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Urgent : un pont humanitaire aérien vers le Bangladesh !
Reportage — Aéroport de Djerba-Zarzis
Publié dans La Presse de Tunisie le 09 - 03 - 2011

Dimanche après-midi. Les douaniers, qui accueillent les voyageurs arrivant de Tozeur le temps d'une escale à Djerba en attendant de repartir à Tunis, portent tous des masques pharmaceutiques. Ceux-là que les Tunisiens s'arrachaient en ce même moment de l'année passée, lorsque la crise de la grippe aviaire a éclaté sous nos cieux. Ici, la crise a plutôt pris un aspect humanitaire : jeudi dernier, les flux de réfugiés provenant de Libye ont atteint le pic de 40.000 personnes. Le petit aéroport de Djerba-Zarzis, aussi international soit-il, habitué à recevoir des touristes lambda, en tenues estivales hyper-décontractées, n'est pas outillé pour faire face à ce déferlement d'étrangers, parlant des langues jamais entendues dans ce lieu, épuisés, miséreux, en état de post-traumatisme après avoir réussi à rejoindre les terres tunisiennes.
Les files d'attente des Egyptiens, des hommes en majorité, le plus gros des lots des réfugiés, sont longues, mais disciplinées. Bien ordonnées. Les logisticiens de la Croix-Rouge internationale, en collaboration avec les volontaires tunisiens du Croissant-Rouge local, ont reconfiguré les espaces intérieurs de l'aéroport en improvisant des carrés d'attente formés par des cordons enroulés autour des colonnes. Malgré le grand rassemblement de rapatriés de Libye, l'aéroport ne montre aucun aspect de chaos ni de panique.
"Comment vous témoigner notre reconnaissance ?"
Alaâ est conscient d'avoir de la veine : il fait partie de ceux qui seront rapatriés dans quelques heures vers Le Caire. Le corps couvert du drapeau tunisien, il attend patiemment d'accéder au hall de départ.
Le sourire aux lèvres, le jeune homme cache son émotion : "Jamais nous n'aurions cru les Tunisiens capables d'un tel élan de solidarité. En Libye, nous vivions en autarcie. Nous ne nous mêlions pas beaucoup aux autres nationalités. Comment vous témoigner notre reconnaissance‑? Comment vous remercier sinon en vous invitant chez nous ?".
Au même instant où un des volontaires du Croissant-Rouge arrive chargé d'une fournée de petits pains au chocolat, offerts aux voyageurs par un notable djerbien, Youssef, un autre jeune ouvrier décrit "l'enfer libyen" : "Nous avons été battus là-bas, aux alentours de l'aéroport de Tripoli, par les soldats et les membres des lijan chaâbiya (comités populaires fidèles au colonel Gueddafi). Ils nous ont humiliés, volés, dépouillés de tout ce que nous possédions, y compris de nos téléphones portables".
Des odeurs nauséabondes montent d'une aire carrée tapissée de couvertures. C'est ici que vivent depuis plusieurs jours des Ghanéens, des Soudanais, des Maliens, des Vietnamiens et des Bangladais. Certains, déchaussés, les valises à côté, sont recroquevillés sur eux-mêmes‑: ils dorment à même le sol, protégés du froid uniquement par ces draps aux couleurs chamarrées. Triste spectacle.
Des signes apparents de déprime
Dr Sofiène Kallel, médecin du Croissant-Rouge tunisien, organisation qui gère et dispatche toutes les opérations humanitaires, tient bureau à l'aéroport depuis plusieurs jours. Il explique : "L'odeur‑? Ce n'est rien comparé avec le matin où s'approcher un peu de cet espace vous donne la nausée…L'aéroport n'est pas ventilé. Devant les flux incessants des réfugiés, nous n'arrivons pas à nettoyer les lieux avec la vitesse requise. Heureusement, et à part quelques cas sporadiques de conjonctivite ou de maladies dermatologiques, nous n'avons pas enregistré de situation épidémiologique préoccupante. Nous avons essayé d'améliorer les conditions d'hygiène en multipliant le dispositif des latrines et en installant des douches à l'extérieur. L'infirmerie a également été convertie en dispensaire ; elle est dirigée par 13 médecins volontaires".
