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Le rêve irréalisable des Kurdes
Chronique du temps qui passe - Par Hmida Ben Romdhane
Publié dans La Presse de Tunisie le 15 - 12 - 2010

Le mystère demeure entier sur les motivations réelles de Massoud Barzani, le président de la province du Kurdistan irakien. Dans son discours d'ouverture du 13e Congrès du PDK (Parti démocratique du Kurdistan) samedi dernier à Erbil, il étonna l'assistance en déclarant que les congressistes se prononceront sur la question relative au «droit» des Kurdes à l'autodétermination.
De nombreux dirigeants arabes irakiens, sunnites et chiites, étaient là, dont les deux principaux rivaux pour le pouvoir, Nouri Al-Maliki et Iyad Allawi. Surpris et interloqués, aucun d'eux n'a fait le moindre commentaire public ni la moindre allusion dans les discours qu'ils ont prononcés en tant qu'invités au Congrès du PDK.
La revendication claire par Barzani du droit des Kurdes à l'autodétermination a fait l'effet d'une bombe. Et la surprise des dirigeants irakiens était d'autant plus grande que Barzani fut le principal artisan du dénouement de la crise politique irakienne qui a duré des mois, en jouant efficacement le mois dernier son rôle d'intermédiaire et en arrachant aux chefs des formations politiques irakiennes un accord sur le partage du pouvoir.
Beaucoup se demandent pourquoi, après son succès dans la médiation et les bénéfices politiques qui en découlent, et alors qu'Al Maliki s'active toujours à former son gouvernement, Barzani a-t-il jugé utile de mettre sur la table à nouveau la question de l'autodétermination ?
Le plus plausible est qu'il s'agit là d'une manœuvre de la part du chef du PDK plutôt que d'une volonté de créer un Etat indépendant, une affaire trop complexe qui dépend beaucoup moins du bon vouloir des Kurdes que de celui des puissances régionales. Le but de la manœuvre est de mettre la pression sur les responsables chiites et sunnites pour engranger les avantages et rafler d'importants portefeuilles ministériels.
En revendiquant le droit à l'autodétermination, Barzani pourrait être motivé aussi par le désir d'exercer un chantage politique sur ses partenaires arabes irakiens dans l'espoir de faire valider par eux ses visées sur la ville pétrolière de Kirkouk ainsi que ses ambitions territoriales dans les autres provinces limitrophes du Kurdistan, c'est-à-dire Naïnawa (Ninive) et Diyala.
En mars prochain, les Kurdes fêteront le 20e anniversaire de leur quasi-indépendance vis-à-vis du pouvoir central de Bagdad. Cela va faire donc deux décennies que les Kurdes vivent avec tous les attributs d'un Etat indépendant. Le seul ministère qu'ils n'étaient pas en mesure de créer était celui des Affaires étrangères et de la Défense.
Jusqu'en 2003, les Kurdes irakiens vivaient sous protection internationale dans les trois provinces kurdes d'Erbil, Souleimaniyeh et Dohuk. L'effondrement du régime baâthiste et leur étroite relation avec l'occupant américain les ont aidés non seulement à renforcer leur autonomie dans leurs trois provinces, mais à élargir leur influence au-delà de leurs frontières, au point de revendiquer aujourd'hui clairement et ouvertement l'annexion du gouvernorat pétrolier de Kirkouk à la région autonome kurde.
Il faut rappeler ici qu'au lendemain de l'effondrement du régime baâthiste en avril 2003, et forts du soutien de l'occupant américain, les Kurdes ont fait subir aux Arabes de Kirkouk ce que leur avait fait subir Saddam Hussein dans les années 1970-1980. Profitant de l'anarchie généralisée créée par l'intervention militaire américaine, ils ont expulsé massivement des milliers de familles arabes et organisé un transfert tout aussi massif de populations kurdes dans le but évident de changer l'équilibre démographique du riche gouvernorat pétrolier.
Les experts et analystes irakiens et internationaux sont pratiquement tous d'accord que Kirkouk constituera pour longtemps encore une pomme de discorde entre Arabes et Kurdes, et pourrait même un jour aboutir à des affrontements ethniques sanglants. Cela dit, les ambitions kurdes dans les provinces de Kirkouk, de Mossoul et de Diyala, loin de les aider dans leurs objectifs stratégiques d'indépendance, accroissent la méfiance des pouvoirs régionaux à leur égard, notamment la Turquie, l'Iran et la Syrie qui ont tous trois des minorités kurdes.
L'unique chance qu'avaient les Kurdes de construire leur propre Etat leur fut donnée le 10 août 1920 par le traité de Sèvres par lequel les puissances signataires accordaient le droit aux Arméniens et aux Kurdes de créer leurs propres Etats. Ce traité n'avait pas duré plus de trois ans puisqu'en juillet 1923, le traité de Lausanne l'annula et le remplaça. Les puissances signataires du nouveau traité, confrontées à la forte opposition de Kemal Atatürk à la création de deux Etats arménien et kurde, revinrent sur leurs promesses. Depuis, les Kurdes, peuple montagnard, vivent accrochés à leurs montagnes du nord-est de l'Irak, du nord-ouest de l'Iran et du plateau anatolien du sud-est de la Turquie.
La création d'un Etat kurde aujourd'hui suppose l'amputation de l'Irak, de la Turquie et de l'Iran d'une partie de leur territoire, ce qu'aucun de ces trois pays n'est prêt à consentir, cela va sans dire. Et à supposer que les conditions internationales et régionales sont favorables à l'exhumation de la promesse du traité de Sèvres, les Kurdes de différents pays, différents dialectes et différentes traditions sauront-ils s'unir et travailler la main dans la main pour l'édification d'un foyer national ? L'expérience des Kurdes irakiens est édifiante à cet égard.
A peine installés dans leur nouveau statut de région autonome après l'éviction des forces de Saddam du Koweït en 1991, les Kurdes irakiens n'ont pas perdu de temps à faire éclater au grand jour leur rivalité pour le pouvoir. La rivalité politique entre les deux dirigeants kurdes, Massoud Barzani et Jalal Talabani, s'est transformée en guerre larvée entre les combattants du PDK, qui dominaient Erbil et Dohuk, et ceux du l'UPK (Union patriotique du Kurdistan), qui dominaient Suleimanyeh. Ces affrontements avaient duré de 1996 à 1998 et fait 3000 morts, sans compter les blessés et les «prisonniers de guerre» des deux côtés.
Qu'on l'aborde sous l'angle des réticences des puissances régionales ou sous l'angle de la diversité et de la rivalité des Kurdes eux-mêmes, l'Etat revendiqué par Barzani restera pour longtemps encore un rêve irréalisable.


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