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Descente irrémédiable du Monde Arabe aux Enfers !!!
2 Août 1990
Publié dans La Presse de Tunisie le 10 - 10 - 2018


Par Skander Ounaies*
Qui se souvient encore de la date du 2 août 1990 dans le monde arabe ? Hormis les habitants des pays du Golfe, plus grand monde, et pourtant c'est une date fondamentale en termes de rupture (comme la Première Guerre Mondiale l'a été pour l'Europe), pour tout le monde arabe, rupture aussi bien géopolitique que sociétale, car elle a conditionné, en grande partie, les événements que le monde arabe vit actuellement.
Le 2 août 1990, à l'aube, l'Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït, une sorte de « Blitzkrieg » à l'irakienne, qui verra l'armée irakienne arriver au centre de Koweït-city, en l'espace de quelques heures, car nous sommes au mois d'août et la plupart des responsables koweitiens sont soit en Egypte, soit à Beyrouth, soit à Londres, pour les vacances. D'où la rapidité de l'enfoncement militaire irakien. L'Emir du Koweït ne devra son salut que grâce à l'intervention héliportée américaine, qui le fera évacuer in extremis avant l'arrivée du commando irakien chargé de le capturer. Commencera alors le pillage, en bonne et due forme, du pays par les troupes d'occupation, (le mot est faible), vu les exactions en termes de droits de l'homme, commises sur la population du Koweït. Ce pillage prendra fin le 28 février 1991, date de la libération du Koweït, par la coalition des 35 pays menée par les USA. Toutefois, la guerre contre l'Irak continuera, sous une autre forme, avec un embargo qui va engager le fameux programme de l'ONU « Pétrole contre nourriture », programme qui durera près de 13 ans (1990-2003), et ne sera définitivement levé qu'en 2010. Ce programme prévoyait des dépenses de l'ordre de…4 milliards de dollars annuels, en nourriture, médicaments, infrastructures, pour une population de 22 millions d'habitants !!! Il générera à une large échelle, de la mauvaise gestion (ONU), de la corruption (régime irakien) et de la contrebande (pays voisins de l'Irak), à tous les niveaux, et n'empêchera pas la mort de près de 500.000 enfants irakiens, à propos desquels la secrétaire d'Etat US Madeleine Albright dira textuellement durant l'émission « 60 minutes » de CBS News, le 12 mai 1996 que « (..) cela valait la peine de tuer 500.000 enfants irakiens », en somme un détail de la guerre du Golfe !!!
Comment en est-on arrivé à ce stade de folie ?
Pour comprendre cet enchaînement désastreux, il faut remonter à deux événements majeurs précédant la première guerre du Golfe :
– Le premier est la guerre Iran-Irak qui durera 8 ans (1980-1988) et dont les objectifs étaient pour l'Occident de tuer dans l'œuf la Révolution Islamique en Iran, par le truchement de l'Irak, vu l'idéologie de Khomeiny de propager la Révolution dans le monde, et pour l'Irak de récupérer les avantages territoriaux perdus suite à l'accord d'Alger (6 mars 1975), du temps de la puissance militaire du Shah et de profiter de la désorganisation de l'Iran pour l'écarter définitivement comme puissance régionale rivale et dangereuse. Cette guerre verra, entre autres, l'utilisation de missiles lancés, de part et d'autre, sur les villes, et surtout, une dette extérieure de l'Irak en 1990, équivalente à 86 milliards de dollars, ce qui est un montant énorme pour l'époque. Ce point constituera, plus tard le cœur du problème avec les pays occidentaux qui ont « soutenu » l'Irak dans sa guerre contre l'Iran, et surtout avec les monarchies du Golfe, et en particulier le…Koweït ;
– Le second point est la présentation à la télévision irakienne, par Saddam Hussein lui-même, le 9 mai 1990 (soit 3 mois avant l'invasion du Koweït), de détonateurs de bombes nucléaires. Ce qui a provoqué un vent de panique dans les chancelleries occidentales, puisque le « gendarme » du Golfe s'affranchissait des règles tacites édictées par ces mêmes chancelleries, et se lançait dans l'industrie d'armement de technologie de pointe. C'est ce second point de risque majeur de rupture d'équilibre stratégique régional, qui doit toujours être en faveur d'Israël, qui va précipiter les événements, et pousser l'Irak (et le Monde Arabe) vers l'abîme par des séries de non-dits et de sous-entendus que, malheureusement, Saddam Hussein ne saura pas décoder, car n'ayant quasiment aucune expérience internationale, à part deux voyages officiels (France et ex URSS). Ainsi, l'ambassadrice US en Irak, April Glaspie, dira au dirigeant irakien que les USA ne se mêleraient pas des affaires du Monde Arabe (ce que Saddam Hussein a décodé comme : « vous pouvez envahir le Koweït, on ne bougera pas !!!! »), les mêmes USA disant au Koweït de tenir bon, et ne pas céder sur le montant financier exigé par l'Irak (réparations de guerre avec l'Iran et pertes financières subies suite à la surproduction de pétrole par le Koweït), surproduction, que visiblement, il n'avait pas décidé seul. Pourtant, les Koweitiens étaient très proches d'un accord avec l'Irak !!