Dans l'attente d'un vol improbable, beaucoup d'hommes de ce groupe d'Africains et de Bangladais donnent des signes apparents de déprime. Quand retourneront-ils chez eux ? Séjourner dans ce no man's land se transformerait-il en une sorte de provisoire qui dure ?
"Nous sommes en train de négocier avec des pays européens pour trouver une solution à ce problème. Si l'Egypte se trouve dans un périmètre de vol de trois heures, atteindre le Bangladesh à partir d'ici dépasse les vingt heures…", souligne Dr Kallel. Ce médecin volontaire, qui a délaissé son cabinet à Tunis pour mettre la main à la pâte de cet élan de solidarité tunisien avec les peuples en détresse, ne cache pas ses appréhensions : "Aujourd'hui nous maîtrisons la situation. Gueddafi a fermé les frontières il y a deux jours. Plusieurs milliers de personnes sont actuellement attroupées sur des fronts, aux abords de la Tunisie. Le jour où les frontières rouvriront, nous connaîtrons probablement une débâcle".
Un diplomate en détresse
L'air épuisé, Rode Kruis a très peu dormi la veille. Arrivé samedi à Djerba, il fait partie de la Croix-Rouge belge. Sa mission ? Prêter main-forte aux logisticiens de l'aéroport. Rode attend l'Airbus A 330 envoyé par la Belgique pour ramener en Tunisie 100 tonnes de matériel humanitaire, essentiellement des matelas, des tentes et des couvertures, qui seront acheminées vers Ras Jédir. Il effectuera par la suite plusieurs ponts aériens entre l'île tunisienne et la capitale égyptienne.
Vendredi dernier, des appareils affrétés par la France à la compagnie privée égypto-saoudienne Nessma avaient effectué trois rotations entre l'île tunisienne et la capitale égyptienne. Venu pour vérifier le bon déroulement de l'opération, l'ambassadeur de France à Tunis Boris Boillon ne s'attendait nullement à ce que l'aéroport, en un éclair sur la clameur des "dégage", se transforme en grande plateforme de manifestation. L'incident qui l'a opposé pendant sa conférence de presse aux médias tunisiens il y a près de trois semaines ne semble pas avoir été oublié. "Un pont humanitaire" vers Tunis a dû vite être improvisé pour évacuer le diplomate en détresse…
355 vols pour plusieurs destinations
Lundi 7 mars, il n'y a plus d'Egyptiens dans le Sud tunisien, parmi ceux qui ont fui la Libye. De 20 vols programmés à destination du Caire et Alexandrie, 4 avions seulement ont pu décoller de Djerba avec des passagers, ce même jour.
Mais d'une façon générale, l'aéroport international Djerba-Zarzis a connu un trafic intense depuis l'insurrection du peuple libyen contre son régime, quand les flux migratoires ont commencé à franchir le poste frontalier de Ras Jedir.
67.000 ressortissants, au total, ont été rapatriés par voie aérienne, jusqu'à hier, mardi 8 mars. Ils sont répartis ainsi : 50.000 Egyptiens, 10.000 Chinois, 2.000 Vietnamiens, 2.000 Nemphis, 1.500 Bangladais, 1.100 Turcs, 1.000 Soudanais. Ces départs ont été assurés par 355 vols dans de bonnes conditions.
D'autre part, de nombreuses personnalités diplomatiques se sont rendues à la frontière tuniso-libyenne, à l'instar des ambassadeurs de l'Angleterre, de France, des Emirats Arabes Unis, et plusieurs vice-consuls ont visité, à l'occasion, Djerba pour superviser le rapatriement de nombreux ressortissants vers leurs pays d'origine.
Et, sous la pression, les organisations mondiales humanitaires telles que l'ONU, l'Unicef, l'OMS, le PAM, l'OMI, le Croissant-Rouge…se sont aussi dépêchées sur les lieux.
800 tonnes de produits de tous genres ont été débarquées à Djerba, en provenance d'Amérique, de France, d'Espagne, d'Italie, des Emirats Arabes Unis, d'Egypte, du Maroc, de Turquie, du Qatar…
D.M.


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