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La voix d'un ras-le-bol national
Facebook
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 01 - 2011

Longtemps Ammar 404, figure suprême de la censure sur le web tunisien, a régné sur nos cieux cybernétiques. Tissant à sa guise les fils de la Toile qui s'amincissaient de jour en jour…Longtemps, les internautes tunisiens, à l'instar d'un peuple opprimé quotidiennement, ont souffert du syndrome de la page-web blanche… «404 not found» narguait Si (monsieur) Ammar‑!Contestataires ou pas personne n'a échappé à sa vigilance répressive‑!
Se jouant des S pour infiltrer des comptes…des sites censurés, d'autres carrément interdits (Youtube, Dailymotion et bien d'autres), des comptes bloqués, en somme des libertés violées…Les gens payaient des serveurs et des opérateurs (télécom) pour n'avoir droit qu'à un soupçon de connexion‑!
Mais Ammar semble s'être fatigué, ces derniers temps, à force de se jouer des S et des http car c'est dans cette même conjoncture et en sa «présence» qu'a pu surgir, sur Facebook, un mouvement de contestations massives depuis le 17 décembre 2010, le jour où s'est immolé par le feu Mohamed Bouazizi.
Génération Facebook
Comment expliquer l'implosion du phénomène Facebook dans notre pays‑?
Il y a d'abord, d'une part, l'évolution des technologies de communication et il faut le dire, les Tunisiens ont toujours été à la page concernant ces technologies. Et malgré les répressions, touchant entre autres l'information, une e-communauté, de plus en plus jeune, commençait à voir le jour‑: notre jeunesse commençait à s'informer, à s'exprimer, à échanger…
D'autre part, il y a nos régions et autres milieux sociaux qui ne sont pas toujours adaptés aux jeunes qui ont peu de loisirs, si ce n'est pas du tout, ajouté à cela l'absence de perspectives d'avenir. Cela a fait que ces mêmes jeunes et autres adultes qui n'arrivaient pas à se faire entendre se sont tournés vers les nouveaux médias (Internet) faisant d'eux leurs «porte-parole». Internet est dès lors devenu un véritable défouloir, le miroir d'une jeunesse et d'un peuple en mal d'être‑!
Mais pourquoi, précisément, Facebook dira- t-on‑? Pourquoi pas Twitter ou autres‑?
D'abord parce que Twitter (par exemple), qui a émergé après Facebook, est très peu utilisé dans notre pays. On lui préfère ce dernier qui est venu combler la frustration due à l'interdiction des sites d'informations et de partage de vidéos (YouTube, Dailymotion). Le régime oppresseur, en interdisant ces sites, a malgré lui fait migrer les gens sur Facebook. Près de 2 millions d'habitants (sur 10 millions) auraient une page personnelle selon Checkfacebook. Ce qui fait de nous les plus grands utilisateurs de Facebook dans le monde‑! L'ampleur est tellement importante que le régime, du président déchu, va apprendre à réfléchir à deux fois avant de bloquer Facebook. En 2008, ce site a été bloqué pendant 85 jours pour reprendre, par la suite, suite aux pressions et à la colère des internautes à qui on a volé le seul espace d'expression‑!
Ammar devient dès lors plus vicieux agissant après coup, en intervenant sur des profils qui dérangent, ceux d'opposants, de dissidents et de libres penseurs : on infiltre des comptes, on se joue des mots de passe, on abuse des filtres, on interdit des sites et on bloque des serveurs. Devenus hackers, nos cher cyberflics, sbires au service d'un régime corrompu s'attaquaient aux libertés de personnes jugées gênantes. D'autres encore investissaient les sites d'information pour faire la promotion du RCD et déposer des commentaires favorables où l'on vante Ben Ali et son parti faiseur de notre «miracle économique». On parle de 600 policiers préposés à la surveillance, censure et autres violations sécuritaires sur le Web, travaillant en étroite collaboration avec l'Agence tunisienne d'internet (ATI) qui leur ouvrait les portes, toutes grandes, du Web tunisien.
