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Ombres et Karakouz
Les marionnettes en Tunisie, la mémoire et la trace
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 07 - 2017

Déjà présentée au musée international des marionnettes à Palerme, cette étude signée Habiba Jendoubi, tente d'explorer l'histoire de ce genre théâtral et son évolution
Le mot français «marionnette» est dérivé de Marion, diminutif de Marie, et désignait à l'origine une petite figurine de la Vierge. Dans d'autres langues européennes, le terme s'apparente au mot «poupée» : «puppet» en anglais, «puppe» en allemand, «pupi» dans le théâtre de marionnettes sicilien (où il existe aussi un dérivé du mot «enfant» : «fantoccio», qu'on retrouve aussi en portugais : «fantoche»; en revanche, on dit «marioneta» ou «títeres» en Espagne.
En Tunisie, on appelle «marionnettes» «douma», en arabe classique, pluriel de «domia» qui veut dire «poupée». Et le théâtre de marionnettes qui désigne à la fois le genre théâtral et le lieu de la représentation faisait partie du quotidien du tunisien. Sa naissance commença avec le théâtre d'ombres. La place de Halfaouine, à Tunis, était le lieu de spectacles où les premiers montreurs d'ombres montraient leurs silhouettes. Le 19e siècle aura aussi vu naître le Karakouz, des marionnettes qui jouent un rôle de porte-parole du peuple et qui exprime ses frustrations. Les représentation étaient données pendant le mois de Ramadan et constituaient un moment de détente après une longue journée de carême.
Au fait, le Karakouz est le nom du héros de ce genre de théâtre, un personnage qui rappelle le polichinelle occidental. Ce vilain bonhomme a un antagoniste : «Haziouaz», bien plus éduqué et qui s'exprime de manière poétique et raffinée. Les personnages secondaires reflètent une société plurielle et d'origines différentes.
Quelques exemplaires de ces personnages existent et se vendent encore aujourd'hui dans les souks comme des pièces d'antiquité. Mais il n'y avait pas que ce genre de figurines ; d'autres ont été crées, d'influence sicilienne ou turque et des personnages inspirées de légendes ou de certains rites telle que Oumok Tangou, une poupée en chiffons que les enfants promènent dans les rues en temps de sécheresse.
Au début du 20e siècle, le cinéma vola la vedette aux marionnettes. De nombreux artisans inventèrent alors de nouveaux personnages, modes d'expression et techniques pour mettre en scène leurs spectacles.
Cela dit, l'histoire des marionnettes en Tunisie est si riche et si intense qu'un seul livre ne suffit pas pour la raconter. Quelques écrits existent déjà. A ces derniers vient s'ajouter le livre de Habiba Jendoubi, artiste marionnettiste, intitulé : «les marionnettes en Tunisie, la mémoire et la trace». Une centaines de pages écrites en 3 langues (arabe, français et anglais). Il s'agit d'une étude dédiée à son mentor feu Rached Manaï et qui tente d'explorer l'histoire de ce genre théâtral et son évolution au 19ème et au 20 ème siècle. L'auteure s'est référée aux chercheurs, aux professionnels de la marionnette et aux artisans. Des marionnettes italiennes, aux marionnettes considérées comme typiquement tunisiennes, sa plume exprime l'importance de cet art qui, aujourd'hui, souffre de stagnation, d'un manque de recherches et de formations. Ce domaine, gagnerait, dit-elle, à se mettre à la page de ce qui se fait dans le monde. Car, ailleurs, la marionnette évolue et la matière avec laquelle c'est fabriqué, évolue aussi, ainsi que la façon de la manipuler.


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