Après des années de travail, de nombreuses personnes ont du mal à accepter leur départ à la retraite L'image de certains retraités qui peuplent les cafés toute la journée n'est pas reluisante. Mais que faire quand les solutions font défaut et que le retraité lui-même omet de préparer le terrain au passage à la retraite. On peut toujours se maintenir dans la vie sociale grâce à diverses actions bénévoles, ou activités culturelles et sportives. Notre pays vieillit démographiquement. Le taux des personnes âgées a atteint 11% du total de la population en Tunisie en 2014, et pourrait atteindre 15% en 2025 et 19,8% en 2034 selon l'Institut national de la statistique (INS). Cette hausse s'explique par l'augmentation de l'espérance de vie à la naissance, qui sera portée à 80 ans en 2029 contre 74,7 ans en 2010. Autre constat, la Tunisie possède la population la plus vieille d'Afrique selon Global Post. En 2014, le nombre de ceux qui sont partis à la retraite a atteint 700.000. La retraite synonyme de fin ? Ou signifie-t-elle le début d'une seconde vie ? Comment les retraités meublent-ils leur temps ? Autant de questions auxquelles on a tenté de répondre dans notre enquête. Le frustrant sentiment d'inutilité Que ce soit dans le secteur public ou le secteur privé, celui qui part à la retraite ressent le plus souvent un sentiment de profonde tristesse. On a vu des professeurs pleurer devant leurs élèves sous l'effet de l'émotion en quittant le lycée, après tant d'années de cours donnés avec amour et passion, des hommes qui n'osent même pas prononcer ce mot en public. Certains refusent de faire face à la réalité et continuent leur train de vie habituel, allant jusqu'à user de subterfuges pour faire croire aux autres qu'ils vont toujours à leur travail. A.G se pointe chaque matin à la gare pour prendre le métro en direction de la capitale. Il a pris sa retraite depuis un an. Ses amis savent qu'il est parti à la retraite mais ils le laissent faire. Il passe toute la matinée à déambuler dans les rues de Tunis en quête de quelque chose qu'il n'arrive pas à définir. Un directeur dans un ministère régalien s'apprête à prendre sa retraite dans quelques mois. Il est stressé et n'arrive pas à accepter ce départ .C'est comme s'il allait passer de vie à trépas. A force de trimer sur un rythme fou, il s'est déconnecté de la réalité de la vie et a oublié qu'il y a toujours une fin à tout commencement, et qu'un jour il doit bien passer le flambeau à un collègue plus jeune que lui. «Dans notre pays, quand tu prends ta retraite, tu vas remarquer que tu recevras moins d'appels sur ton portable, tu seras moins sollicité. Le champ des amis se rétrécit très vite. C'est comme si tu n'existais plus pour eux. Le regard des autres fait très mal. Tu as l'impression de devenir insignifiant, inutile», confie S.Z un ancien haut cadre au ministère de l'Intérieur. Et d'ajouter «C'est justement après ton départ à la retraite que tu découvriras tes vrais amis». L'obligation de travailler encore et toujours «Ma pension de retraite ne me suffit pas à joindre les deux bouts, c'est pourquoi je suis à la quête d'un autre travail, confie Haïthem, qui vient de prendre sa retraite. Et puis je ne peux pas arrêter de travailler, le travail c'est la santé», nous explique-t-il. Son ami, qui a quitté le travail bien avant lui, n'est pas tout à fait d'accord. «Metro, boulot, dodo n'a plus de raison d'être dans mon vocabulaire. Je préfère passer la journée aux cafés où je peux me défouler et jouer aux cartes. Il n'y a pas que le travail qui compte dans la vie». L'image de certains retraités qui peuplent les cafés toute la journée n'est pas reluisante. Mais que faire quand les solutions font défaut et que le retraité lui-même omet de préparer le terrain au passage à la retraite. On peut toujours se maintenir dans la vie sociale grâce à diverses actions bénévoles, ou activités culturelles et sportives. Nonobstant, la retraite n'a pas droit de cité pour certains qui n'abdiquent jamais. Ils sont hyperactifs et ne baissent jamais le bras .C'est le cas de M.F qui travaille comme chauffeur de taxi depuis quelques années après avoir pris sa retraite. «Cela me permet de subvenir aux besoins de la famille puisque ma pension ne suffit plus avec la dégradation du pouvoir d'achat dans le pays », explique-t-il. De nouvelles raisons d'exister «Non, la retraite ne veut nullement signifier la fin d'une vie. C'est vrai, en 2009, quand j'ai quitté mon travail à la municipalité de La Goulette, j'ai beaucoup pleuré et j'ai failli piquer une de ces crises, mais actuellement je suis en symbiose avec moi-même, a avoué de son côté Rafiaâ Sooud .J'ai retrouvé le goût de la vie grâce à l'Association tunisienne des retraités, bureau du Kram. Je revis grâce aux activités de cette association .C'est vrai que je ressens toujours un pincement au cœur quand je passe devant mon lieu de travail, mais il faut s'adapter». Jameldine Ben Yahia, le président de ce bureau, explique que ce genre d'espace évite aux retraités l'oisiveté. «Avec la retraite, je ne suis plus esclave du travail, j'ai retrouvé ma liberté, contrairement à certains qui se sentent frustrés en raison de la perte de leur statut et de leurs contacts. Dans ce local de l'association, on sait se rendre utile grâce à nos actions bénévoles, l'organisation de manifestations, d'excursions, de visites aux hôpitaux et aux centres pour handicapés». Pour ceux qui ne sont pas dans le besoin, la retraite constitue un nouveau départ dans la vie pour la découverte du monde .Ils enchaînent les voyages et les sorties. «Comme j'ai beaucoup travaillé et que je ne suis pas mariée, je compte profiter pleinement de ma vie et aller à la découverte d'autres horizons », nous a révélé N.K qui a bénéficié d'une retraite anticipée. C'est la retraite dorée, ajoute-t-elle. Si la retraite fait autant de mal, c'est parce qu'elle annonce, en réalité, le début de la fin. La fin d'un parcours.