Comment cela a commencé ?
Bien avant les événements liés au suicide de Mohamed Bouazizi, des personnes ici et là commentaient, sur le web, la situation désastreuse et alarmante dans notre pays‑: chômage, corruption, répressions violentes, distribution inégale des richesses… En somme, les abus d'un Etat policier et mafieux qui se servait directement des caisses du pays et de caisses privées pour consolider et sa richesse et son pouvoir‑! Ceci dans l' absence totale de toute liberté d'expression. Outre quelques opposants et quelques esprits libres, personne n'avait le droit d'en parler, les plus courageux se chuchotaient avec indignation, dans la rue et même chez eux (les murs ont des oreilles, dit-on), les dernière acquisitions des clans des Ben Ali et des Trabelsi mais les complaintes s'arrêtaient là et personne n'osait élever la voix, bref la loi du silence l'emportait.
Mais ce ne fut pas le cas dans la cyber-vie, des personnes ici et là osaient en parler à travers des articles, des commentaires, des caricatures et des vidéos, vite stoppés par Ammar qui attend au tournant. On laisse passer les petits commentaires mais quand ça devient plus virulent, quand surtout l'image intervient et devient témoin, si Ammar se réveille et agit sur le coup‑!
Cela n'a fait qu'alimenter un ras-le-bol général aboutissant à ces mouvements de contestations manifestes qui ont conduit à la chute de Ben Ali.
Il faut préciser que la révolution ne s'est pas faite en deux semaines ou un mois. Et comme le rapportait WikiLeaks déjà en 2008, un câble de l'ambassade américaine, en Tunisie, mettait déjà en garde. Et un rapport en parlait de la sorte‑: «Les récents mouvements de protestation qui ont agité la province minière de Gafsa constituent un puissant rappel du mécontentement sous-jacent. Le gouvernement a fondé sa légitimité sur sa capacité à assurer la croissance économique, mais un nombre croissant de Tunisiens trouvent que ceux qui occupent le sommet de l'échelle en gardent les bénéfices pour eux».
A ces événements dans la province minière de Gafsa et après celle de Ben Guerdane ont succédé des contestations de la part de certains dissidents et autres étudiants de l'Union générale des étudiants tunisiens (Uget) et indépendants progressistes (manifestations, grèves de la faim, sit-in) stoppés et arrêtés avec violence par les forces de l'ordre (arrestations abusives, on parle même de la mort de certains étudiants…). Les gens en entendent parler, compatissent et s'indignent mais ne réagissent pas en masse. Sur Facebook, on rapporte les faits, on dénonce, mais sur les pages d'accueil, entre les quelques statuts dénonciateurs et les vidéos témoins de la misère et de la révoltes à Gafsa et Ben Guerdane, continuent à défiler des clips vidéo, des vidéos gags et autres statuts personnels. Avec la mobilisation de Ammar et consorts, les contestations sont inhibées et ralenties (blogs, sites et comptes bloqués).Mais certains parvenaient malgré tout à contourner les fils répressifs d'une toile tunisienne revue par le régime de Ben Ali. Un nouveau phénomène voit le jour, le Bendirman, citoyen de Bendirland où la version tunisienne de la «chupacabra» (la légende mexicaine de la pluie jaune) s'habille en violet. Bendirman nous raconte les déboires et les frasques de Bendirland, nous chante la misère de Ben Guerdane, dénonce le système et séduit les foules par un sens pointu de la dérision, un humour ravageur et un texte poignant‑! Le public facebookien est vite conquis, on réclame sa montée sur une scène tunisienne (car Bendirman s'est fait entendre en France). «Hors de question», réclament les hommes de main du régime. Ses vidéos et ses pages fan sur Facebook sont vite censurées. Autres personnes qui ont participé à ces mouvements de contestation et pas des moindres‑: des blogueurs tels que Slim Amamou (actuel secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Jeunesse et des Sports au sein du gouvernement de transition) et Lina Mhenni (Tunisian Girl) assistante à la fac, qui ont subi, de leur côté, les répressions de la censure et ont même été arrêtés lors de manifestations on ne peut plus pacifiques, affichant le slogan «Sayib Salah» adressé à Ammar 404, le e-symbole d'une dictature !
