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Chéchia, ma fierté
A l'occasion de la Journée nationale de l'habit traditionnel
Publié dans La Presse de Tunisie le 16 - 03 - 2010


Impossible de se tromper, ce monsieur encore jeune est bien Tunisien. Son passeport? Une chéchia rouge-cochenille et la discussion entamée avec lui d'une façon spontanée confirment l'observation. La scène se passait à l'aéroport d'Istanbul, l'autre jour, alors que l'on se préparait à l'embarquement pour Tunis. «Je porte toujours ma chéchia quand je me déplace à l'étranger», nous explique-t-il, fier de sa décision et de son couvre-chef en continuant de vérifier ses bagages. «C'est pour moi une manière d'affirmer mon identité et de dire aux autres que si nous avons troqué nos costumes traditionnels pour l'habit européen moderne, le couvre-chef, lui, reste bien à nous. C'est un peu du domaine de la souveraineté». Une carte d'identité, un passeport, oui la chéchia l'est et les deux à la fois. Et ce ne sont pas les participants à la cérémonie d'ouverture du congrès mondial des Jeunes chambres internationales (JCI), tenu en novembre dernier, qui diront le contraire. Ce soir-là, des chéchias de très bonne qualité ont été distribuées aux participants. Même les invités ont eu le plaisir de porter ce genre de bonnet national de la Tunisie. Quant à nos frères maliens, nigériens et nigérians, ils avaient chacun sa propre chéchia, car elle fait partie intégrante de leur habit traditionnel et est encore fabriquée en Tunisie. Plusieurs personnalités et stars de tout bord ont elles aussi succombé aux charmes de notre chéchia lors de leur passage à Tunis. Pelé, le roi du foot, comme on l'appelle, a lui aussi pris un malin plaisir à porter une chéchia au cours de son séjour à Tunis, il y a quelques années. Touchant, ce geste de Nour Zoubi, cette enfant palestinienne héroïne du film Leïla's Birthday (2008), qui, en se préparant à retourner en Palestine après les JCC, a acheté une trentaine de porte-clés «chéchias» pour les offrir à ses camarades de classe. Que de coups durs Mais la chéchia n'est pas seulement un symbole identitaire, elle est aussi un savoir-faire ancestral jouissant d'une notoriété internationale depuis des siècles. C'est, en effet, nos chaouachis qui fournissaient tous les pays musulmans en ce produit dont eux seuls connaissent le secret de sa qualité. Le problème est qu'avec la génération de l'Indépendance le port de la chéchia est devenu rare, pour ne pas dire exceptionnel. Un effort gigantesque a été fourni par tous, les autorités publiques d'abord et à leur tête le Chef de l'Etat, pour relancer le port de notre couvre-chef national, tout au long de ces deux dernières décennies. Résultat, un retour rassurant et, chose formidable, la gent féminine s'en est mêlée sérieusement, couleurs gaies et broderies aidant. Fournisseur international presqu'exclusif en chéchias, la Tunisie était fière de son produit, elle continue de l'être, même si sa production et de là sa diffusion ont connu plusieurs déboires. Le commerce de ce produit était si florissant tout au long des XVIIIe et XIXe siècles (voir : Khelifa Chater - Dépendance et mutations précoloniales - Université de Tunis, 1984, p. 165) que les Beys en avaient fait leurs monopoles. Ils se chargeaient d'importer la laine d'Espagne puis d'assurer l'exportation des produits finis partout où il est vendu, c'est-à-dire en Libye, en Afrique subsaharienne aux Balkans, en Egypte… (voir: Louis Frank et J.J.Marcel. Histoire de Tunis. Ed. Bouslama-1985 p.84). Avec le développement du machinisme, certains pays européens dont l'Autriche ont porté un sérieux coup à notre artisanat de la chéchia, d'abord sur nos marchés extérieurs traditionnels à l'époque puis sur notre marché national avec l'occupation française à partir de 1881. De moindre qualité mais à des prix moins chers, les chéchias fait machine ont ainsi «détrôné» nos produits. En effet, la « valeur des exportations de chéchias qui était de plus de trois millions de francs en 1861-1863 tombe au-dessous de 250.000 francs à partir de 1875» (Ali Mahjoubi : Les origines du mouvement national en Tunisie 1904-1934 : Université de Tunis, 1982 pp.34-35). La France qui jouissait en Tunisie d'une position exclusive de libre-échange a profité pleinement de cette situation et a même facilité la création à Orléans d'une usine de chéchias. Ainsi, l'artisanat de chéchias qui «comprenait vers 1880, 500 maîtres chaouachis (d'après Ch. Lallemand), n'en comptait plus vers 1990 que 110 dont 50 seulement ayant une activité réelle (voir: Ahmed Kassab. - Histoire de la Tunisie, l'époque contemporaine-Tunis : STD, 1976.-p.150) . Aujourd'hui, seuls quelque 35 maîtres chaouachis continuent de préserver ce savoir-faire très raffiné, soutenus, en matière de foulage par une vieille usine à El Batan sur la Mejerda. La production, quant à elle, est écoulée à 95% à l'exportation. Traduire le secteur attend un geste de la part de son marché intérieur. D'où les campagnes nationales pour la promotion de la chéchia. Mobilisation nationale Organisées essentiellement par la corporation des chaouachis, lesdites campagnes ne pourraient donner de meilleurs résultats que grâce à une mobilisation plus soutenue. L'instauration de la Journée nationale de l'habit traditionnel par le Président Ben Ali est sans conteste un pas gigantesque vers la renaissance de la chéchia. Nous devons mieux nous impliquer en faveur de ce mouvement. Chaque Tunisien doit, au moins une fois par an, s'acheter une chéchia. Pourquoi pas aussi l'instaurer comme une belle tradition à chaque rentrée scolaire (filles et garçons)? Pourquoi pas, d'un autre côté, envisager son utilisation comme couvre-chef pour les scouts et les militaires au lieu du chapeau ou du béret ? Plusieurs idées pourraient, en effet, participer à revitaliser le secteur qui, au-delà de son utilité économique, fait partie d'un patrimoine matériel et immatériel d'une valeur inestimable. En attendant, rappelons que le Chef de l'Etat, et en plus de la stratégie nationale pour le développement de notre artisanat (2016), a pris d'importantes décisions en faveur de la chéchia ; notamment celles du 9 août 2007 à propos de la mise à niveau de la coopérative de foulage à El Batan puis celles du 17 mars 2008 concernant la décision finale de ladite mise à niveau. Décisions qui ne manqueront pas de porter leurs fruits. Ainsi, quand un Tunisien se promènera dorénavant à l'étranger coiffé de sa chéchia, l'événement deviendra si fréquent qu'il ne suscitera plus aucun étonnement de notre part.

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