Conséquences majeures :
Ces événements sont parfaitement analysés par Said K. Aburish dans sa biographie « Le vrai Saddam Hussein » (2003), éditions Saint Simon.
Quelles ont été les conséquences majeures de ce conflit à l'échelle mondiale, et surtout pour le Monde Arabe ?
1) au niveau mondial :
– au niveau politique mondial, lancement du « nouvel ordre mondial », par le Président américain H.G. Bush qui va consacrer, à travers l'ONU, le droit d'ingérence et le principe de l'intervention multilatérale ;
– au niveau géoplitique, localisation et domination permanentes des USA dans le Golfe, une région qui assure près de 30% de la production mondiale de pétrole et surtout près de 60% des réserves mondiales ;
2) à l'échelle du Monde Arabe :
– Destruction d'un équilibre, il est vrai précaire (Iran/Irak), avec renforcement de l'axe chiite dans la région, surtout après la seconde Guerre du Golfe (2003), axe hyper dominant en Iran et majeur en Irak, et « libération » des velléités d'autonomie pour les Kurdes de la région ;
– Suite à la désarticulation/démolition de l'Irak (2003) et surtout de son armée, émergence du terrorisme très vite devenu islamique (Etat Islamique ou « Daech » selon l'acronyme arabe) avec toutes ses conséquences actuelles dans « l'arc de crise » qui s'étend, selon plusieurs analystes, du Maghreb au Pakistan (principalement en Syrie, Irak, Liban, Libye), avec une extension vers l'Afrique subsaharienne (Mali, Niger, Nigeria) ;
– Développement de l'Iran en tant que puissance régionale interventionniste dans les conflits régionaux (Syrie, Liban) avec des résultats particulièrement probants en Syrie. Ce même développement (technologique, militaire) a fait que l'Iran est considéré comme une menace par une autre puissance régionale (sunnite), à savoir l'Arabie Saoudite, dont toute la politique étrangère consiste à le contrer ;
– La dernière crise entre le Qatar et les autres pays de la région a montré, d'une part, l'alignement immédiat derrière l'Arabie Saoudite des autres monarchies du Golfe plus l'Egypte, à part le Koweït qui a toujours cherché une politique relativement équilibrée dans la région. On retrouve cet alignement au niveau de la coalition contre les Houthis du Yémen, faction soutenue par l'Iran, bien qu'il s'en défende ;
– L'apparition d'un même objectif (contrer l'avancée de l'Iran par tous les moyens) pour des pays supposés antagoniques qui sont l'Arabie Saoudite et Israël, avec une implication évidente au niveau de l'intervention pour la résolution du dossier palestinien, implication qui a fait ressortir des propositions nouvelles de la part du prince héritier Mohamed Ibn Salmane ;
— Enfin, apparition d'un nouvel acteur sur la scène du Moyen-Orient et du Golfe, à savoir la Turquie, dont le rôle dans le conflit syrien (problème kurde) et la crise avec le Qatar, a montré une implication régionale de plus en plus visible, qui est peut-être, la cause réelle de la crise actuelle avec les USA.
En conclusion, une région instable, énormément de richesses, trois grands pays dominants (Iran, Arabie Saoudite, Turquie), avec parfois des objectifs opposés, tout en tenant compte du rôle d'Israël dans la région. Voilà donc la nouvelle équation complexe à résoudre dans la région du Golfe et du Moyen-Orient, équation qui résulte, en grande partie, des deux guerres du Golfe, toutes deux destructrices d'un équilibre, mais cette fois-ci, et contrairement à l'approche des crises en économie, il ne s'agit pas de « destruction créatrice », comme le soutenait si justement l'économiste autrichien Schumpeter à propos des crises économiques, mais de destruction réellement destructrice, et ce n'est pas un pléonasme !!!
S.O.
*Professeur, Université de Carthage, Tunisie


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