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Jcc : un poids, une autonomie
Contrepoint
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 11 - 2018


Par Khaled TEBOURBI
Pourquoi les journées cinématographiques de Carthage drainent-elles foule ? Pourquoi jouissent-elles d'un tel accueil, d'une telle audience, d'un tel respect?
Les réponses, les vraies réponses, toutes les réponses ne se donnent pas souvent.
On parle couramment de la ruée vers les films. Subite et saisonnière, néanmoins. Les «dubitatifs» rappellent, en plus, que ce n'est qu'une «dynamique propre à la capitale», et que (détail confondant) « les salles de cinéma manquent terriblement dans le pays». L'argument tient. Mais il y a des chiffres : deux millions et demi de personnes fréquentent l'Avenue pendant la seule semaine des jcc…! La ruée vers les films n'explique pas tout, il y a, sans doute encore, une culture du cinéma (une culture tout court) qui se manifeste à travers les Jcc, qui «s'interrompt» avec l'événement, à laquelle, dommage, il n'est pas donné suite voilà des années. Les Jcc ont, en fait, créé le Cinéma Tunisien. L'institution forgée par Chedly Klibi et Tahar Cheriaâ à partir d'une idée, en partant pratiquement de rien,a,en moins d'une décennie (de fin 60 à fin 70) déjà, impulsé un début de filmographie nationale, révélé des cinéastes, contribué à la mise en place d'une profession, aidé à investir les festivals internationaux. Les Jcc ne sont jamais que «fête et paillettes». Ils déterminent des carrières, ils consacrent des œuvres, des talents, des créations. Le plus gros de leur réputation (de leur prestige) est là.
Reste ce qui se dit moins, ce qui se voit moins : le poids des Jcc, leur autonomie.
Tous nos grands festivals publics sont soumis à tutelle, régis par des lois, décrets et règlements, entièrement ou en partie financés par l'Etat. La mainmise de l'administration sur les événements culturels et artistiques n'a pas toujours eu que des avantages. Du temps de Messaâdi, Klibi et Béchir ben Slama (ministres édificateurs) oui, plutôt. Mais à cette époque, il y avait accord total sur une politique, sur des projets. Plus le cas, de nos jours. Tout se décide en haut lieu, dans le secret des bureaux. Et presque toujours, les directeurs de festivals ne sont que de simples exécutants.
Les Jcc sont les seules capables de «défier» l'establishment, aujourd'hui. Elles le doivent, on le comprend parfaitement, à une profession solidaire et bien organisée, à des cinéastes qui réussissent de plus en plus leurs films, à leur place, surtout, à la tête des festivals africains et arabes, et parmi les festivals du monde. Les «journées» pullulent désormais, à tous d'en tirer enseignement.


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