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Le cercle vicieux de l'endettement des ménages en Tunisie
Publié dans WMC actualités le 21 - 07 - 2014

Il ne s'agit pas d'un phénomène récent, il concerne pour ainsi dire tous les ménages tunisiens. Pendant longtemps, on ne s'est concentré que sur l'endettement des entreprises. Le volume des créances improductives ou douteuses des banques en porte foi.
Mais qu'en est-il de l'endettement des ménages dans un contexte où les dépenses familiales ont tendance à dépasser, vertigineusement, les revenus des ménages tunisiens dans un cercle bouclé de régression de la production et de la baisse de la demande sur fond de pressions inflationnistes considérables?
Contrairement aux apparences, les comportements de consommation en Tunisie n'ont pas connu des mutations remarquables durant les deux dernières décennies, et ce du moins pour de larges franges sociales et de plusieurs zones du pays. A cet effet, les indicateurs relatifs au style de vie et à l'évolution des revenus confirment ce constat du moins d'un point de vue, purement, statistique.
Néanmoins et à partir de la fin des années 2000, certains spécialistes ne cachaient plus leur crainte que les Tunisiens soient de plus en plus vulnérables, en termes de capacité de consommation et de propension d'épargne, surtout dans une conjoncture économique marquée par la montée dévastatrice du secteur informel et les répercussions de la flambée des prix des produits de base sur les marchés mondiaux sur le pouvoir d'achat des citoyens. Plusieurs études montrent, de ce fait, que le taux d'endettement des Tunisiens commençait à évoluer dans une courbe croissante.
Actuellement, un effet multiplicateur de la demande pose la dangereuse inadéquation entre les revenus et les besoins de consommation. Le fléau de l'endettement des ménages suit le même rythme que celui de la consommation. Un mal nécessaire qui appelle à une régulation continue pour contourner les effets pervers de l'affluence de l'endettement sur les équilibres macro-économiques mais aussi sur la solvabilité des crédits bancaires.
L'endettement des ménages : causes et conséquences
Si l'on estime que le développement du crédit aux ménages peut avoir des aspects positifs pour l'économie dans son ensemble ainsi que pour certains ménages qui y ont recours, il faut reconnaître simultanément la nécessité d'une analyse sérieuse des conditions d'un tel développement afin de limiter les risques économiques et individuels, parfois dramatiques, de l'endettement. Les analystes financiers estiment que des progrès ont été faits dans le domaine de la connaissance de l'endettement et du surendettement des ménages.
Il est difficile d'établir une typologie complète et évolutive des ménages endettés. Seule la disponibilité de données statistiques multiples et sur longue période peut permettre d'analyser le processus d'endettement: origine, causes les plus fréquentes, évolution de la dette, conclusion du prêt… cette analyse s'appliquant non seulement à la moyenne des ménages dont on sait qu'elle peut conduire à des conclusions réductrices mais aussi à des groupes significatifs de ménages.
Le comportement économique des particuliers peut être appréhendé de diverses manières: financières ou sociologiques. Toutefois, seule l'analyse de la partie «ménages» des comptes nationaux permet de disposer d'un cadre cohérent.
Il convient cependant de préciser d'emblée que le concept «ménages» recouvre à la fois les particuliers et les entrepreneurs individuels dont l'activité d'entreprise ne peut être dissociée, en pratique, de la vie ordinaire dans la mesure où leur entreprise n'a pas d'existence juridique distincte.
Typologie d'une position de resserrement de crédit
Source : Note de conjoncture de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), France - Mars 2009.
Pour développer la réflexion, indiquons que les particuliers perçoivent des revenus: salaires et traitements bruts, prestations sociales et revenus de la propriété. Ces revenus sont diminués de différents prélèvements sociaux et fiscaux. Les particuliers disposent ainsi, en solde, d'un revenu disponible brut au sens de la comptabilité nationale. Ce revenu peut être employé en consommation (de biens et de services), en investissement-logement ou en placements divers: dépôts bancaires, achats de valeurs mobilières (obligations, actions, OPCVM), produits de couverture des assurances, etc.
