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Humilité, indépendance et justesse
Cinéma : Rencontre avec Hichem Ben Ammar
Publié dans La Presse de Tunisie le 29 - 11 - 2010

A partir de cette semaine, et tous les lundis, nous ouvrirons ces colonnes à un invité, acteur culturel, qu'il soit écrivain ou éditeur, plasticien ou homme de théâtre, comédien ou producteur, compositeur ou technicien.
Tout en essayant de «coller» le maximum possible à l'actualité, nous tâcherons de toucher tous les secteurs, faire de cet espace la tribune de toutes les expressions et expériences artistiques. Notre choix s'est porté sur Hichem Ben Ammar pour ouvrir cette rubrique, vu que son film Un Conte de Faits vient d'obtenir le prix du meilleur documentaire au 30e festival de Vérone. Une distinction qui vient s'ajouter à tant d'autres, ce qui confirme le talent de ce réalisateur qui est en voie de s'affirmer comme le premier cinéaste documentariste en Tunisie.
A lundi prochain.
Depuis que Hichem Ben Ammar a décidé de passer à l'acte et prendre à bras le corps la caméra pour poursuivre un vieux rêve, à savoir «faire des images» du monde, la réussite était souvent au rendez-vous.
Cafichanta, Raies Labhar, J'en ai vu des étoiles et enfin Un conte de faits, d'un festival à un autre, ses films ne laissent pas indifférent. D'ailleurs, le tout dernier (Un Conte de Faits) vient d'obtenir le prix du meilleur documentaire au 30e Festival de Vérone. Ce même film a déjà été primé à Milan au mois de mars dernier et a participé aux festivals de Damas, Fès, Munich, Béjaïa, Palerme, Zanzibar, Kazan et Beyrouth.
Après Doha (Tribeca Film Festival) et les JCC, ce documentaire de 85' a été projeté aussi à Sheffield, à Berlin (Al Film), à Amiens, à Agadir (Fida Doc) et à Amsterdam (IDFA), dans la catégorie «The best of the fests». La semaine prochaine, il poursuivra son périple à Nouakchott. Un mois de novembre particulièrement rempli pour un documentaire partout accueilli avec le même enthousiasme ! Une tournée marathon, à travers d'autres festivals non moins prestigieux, est déjà lancée. Entretien.
Un autre prix pour Un Conte de Faits ! Que représentent, pour un documentariste, de telles consécrations ?
Cela veut dire que le film a une dimension qui dépasse nos frontières. J'en ai désormais la confirmation. Après tant de festivals, Un Conte de Faits est encore sollicité par d'autres non moins importants comme celui de Tarifa, en Espagne, mais également celui de Sydney ou celui du film pour enfants de New York, qui accorde de l'intérêt à un petit film indépendant provenant de Tunisie, alors que le marché du film pour enfants est une industrie dominée par des géants comme Disney, entre autres. Cela m'honore et me donne tout simplement envie de poursuivre ma démarche.
Le jury des dernières JCC n'a pas distingué votre film. Comment expliquez-vous cela ?
La sélection des documentaires aux JCC était, cette année, d'un excellent niveau avec des noms comme Tahani Rached, Malek Ben Smaïl, Mohammed Bakri et Jean-Marie Téno. Le jury, présidé par le Marocain Nabil Ayouch, aurait pu souligner le fait que la sélection proposée, cette année, était difficile à départager. Cela aurait été une manière élégante d'accorder équitablement un satisfecit à tous les participants, tout en donnant de la crédibilité aux choix artistiques du festival. Au fond, un prix n'est que la résultante d'une dynamique de groupe où la subjectivité du jury peut être parasitée par des penchants personnels, des négociations et des considérations internes ou externes. Il est donc préférable de considérer la sélection d'un film dans tel ou tel festival comme déjà une distinction, car l'exigence d'une sélection est déjà un label.
On a peut-être reproché à votre histoire, celle de ce petit musicien virtuose, d'être trop individuelle et de ne pas avoir une dimension sociale comme vos précédents films. Qu'en pensez-vous ?
