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« Nous devons du respect aux familles des victimes »
Entretien avec: SAMIA MAKTOUF, avocate
Publié dans La Presse de Tunisie le 29 - 12 - 2017

Elle est de tous les combats, sur tous les fronts, défendant non plus la veuve et l'orphelin, mais les victimes de cette peste noire qui déferle sur notre monde, sans limite de frontières, de races, de religions : le terrorisme. Les victimes de l'affaire Merah, c'est elle, celles du Bataclan, de l'Hyper Cacher, elle encore, celles de Reyna à Istanbul, de la Promenade des Anglais à Nice, elle toujours. Il est difficile de sortir indemne de toutes ces souffrances, ces haines, ces injustices, il est difficile de trouver le sommeil, de maintenir la juste distance, de raison garder, ce qui est le rôle essentiel de l'avocat. Ce parcours, ce combat, Samia Maktouf, avocate au barreau de Paris , conseil près la Cour pénale internationale, spécialiste dans les affaires de terrorisme, le relate. Un livre vient de paraître aux éditions Michel Lafon racontant, expliquant, histoire d'une femme en colère. «Je défendrai la vie autant que vous prêchez la mort»
Vous êtes devenue l'avocate des victimes du terrorisme, c'est du moins l'image que l'on donne de vous ?
Le terrorisme s'est imposé à moi en fait. Cela remonte à l'affaire Karachi. Je travaillais sur le volet financier de l'affaire, Zyad Takieddine ayant été accusé d'abus de biens sociaux. A aucun moment je n'avais perçu le visage masqué du terrorisme, car c'était déjà du terrorisme, il y avait un attentat, des victimes.
Puis il y a eu l'affaire Merah, cette attaque ciblée de militaires, puis d'écoles. Merah avait choisi sa première victime sur une petite annonce : on vendait un scooter et le vendeur précisait « militaire vend...». J'ai été sollicitée par la mère d'un militaire tué. C'est alors que j'ai commencé à découvrir les dégâts du terrorisme sur les familles... Dans son message, Mohamed Merah avait donné la feuille de route : « Nous aimons la mort autant que vous aimez la vie.» Malheureusement, on n'en a pas tiré les conséquences. Il y a eu beaucoup de dysfonctionnements, de négligences. Il a fallu attendre 2015 l'Hyper cacher et l'action héroïque de ce jeune homme qui a caché des gens dans la chambre froide pour que l'on commence à prendre conscience.
Comment expliquez-vous ces défaillances ?
Peut-être par la trame du comportement de gens, la « Takya », la dissimulation. Il y a des gens connus pourtant par les services français pour être attirés par une idéologie mortifère, et non pas religieuse, j'insiste, une idéologie dessinée par le terrorisme. On ne s'en méfie pas outre mesure. Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah, connaissait le droit mieux que personne. Mais il était en totale rupture avec la réalité. Dans une salle d'audience publique, dans un Etat de droit où l'on parlait le langage des hommes et des lois de la République, lui évoquait la parole de Dieu et les lois de l'islam. Depuis l'affaire Merah, je me suis beaucoup plus investie dans les affaires de terrorisme.
Aujourd'hui, vous êtes une femme en colère
Je représente les familles de soixante victimes du Bataclan, et je porte plainte contre l'Etat grançais. Un des terroristes était sous contrôle judiciaire. Cela faisait trois mois qu'il n'avait pas signé sa fiche de présence, ce qu'il était supposé faire toutes les semaines. Personne ne s'en est inquiété, rien n'a été signalé, on ne l'a pas recherché immédiatement selon la procédure qui s'impose. Pour l'affaire de Nice, je m'oppose à Estrosi, le maire de Nice. L'assassin a effectué onze repérages, il a emprunté onze fois, à bord de son camion, un parcours dans une zone interdite à la circulation par décret préfectoral. Neuf ordinateurs ont enregistré l'information et rien n'a été transmis. Personne n'a relevé cette anomalie. Cette somme de dysfonctionnements provoque en moi la colère. Une colère alimentée par la douleur et le désarroi de ces familles. Des familles à qui on doit le respect. Leurs enfants ont été tués parce que c'est la France qui était visée. Ces familles ont été pour moi une leçon de dignité et de courage. Elles veulent comprendre. On leur doit cela.
A vous entendre, le respect qui leur est dû ne leur est pas toujours accordé
Mal, c'est mal fait. Le vigile du Stade de France est toujours hospitalisé. On lui demande des papiers et des formulaires qu'il est incapable de fournir. A Nice, on fait des transactions pour les indemnisations. Ce n'est pas une opération commerciale ! Toutes ces familles venues de pays différents disent la même chose : « Plus jamais cela ». Permettons à ces gens de faire leur deuil dignement. Voilà pourquoi je suis en colère.
A prendre en charge cette somme de douleurs, à vivre en empathie avec ces familles martyres, trouvez-vous encore le sommeil ?
J'en ai tiré deux leçons essentielles pour pouvoir continuer : même un terroriste a droit à un avocat dans un Etat de droit, même le diable a le droit d'être défendu, il faut l'accepter.
Ensuite, je suis portée par l'extraordinaire dignité de ces familles. Cela constitue un moteur pour moi. Rien, dans ce que je peux affronter comme difficultés dans mon quotidien, ne peut égaler leur douleur et la dignité avec laquelle elles l'affrontent. Quand elles arrivent, « avec leur terrible cortège » dans ce prétoire où règnent tensions et affrontements, elles imposent, paradoxalement, un moment de sérénité. Alors, bien sûr, cela m'empêche de dormir, mais cela me porte également.
Les dysfonctionnements que vous dénoncez ont-ils disparu ?
On a réajusté les choses. On sait, aujourd'hui, que le terrorisme féminin, qui bénéficiait d'un billet de genre, et passait pour moins dangereux, peut être extrêmement actif, déterminé et virulent. On sait que les « profils types » dont on diffusait le descriptif étaient d'une incroyable naïveté. Le terrorisme peut venir de n'importe où, femme, jeune, vieux, riche, pauvre, votre voisin de palier...
Avec la Takya, cette théorie de la dissimulation, tout est possible. On n'en avait pas pris la juste mesure. Aujourd'hui, il y a eu beaucoup de réajustements, et d'incontestables améliorations dans la surveillance et dans la coopération entre les différents services de police et de renseignements.
Ce choix de « spécialiste des affaires terroristes » vous place sous les projecteurs ?
J'aimerais bien revenir à des affaires plus normales. Ces affaires de terrorisme viennent à moi. J'ai essayé de refuser mais cela est extrêmement difficile. On ne le fait pas pour être médiatisé, certainement pas pour des avantages matériels, car ce n'est pas rémunérateur, mais par devoir citoyen, par amour pour son prochain.
Cela dit, mon cabinet continue à tourner, fort heureusement, avec des affaires de droit commun, de droit du travail, de conseil aux entreprises.
Ce livre, vous y pensiez depuis longtemps ?
En fait, je n'y pensais pas du tout. J'ai été contactée par trois maisons d'édition. Michel Lafon m'a convaincue. Il correspondait à mon rythme, à mes idées, ne m'a pas imposé de deadline... Je n'étais pas prête à coucher tout cela sur papier. Ecrire, c'est être entraîné par une flamme, par quelque chose de plus lourd que son quotidien, d'éprouvant, de douloureux. Il fallait revivre tout cela...


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