Mais les particuliers ont toujours souhaité introduire une dimension temporelle dans leurs choix pour réaliser des transferts de revenus et/ou de dépenses, pour eux-mêmes ou pour leur famille. Ainsi, face à un revenu qu'ils jugent insuffisant pour mener à bien des projets, ils peuvent recourir à l'endettement afin de desserrer leur contrainte financière. Ce faisant, ils anticipent des ressources futures pour acquérir immédiatement un logement ou d'autres biens, à charge pour eux de prélever plus tard sur leurs revenus afin de rembourser aux prêteurs la dette contractée ainsi que les intérêts qui y correspondent.
Dans certains cas, sans doute plus marginaux et qui s'appuient sur une configuration particulière de la structure des taux d'intérêt, l'endettement peut même servir à réaliser ou à éviter de dénouer des placements financiers. Le ménage s'endette pour ne pas mettre en cause un choix antérieur de placement à long terme ou pour réaliser un placement qu'il escompte plus avantageux, même compte tenu du coût de l'endettement.
Par ailleurs, dégager le profil du ménage surendetté semble difficile: aucune caractéristique n'explique à elle seule la situation de surendettement et il est difficile de reconnaître et de hiérarchiser les facteurs de fragilité des ménages. Il y a sans doute des caractéristiques structurelles qui exposent les ménages au risque de surendettement (faibles ressources, taille de la famille, non propriété du logement...). Mais ce risque ne se concrétise que lorsque survient un facteur déclenchant (maladie, divorce, chômage…).
Plusieurs travaux ont été effectués, à ce titre, et apportent un éclairage complémentaire permettant de préciser les caractéristiques des ménages qui paraissent financièrement les plus fragiles. Il s'agit de ménages présentant tous les signes d'un degré élevé d'exposition au risque de défaillance: exerçant des professions faiblement qualifiées, leur risque de chômage est plus grand que pour les autres ménages endettés; ils ont connu récemment une forte dégradation de leur situation financière et ont, en outre, dû faire face à des dépenses imprévues très difficiles à supporter sur leur budget courant; le recours aux crédits de trésorerie et au découvert bancaire semble dès lors constituer la seule réponse possible.
La facture en Tunisie
Le montant global de l'endettement des ménages tunisiens s'est établi à environ 16,1 milliards de dinars à fin décembre 2013, contre 7,4 milliards de dinars en 2008 et seulement 3,1 milliards en 2003, et ce selon les chiffres de la centrale des risques de la Banque centrale de Tunisie (BCT) relatifs à la répartition des crédits non professionnels octroyés aux particuliers par le secteur bancaire.
En proportions, l'enveloppe allouée aux crédits de logement s'est élevée, au terme de l'année écoulée, à près de 7 milliards de dinars, soit 43% contre 9,1 milliards de dinars correspondant à l'encours des crédits à la consommation où la part la plus importante a concerné l'aménagement du logement pour 6,6 milliards de dinars.
Il est à signaler qu'une partie consistante des prêts d'agencement de l'habitat est orienté, souvent, vers la satisfaction des besoins de consommation au vu de leurs longues durées de paiement et de la simplicité de leurs conditions d'octroi par les établissements de crédits.
Toutefois et en l'absence d'une base de données qui couvre tous les établissements pouvant servir des crédits aux particuliers, ces statistiques ne représentent en réalité que la partie visible de l'iceberg. Les prêts accordés par les Caisses sociales, les mutuelles et les fonds sociaux créés au sein des entreprises ainsi que les crédits à court terme à l'instar des découverts et des avances sur salaires ne sont pas comptabilisés dans la détermination des ratios d'endettement des ménages tunisiens. A cela s'ajoutent les emprunts auprès des commerçants qui vendent à tempérament.
Source : Bulletin des statistiques financières, N° 186, BCT, Avril 2014.
D'après plusieurs études empiriques, environ 62% des ménages, soit un effectif de 900.000 et 20% de la population active sont aujourd'hui endettés. L'endettement des ménages dans notre pays qui a augmenté, en moyenne annuelle glissante, tout au long de la dernière décennie de 18 points de base fait qu'il a atteint une quote-part de 21,3% du Produit Intérieur Brut (PIB) au dernier trimestre 2013, plaçant la Tunisie parmi les pays où il est considéré comme élevé eu égard au pallier de la création de la valeur ajoutée économique.
