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Le Tunisien vit-il au-dessus de ses moyens ?
Consommation
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 09 - 2018

Quelque 850.000 familles tunisiennes sont endettées auprès des banques, majoritairement pour consommer. Flambée des prix, dégradation du pouvoir d'achat mais aussi émergence de nouveaux comportements de consommation... ces facteurs qui figurent au banc des accusés !
D'après une récente étude de l'Institut national de la consommation, le volume global des dettes des ménages tunisiens s'est envolé pour atteindre environ 23 milliards de dinars. Des emprunts bancaires effectués pour arrondir les fins de mois et consommer au quotidien et non pas pour investir ou placer de l'argent. Un fait qui s'explique fréquemment par la flambée des prix, la dégradation du pouvoir d'achat du Tunisien mais également par des comportements financiers et budgétaires malsains, ce qui nous porte à nous interroger si le Tunisien vit au-dessus de ses moyens!
Ce phénomène ne cesse de s'aggraver en Tunisie. L'année dernière, les familles tunisiennes étaient endettées d'une somme s'élevant à 20,8 milliards alors que ce montant ne dépassait pas les 10,7 milliards en 2010. Le montant a donc doublé en moins de huit ans. Si les spécialistes en économie justifient souvent ce constat par un taux d'inflation assez élevé, une dépréciation de la monnaie nationale et un pouvoir d'achat en berne, d'autres facteurs pourraient donner plus d'explications.
En effet, à première vue, et sans forcément avoir des connaissances pointues des différentes théories en économie, deux facteurs visibles pourraient expliquer ces emprunts de plus en plus importants : l'effondrement du dinar et la dégradation du pouvoir d'achat. Mais ce qu'on n'avoue pas toujours, c'est l'émergence de nouveaux «besoins» de consommation, de nouveaux comportements de consommation ostentatoire et de formes de mauvaise gestion des budgets familiaux et ménagers.
Les résultats d'une étude menée, au mois de septembre 2017, toujours par l'INC, montre, en effet, comment de nouveaux comportements et formes de consommation ont considérablement pris le dessus, ces dernières années. Des dépenses qui exercent de nouvelles pressions sur les budgets financiers des familles tunisiennes.
S'endetter pour consommer, le cercle vicieux
Ces nouveaux comportements de consommation émanent de nouveaux «besoins» sans pour autant qu'ils soient accompagnés d'une budgétisation spéciale. Le tout, sous l'effet de la multiplication des occasions de consommation et le prolongement de leur durée, mais aussi le poids assez imposant des mécanismes de marketing qui poussent vers l'acte de l'achat.
Comme l'expliquent certains spécialistes en économie, le résultat est assez clair : le consommateur a tendance à dépenser pour couvrir ces nouveaux besoins sans les prendre en considération dans son budget, il recourt alors à l'endettement auprès des banques, une solution à sa portée.
Les crédits à la consommation dont la valeur ne dépasse généralement pas les 10 mille dinars servent en majorité à résoudre temporairement et parfois de manière peu efficace certains problèmes financiers conjoncturels, mais à moyen terme, certaines familles endettées pourraient se retrouver dans une impasse financière, comme le signale Hatem, un père de famille. «C'est la solution la plus facile et la plus accessible qui se soit présentée. Au début je ne savais pas que j'allais entrer dans une spirale d'endettement sans fin auprès des banques. Même si ces emprunts nous permettent de dépasser temporairement des difficultés financières, au bout de quelques mois on s'aperçoit de la dangerosité de la décision que nous avons prise».
En effet, comme l'explique ce père de famille, s'endetter auprès des banques sans prévoir des moyens supplémentaires et une stratégie financière concrète pour payer les dettes risque d'ouvrir la boîte de Pandore qui finira par ruiner le budget de certaines familles.
Vivre au-dessus de ses moyens
«En Tunisie, certaines familles issues notamment de la classe moyenne veulent être riches, beaucoup d'entre elles se comportent comme si elles étaient riches, alors qu'en réalité, elles ne le sont pas, elles paraissent riches et c'est là que réside la grande différence. Adopter des comportements de consommation ostentatoire au détriment de son budget et ses revenus réels pourrait avoir des incidences négatives considérables sur l'unité familiale et son autonomie financière», explique un sociologue, qui met en garde contre le fait de vivre au-dessus de ses moyens.
«Car dans l'imaginaire collectif , en Tunisie, et ailleurs, les riches sont souvent perçus comme étant des gens vivant dans le luxe et dépensant sans compter, possèdent maisons et voitures luxueuses, voyagent aux quatre coins du monde, organisent régulièrement des festivités somptueuses. Bien sûr, de telles personnes existent, mais représentent, en réalité, une faible proportion de la population, leur image constitue parfois de faux espoirs pour les autres classes sociales, qui vont jusqu'à imiter aveuglément ce niveau de vie au détriment de leurs revenus financiers limités», a-t-il encore expliqué.
La consommation ostentatoire désigne une forme de consommation destinée à montrer un statut social ou un mode de vie bien précis ou également à faire croire aux autres que l'on possède ce statut social. Il s'agit d'un concept qui pourrait ruiner en effet certains budgets familiaux. Selon plusieurs témoignages que nous avons recueillis, ce sont les activités de loisir, promues par la puissance des mécanismes de marketing et de publicité notamment via les réseaux sociaux, qui poussent certaines familles à exploser leurs budgets. En fait, ces familles vont jusqu'à s'endetter pour voyager, s'offrir un séjour en hôtel ou même acheter un Smartphone haut de gamme. «Je me suis endettée auprès d'une amie pour passer des vacances à Paris, avec la détérioration du dinar, les frais de voyage se sont multipliés, autrement on ne peut pas voyager. Ce n'est pas un besoin vital, mais quand même, je ne me suis pas privée de ce plaisir, même si c'était au détriment de mon budget», témoigne Asma, une jeune Tunisienne de 32 ans.
La santé financière des familles tunisiennes n'est pas des plus reluisantes, et dans une conjoncture économique nationale peu confortable, il est d'autant plus important de déjouer les écueils de ses comportements financiers, et d'éviter les pièges du marketing et de la publicité, mais aussi ceux de la consommation du "m'as-tu-vu".


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