennent à une importante perte de revenus, qu'elle soit active dans le domaine des grandes cultures, des cultures maraîchères, de l'élevage ...Elle affrontera en même temps un renchérissement sévère de ses dépenses.Cette population compte un contingent d'environ 2 millions de personnes !
Naturellement, en période de disette pour l'élevage, c'est à dire lorsque pâturage et fourrage manquent, la régulation se fait en vendant les mâles non reproducteurs (environ 1 million de têtes) et si la disette est très sévère, on y rajoute les femelles les plus âgées ayant un potentiel reproducteur le plus faible.L'objectif est de rationner le peu d'alimentation au profit des femelles reproductrices et de sauver le capital cheptel, en vue de meilleures années, et de mobiliser au possible les revenus de cette vente pour l'acquisition de fourrage, toujours en faveur des femelles reproductrices.
La logique serait donc, pour cette année difficile, d'encourager l'abattage de ces deux catégories d'ovins pour l'Aid el Kebir que les Tunisiens célèbrent dans quelques semaines. L'objectif étant de procurer des revenus appréciables aux éleveurs tout en diminuant la taille des troupeaux.
Pour encourager les petits paysans, l'Etat pourrait également acheterà bon prix des moutons vifs, en contrepartie de fourrage a prix aidé, fourrage importé au besoin.Car il est envisageable aussi de procéder à l'abattage puis à la congélation de carcasses de moutons dans le but d'en réguler- les prix les prix des bêtes vives pour les éleveurs tout comme celui de la viande pour les consommateurs- et ce le temps de passer ce trimestre difficile.
Les autorités ont tout intérêt à aider la petite paysannerie, fort nombreuse, à passer ce cap difficile et à mettre en place des politiques publiques a même de sauvegarder le capital humain, animal et foncier agricole, sinon à le promouvoir.
Que l'Etat envisage par ailleurs, des mécanismes visant à éviter la cessation de payement, prévisible, de milliers de petits paysans, et d'anticiper d'autres mesures pour le refinancement d'un nouveau cycle de production l'année prochaine, sans les handicaper par des intérêts insoutenables, ne serait ni du luxe, ni de la précipitation.

*Les chiffres sont issus des études de l'Observatoire National de l'Agriculture Intranet (ONAGRI). Pour faciliter leur lecture, les chiffres ont été arrondis au maximum à 10%.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.