Par rapport au revenu national disponible brut (RNDB) et le total des concours à l'économie, l'endettement des particuliers représente, respectivement, 22,6% et 27,7% fin 2013. Ces chiffres n'amènent pas à conclure que la stabilité financière du pays est menacée, mais une pression sur la liquidité est envisageable au cas où on serait sur le même trend sur ce type de financement.
Le risque de constater un volume important de créances improductives est minime en raison de la consistance des collatéraux.
Peu importe l'angle d'approche, il reste que la dette des ménages tunisiens est considérée, aujourd'hui, d'une certaine ampleur et peut rendre certains ménages, l'économie et le système financier relativement vulnérables aux chocs, qu'il s'agisse de dépréciation des revenus, des variations incontrôlables des prix de l'habitat, d'une forte aggravation du chômage ou encore de la progression des taux d'intérêt.
L'assouplissement des critères pour l'attribution des prêts à la consommation, le développement de plusieurs formules de paiement et l'élargissement de la pratique du rachat des créances sont des facteurs pouvant amplifier le risque de crédit, à ce titre. Plusieurs banques tunisiennes se sont récemment spécialisées dans ces prêts dits «accessibles».
Ces prêts non conventionnels sont susceptibles d'attirer davantage les consommateurs à faible solvabilité et sont souvent utilisés pour consolider des dettes existantes (garanties et non garanties). L'expérience a montré que la proportion des créanciers en défaut de remboursement est plus élevée parmi les emprunteurs non classiques que parmi ceux qui ont emprunté selon une formule plus traditionnelle.
Par ailleurs, le crédit hypothécaire à l'habitation demeure inlassablement une composante importante de l'endettement total des ménages et de l'augmentation du crédit. Les marges de crédit personnelles ont connu, à ce titre, une progression importante, non seulement récemment mais, en particulier, au cours des dix dernières années.
Ainsi, les inquiétudes relatives à l'endettement des ménages découlent essentiellement du ratio de la dette sur le revenu personnel disponible. D'autres mesures, notamment le ratio de l'actif sur la dette, pourraient montrer également des signes de glissement.
Les ratios du service de la dette mesurent divers coûts du service de la dette en tant que pourcentage du revenu personnel disponible. Actuellement, ces ratios sont bas et montrent une tendance modérée à la diminution. Il n'est pas prévu que les ratios du service de la dette augmenteront immédiatement si les taux d'intérêt montent, étant donné qu'une telle hausse n'entraîne pas d'augmentation correspondante des taux effectifs, principalement en ce qui concerne les prêts hypothécaires.
En revanche, les taux d'intérêt effectifs des dettes à la consommation tendent à suivre d'assez près l'évolution générale des taux d'intérêt, puisque ces dettes (autres qu'hypothécaires) sont contractées à des taux variables.
La vulnérabilité financière éventuelle des ménages tunisiens demeure une question sérieuse qui mérite une attention particulière à l'avenir. Il importe que les autorités et les autres parties prenantes continuent à surveiller avec vigilance la taille et la composition de l'endettement des ménages et soient prêts à prendre les mesures appropriées.
L'augmentation de l'endettement des ménages intervenue ces vingt dernières années est consécutive à la baisse des taux d'intérêt et à l'atténuation des contraintes de liquidité, qui leur ont permis de gérer de façon plus satisfaisante leur consommation sur la durée de leur vie. Cette augmentation a cependant accentué leur sensibilité aux variations des taux d'intérêt, des revenus et des prix des actifs.
C'est particulièrement le cas dans les pays où les crédits hypothécaires et de consommation, en général, sont à taux variable et dans lesquels les ménages supportent le risque de modification des taux officiels. Dans ceux où le taux fixe prédomine, ils sont protégés des effets directs d'une telle évolution, puisque le risque est plutôt assumé par le détenteur final du crédit; les effets macroéconomiques de l'accroissement de la dette sont ainsi en partie atténués.
L'alourdissement de la dette des ménages n'est pas susceptible, à lui seul, de provoquer un choc négatif pour l'économie. Sur le plan macroéconomique, il risque en premier lieu d'amplifier les chocs ayant d'autres origines, qui affectent en particulier le revenu des ménages.
Les effets macroéconomiques dépendent également de la répartition de l'endettement entre les ménages. Inopportunément, peu d'informations sont disponibles à cet égard.


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