L'ambition est un vecteur important qui conditionne le devenir d'une carrière. La nouvelle médaillée de bronze du Mondial, organisé à Marrakech, Nihel Cheikhrouhou, prouve qu'elle n'en manque pas. Encore une fois, le judo tunisien a émergé du lot après le come-back gagnant de cette septuple championne d'Afrique en glanant pour la première fois de sa carrière un titre mondial qui la place parmi l'élite du judo mondial. Nihel Cheikhrouhou a-t-elle l'étoffe d'une grande championne ? Se sent-elle en mesure de décrocher le podium aux prochains Jeux olympiques de Tokyo 2020 ? Comment juge-t-elle le judo tunisien et la façon de préparer l'élite pour les compétitions continentales, mondiales et surtout olympiques ? A toutes ces questions et à d'autres, la judoka Nihel Cheikhrouhou nous a répondu avec beaucoup de franchise et de sincérité. Ce fut un come-back réussi au Mondial alors que vous avez pris votre retraite. Qui vous a encouragée à revenir sur votre décision? Il n'y a qu'une seule personne qui a réussi à m'encourager à revenir sur ma décision de retraite. Incontestablement c'est Skander Hachicha, un vrai champion qui a tant donné au judo tunisien. Il m'a convaincu de revenir sur le tatami, surtout qu'il m'a souligné que je possède beaucoup de qualités et il est bien dommage qu'elles soient inexploitées. Mon problème est que je ne peux pas dire non à Skander Hachicha. Et j'ai repris les entraînements à Sfax sous la conduite d'un champion : Slim Agrebi. Comment avez-vous vécu les derniers championnats du monde organisés à Marrakech ? Après des entraînements intensifs, Skander Hachicha m'a encouragée à prendre part à ce Mondial, seulement pour que je retrouve mes sensations des grandes compétitions. J'étais un peu réticente mais j'ai décidé d'y prendre part, face aux plus grandes judokas du monde. Et ce fut la grande victoire pour vous et pour le judo tunisien ! Malgré mon grand palmarès, je n'ai jamais eu un titre mondial. Maintenant, je jubile après cette grande victoire, qui est venue au bon moment, ce fut une compétition très rude et très passionnante, vu l'équilibre des forces de toutes les participantes de ma catégorie (+78kg). Les éliminatoires furent assez compliquées. J'ai réussi à battre successivement l'Italienne Assunta Galeone, la Française Fatouma M'Biro et la Hollandaise Savel Kouls pour glaner le bronze, ce fut un parcours très dur et très stressant. Il est à souligner que j'ai été battue par la Cubaine Idalis Ortiz, double championne olympique 2012 et double championne du monde 2013-2014. Ce titre mondial va-t-il vous donner un nouveau statut dans le milieu du judo mondial ? Je l'espère de tout cœur. Réaliser une performance comme je l'ai fait au Mondial de Marrakech, c'est une chose. Mais le podium olympique aux prochains Jeux de Tokyo 2020, cela montre un côté combatif, d'autant plus important pour moi que j'ai raté les derniers Jeux olympiques de Rio. Mais avec cette médaille de bronze qui vaut de l'or pour moi, je pense qu'il est indispensable de passer à un palier supérieur pour confirmer ma dernière médaille aux Championnats du monde (toutes catégories). On dit qu'il y a un vide au sein du judo tunisien, qu'en pensez-vous? Ce ne sont que des commérages de la part de personnes jalouses de notre discipline qui ne cesse de donner au sport tunisien d'énormes satisfactions. Actuellement, il y a une génération très douée et pleine de qualités. Elle a un avenir prometteur, à l'instar de Mahmoud Snoussi, Faycel Jaballah, Mariem Khenissi, Ghofrane Khenissi, Sarra Mzoughi, Olfa Samed et Mariem Bjaoui. Nous avons d'autres jeunes qui n'attendent que l'occasion pour qu'on parle d'eux. Je suis optimiste pour l'avenir du judo tunisien. Avec qui allez-vous partager cette médaille de bronze ? Je partage cette médaille avec ma famille qui a fait tant de sacrifices, mais aussi Skander Hachicha qui m'a redonné un second souffle pour renouer avec le tatami mondial et tout le personnel de la Fédération tunisienne de judo qui ne cesse de me pousser vers les consécrations. Quel message allez-vous donner aux jeunes? Je veux montrer à la jeune génération qui rien n'est impossible. Je veux dire à tous les judokas : n'abandonnez jamais. On parle de judo là! Je veux montrer que tout le monde a une chance de gagner, peu importe que vous pesiez 60, 78 ou 90 kg. C'est pour cela que le judo est si spécial. Quelles sont vos perspectives ? Je dois confirmer mon dernier titre remporté au dernier Mondial de Marrakech avec une bonne préparation ponctuée de stages, et ce, pour préparer le Grand Prix et les prochains championnats d'Afrique qui se dérouleront à Tunis, à mon grand bonheur. On dit que le judoka est plus artistique que sportif. Quel est votre avis ? Le plus important chez un judoka, c'est sa personnalité. Comme un artiste, il doit développer ses propres techniques et, de ce point de vue-là, il y a des éléments qui relèvent plus de l'artistique que du sportif. Le judo, c'est une forme d'expression corporelle, et si l'on est capable de bien s'exprimer, le résultat suivra. Quand je montais sur le tatami, j'étais comme une actrice qui monte sur scène qui vient se confronter à son public, après avoir bien répété. Après tant de déceptions aux Jeux olympiques, qu'espérez-vous du prochain rendez-vous olympique de Tokyo 2020 ? Evidemment je vais à Tokyo pour gagner! Je veux le podium et je suis supermotivée pour terminer ma carrière en beauté. J'ai retenu les leçons de mes dernières participations. Je ne vais pas à Tokyo juste pour essayer, j'y vais avec des certitudes pour gagner.