Quel a été exactement le rôle de Facebook ?
Le 17 décembre 2010, la nouvelle est lancée, tragique à vous glacer le sang‑: un jeune Tunisien de 26 ans, nourri par un fort sentiment d'injustice, s'immole par le feu sur une place publique à Sidi Bouzid. La nouvelle se propage, et avec elle ses retombées sur la rue. Les réactions sur Facebook se font timides au départ, entrecoupées par des publications personnelles. Mais elles gagnent vite du terrain et s'amplifient à l'annonce des autres cas de suicide. Les images des victimes diffusées sur les pages de Facebook et avec elles les vidéos des altercations violentes avec les forces de l'ordre qui, vite, virent vers des exécutions pures et simples au moyen de tirs à balles réelles à bout portant ou via des snipers…
A coup d'images et vidéos chocs, de dépêches et d'informations urgentes, les facebookiens, en réponse à un paysage médiatique étouffé et opprimé, s'érigeant en journalistes-reporters se tiennent au courant, se passent le mot et diffusent l'information. «Faites circuler SVP» ou encore «partagez», lit-on sur nos pages d'accueil. Les quelques messages personnels et autres vidéos gag commencent à disparaître progressivement cédant la place à un boom médiatique inédit et sans égal‑! Facebook donne alors la réplique aux mouvements de masse dans les différentes régions de notre pays qui se multiplient et se propagent dans tout le territoire. A mesure que ce mouvement de contestation et ces cris de ras-le-bol prolifèrent, les dénonciations sur Facebook deviennent plus crues et plus directes. Les images de profils illustrent à merveille cette évolution et de la photo de Mohamed Bouazizi auquel tout le monde s'identifie et affiche comme photo de profil au départ, on cède la place à celle du drapeau tunisien dont le rouge, ensuite, coule et déborde quand la violence des forces de l'ordre atteint son paroxysme (l'image du drapeau taché de sang). Après le dernier discours de Ben Ali, les images de profil sont remplacées par des «Ben Ali dégage» affichées sans crainte aucune, un dégage ferme et intraitable que des milliers ont crié le 14 janvier 2011 à l'avenue Habib-Bourguiba. Un jour mémorable qu'aucun Tunisien n'oubliera‑!
Ammar, dans ses dernières tentatives, a essayé, désespérément, de stopper ce mouvement, mais la circulation de l'information était si dense qu'il en a résulté un bouchon sur Internet.
Car il faut le souligner, aucun journaliste tunisien ou étranger n'a pu fouler la terre de Sidi Bouzid ou les autres régions où les émeutes implosaient. Tout le monde est pris en chasse et cela n'a fait que créer cette implosion médiatique sur Facebook.
Qu'on se le dise, sans Internet, et en particulier Facebook, il n'y aurait jamais eu pareille explosion médiatique ou diffusion massive de l'information dans notre pays.
Devenu dès son émergence en Tunisie un défouloir national et, par la suite, un outil de support opérationnel à notre révolution (utilisé pour coordonner des actions de rassemblements et de manifestations dans les rues), Facebook a été, sans conteste, la voix d'un ras-le-bol général. Mais les cris les plus virulents de nos contestations ont résonnés dans nos rues grâce à l'action d'un peuple courageux et digne, un peuple qui a fait le sacrifice de son sang pour notre pays. Et qui, désormais, compte se faire entendre.
Faites circuler SVP !


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