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Les Tunisiens fuient la Libye
Emigration
Publié dans La Presse de Tunisie le 07 - 09 - 2018


Récit émouvant d'un rescapé qui l'a échappé belle
Alors que la capitale libyenne Tripoli, cœur battant du pays, est mise à feu et à sang à cause des luttes fratricides entre factions rivales se disputant la mainmise sur cette grande métropole, les habitants, nationaux et étrangers confondus, sont évidemment les premiers à en faire les frais. Et cela non seulement en subissant des dégâts considérables (maisons bombardées, voitures incendiées…), mais aussi en s'empressant de fuir la ville pour se réfugier dans des sites d'hébergement de fortune aménagés à la hâte par les autorités. Pour d'autres victimes déplacées, une seule solution : aller chercher abri auprès des siens résidant dans d'autres régions, telles que Zouara et Benghazi où la situation est, il est vrai, beaucoup moins explosive. Et les émigrés tunisiens dans tout cela ? Pour y répondre, il suffit de lire ce récit fort émouvant de l'un d'entre eux qui vient de rentrer précipitamment au bercail.
Sauve-qui-peut
Béchir Salhi, 43 ans, originaire de Nabeul, a émigré en Libye en 2009 où il fut enrôlé par une entreprise de bâtiment basée dans la ville de Gheriane (90 km au sud de Tripoli). Il affirme qu'il y gagnait bien sa vie en compagnie des membres de sa famille. «Certes, indique-t-il, il y a eu des moments difficiles au lendemain du déclenchement de la révolution qui a contraint mon employeur de fermer ses chantiers pendant quelques mois que j'ai dû passer en Tunisie. Un an plus tard, il m'appelle au téléphone pour m'inviter à revenir en Libye, la situation générale du pays s'étant améliorée».
Muté à Tripoli depuis 2016, Béchir reprend goût à la vie, surtout qu'il est logé, nourri et transporté… aux frais de la princesse, grâce à son statut de chef de chantier. «Depuis 2016, se remémore-t-il, nous avions bel et bien eu des sueurs froides, en raison des escarmouches qui éclataient, de temps à autre, entre les milices rivales. Or, ces incidents parodiques ne se produisaient qu'en dehors de la capitale, jamais à l'intérieur où on ne constatait aucun signe de danger ou de menaces sérieuses. On pouvait sortir, dîner dehors, fréquenter les lieux d'attraction, jouer au sport, faire son shopping. Bref, étaient réunis tous les ingrédients d'une vie normale. Puis, tout d'un coup, changement total du décor». Visiblement inconsolable, notre interlocuteur observer subitement un silence macabre. Que s'est-il passé au juste? Reprenant péniblement le fil de son récit, Béchir se prononça enfin. «Fin août, se souvient-il, j'était au chantier, lorsque des policiers en tenue civile s'amenèrent, armés de kalachnikovs, pour nous intimer l'ordre de quitter les lieux afin de nous protéger contre les échanges de tir qui faisaient déjà rage entre belligérants à quelques kilomètres de là. Au départ, j'ai cru que les flics dramatisaient les choses, étant donné que nous étions habitués à des escarmouches qui ne revêtaient aucune gravité. Toutefois, quelle ne fut ma panique en m'approchant de mon quartier de Salaheddine que je ne reconnaîssais plus : magasins fermés, tirs non stop à l'arme légère, maisons et immeubles endommagés, voitures calcinées, deux chars à l'œuvre.
L'apocalypse, quoi ! Et c'est par miracle que j'ai pu regagner mon domicile heureusement épargné par les missiles. Mais ce n'était que partie remise, car, quelques minutes après, je reçus de la visite. Il s'agissait de deux jeunes miliciens barbus qui, visiblement crispés et pressés, et, évidemment armés, m'ordonnèrent de partir illico presto, soi-disant au nom de ma sécurité. «Tu as trois minutes pour plier bagage», me lança, d'un ton menaçant, l'un d'eux. Tout ce que j'ai pris avec moi? Eh bien, juste mes papiers, mes économies et mes… deux gosses, alors que ma femme se contenta d'emporter secrètement ses bijoux, après avoir été empêchée par nos visiteurs de prendre d'autres objets de valeur tels que deux tapis et un ordinateur portable. Pour nous, dans ces moments de panique, peu importe le sort qui sera réservé à mes biens entassés à l'intérieur de la maison et qui sont pourtant les fruits d'années de labeur et de sacrifices que j'avais endurées dans ce pays. L'essentiel était, bien sûr, de pouvoir sauver sa peau».
Chassés de leur domicile, Béchir et les siens se retrouvèrent donc dans la rue.
Et l'odyssée de se poursuivre, haletante et de plus en plus dangereuse. «Pour atteindre l'endroit sûr le plus proche, raconte-t-il, nous avons passé vingt longues minutes à contourner des rues et à emprunter des ruelles désertes pour éviter obus et missiles qui pleuvaient sur la zone des combats. Terrorisée, frôlant l'évanouissement, ma femme a éprouvé toutes les peines du monde pour résister jusqu'au bout de l'évasion, après avoir failli abandonner en cours de route. Et c'est presque «groggy» et totalement épuisés que nous atteindrons notre but tant recherché, à savoir un camp de déplacés, aménagé à l'entrée ouest de la capitale. La délivrance, quoi ! On nous fit alors entrer sous une immense tente où des secouristes s'affairaient pour apporter soins et reconfort aux nombreux déplacés qui y avaient trouvé refuge. Idem pour les autres tentes avoisinantes que les autorités légales de Tripoli ont dû mettre en place pour faire face aux flux incessants des émigrés fuyant les hostilités. Après avoir retrouvé ses esprits, ma femme repassa à l'offensive, obnubilée désormais par l'obsession du retour au bercail. Et elle a juré de le faire, coûte que coûte. J'ai beau lui répéter que la sécurité sera rétablie incessamment, rien n'y fit. J'ai beau l'intimider, en lui martelant qu'en Tunisie nous serons réduits au chômage, peine perdue. Plusieurs de mes compatriotes que j'ai croisés sur place ont déjà pris la même destination. L'Aéroport international de Tripoli étant fermé au trafic aérien suite aux bombardements qui l'ont considérablement endommagé, et comme l'autre aéroport le plus proche de la capitale, situé dans la zone des combats, n'est plus opérationnel, une seule solution reste : la voie terrestre. Et là, tout le monde le sait, même en temps de paix et de stabilité, ce ne sont pas les louagistes exerçant clandestinement qui manquent en Libye. L'un d'eux, vers lequel on m'a orienté, a sauté sur l'aubaine, en exigeant le triple du tarif habituel concernant le trajet Tripoli-Ras Jedir. Sous la pression de ma femme, je n'avais qu'à... m'exécuter, la mort dans l'âme. Et c'est ainsi qu'on a pu rentrer en Tunisie». Fin de récit, mais inévitable question : Béchir retournera-t-il, un jour, en Libye? «Hier oui, mais aujourd'hui, non», répond-il, visiblement abattu, ajoutant que «ce pays, en proie à toutes les convoitises étrangères et durement ravagé par le chaos, ne sortira plus de... la gueule du loup. Pourvu que ma patrie, elle aussi malade, ne me déçoive pas».


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