Le parcours exceptionnel d'Anas Romdhani et la relation fusionnelle qui le lie à son père par le biais de la musique sont un exemple qui nous permet de découvrir, au sein d'une famille moyenne, des enjeux civilisationnels, culturels et politiques qui en disent davantage sur la Tunisie d'aujourd'hui qu'un essai sociologique. Contrairement à mes autres films, le corpus est plus restreint, mais il n'en est pas moins représentatif. Quant au propos, s'il n'est pas frontalement politique, il n'en pose pas moins des questions sur le statut de l'individu dans notre société. L'exemple choisi est emblématique; il désigne tout un potentiel que notre pays gagnerait à développer et démontre notre capacité à nous positionner face à la mondialisation. Par les temps qui courent, Un Conte de Faits situe la petite Tunisie sur la carte de la modernité.
Que représente pour vous cette success-story dans votre parcours, après Cafichanta, Raies Labhar et J'en ai vu des étoiles ?
Après avoir parlé de la marginalité des artistes des cafés-chantants, du combat pour la survie des pêcheurs de thon, de la défaite des boxeurs, voici un film qui transforme la perception de l'échec en espoir. Un musicien, qui a le sentiment d'avoir raté sa carrière, vit le succès par procuration, à travers la réussite de son fils. Cette résilience est au cœur de ce documentaire qui traite une fois de plus de la passion, thème de prédilection qui fonde ma vocation de documentariste.
On croit savoir que ce film va être suivi par d'autres épisodes pour accompagner le jeune Anas Romdhani dans son évolution. Vous y tenez encore ?
Plus que jamais ! Je souhaiterais commencer le tournage de la suite à Londres, en 2011. Je me suis déjà mis en contact avec Louise Purnell, une camerawoman de la télévision enfantine au Royaume-Uni, pour qu'elle assure un suivi régulier en filmant Anas Romdhani durant sa scolarité qui s'étendra jusqu'à 2014. Je pense bien évidemment au financement de ce projet et suis actuellement en pleine prospection.
Parallèlement, quels seraient vos autres projets ?
Je compte effectivement affronter d'autres projets (essentiellement des portraits) pendant que le second film sur Anas Romdhani suivra normalement son cours. La fiction me tente bien sûr. Nous en reparlerons le moment venu.
Vous avez créé votre société de production. Pourquoi avez-vous senti un besoin d'autonomie par rapport au système de production ?
Cela me donne effectivement la possibilité d'expérimenter une démarche qui me libère des contingences de la coproduction, notamment, et me permet de considérer la pauvreté comme une richesse! Dans Un Conte de Faits, trois professeurs donnent successivement des conseils au jeune musicien et lui indiquent, comme dans les contes, des pistes à suivre : l'humilité, l'indépendance et la justesse. Ces trois recommandations constituent, à mon sens, les bases d'une création documentaire qui assume dignement la précarité de sa faisabilité. Mon vœu est que cet exemple soit suivi pour devenir un véritable mouvement capable, tout en s'enracinant dans la réalité tunisienne, de susciter l'attention à l'échelle internationale.
On a l'impression que vous prônez l'autarcie, la réclusion…
Pas du tout. Il n'y a qu'à voir le contenu de mes films. Je pense simplement que le budget d'un documentaire permet de préserver ce genre audiovisuel, encore tout récent sous nos cieux, des contrecoups du marché international. Entrer de plain-pied dans la farandole de la coproduction internationale, c'est offrir la vulnérabilité de nos projets à un système parfaitement rodé et qui possède ses propres conditions, ses exigences et ses cahiers des charges. Personnellement, je m'emploie à faire exister des films de qualité pour pouvoir, en toute connaissance de cause (vu l'inégalité du rapport de forces), me considérer, un jour, comme un partenaire à part entière. Mon objectif est de promouvoir un véritable échange et non la dépendance par rapport à l'étranger de tout un projet culturel qui serait, par le fait même du renoncement à son intégrité, condamné, dès le départ, à mourir dans l'œuf.


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