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Suivez la filière
Reportage: Trafic des barques de pêche à des fins d'immigration clandestine
Publié dans La Presse de Tunisie le 20 - 04 - 2011

• Plus de 400 barques de pêche tunisiennes abandonnées à Lampedusa. Une vraie fortune oubliée des autorités et des armateurs tunisiens. Que se passe-t-il ?
Attachés le long d'un promontoire du port de pêche de Lampedusa en Italie, des chalutiers et des barques de pêche aux couleurs criardes et dont les matricules ont été soigneusement brouillés par une peinture de couleur foncée, attirent l'attention des badauds.
Il s'agit des barques saisies par les autorités maritimes italiennes pour avoir été, non seulement croisés dans les eaux territoriales italiennes, mais aussi pour avoir été utilisés au transport de clandestins. Rien qu'en deux mois, plus de 400 barques tunisiennes ont connu le même sort. Selon les experts des chantiers navals tunisiens, c'est une vraie fortune qui gît dans les ports italiens.
Pourtant, personne ne bronche pour essayer de rapatrier cette flottille de pêche tunisienne. En effet, cette question ne semble guère inquiéter les armateurs, les pêcheurs et encore moins les autorités.
La semaine dernière, les Lampedusins sont montés au créneau et ont voulu mettre le feu à ces embarcations tunisiennes en signe de protestation contre l'immigration clandestine. Le port en cale sèche s'est transformé en un vrai cimetière marin où tout y évoque le souvenir des naufrages, des morts et frappe l'esprit des vivants. Entre vie et mort, des centaines de barques de pêche tunisiennes délaissées se prélassent tranquillement sous un soleil de plomb qui darde ses rayons. Engluées dans la vase, elles sont inabordables, pourtant certaines d'entre elles brillent encore de mille feux. «Karim I», «Karim II», «Bassam», «Mortadha», «Salah», «Fatma», leurs noms trahissent leur pays d'origine. D'autres, fières d'êtres laides et de l'afficher, appartiennent aujourd'hui au monde fantasque et de l'imaginaire, de la légende. Elles font l'objet provisoirement d'une garde militaire, ayant constaté le pillage de leurs instruments de navigation par des pêcheurs italiens.
Mais comment se fait-il que notre flotte nationale se voit réduire ses unités sans que personne ne crie au loup ? Quand on sait qu'un bateau produit annuellement une moyenne de 250 tonnes et fait vivre au moins 15 familles, on peut imaginer facilement l'ampleur des dommages causés à l'économie nationale du fait de ce phénomène des barques qui mettent les voiles dehors sans retour.
En effet, notre flotte nationale, qui se compose de 440 chalutiers, 450 de pêche pélagique et de thon (dont 50 thoniers) et de près de 10.000 barques de pêche côtière, est déjà loin des objectifs quantitatifs nécessaires au développement de ce secteur.
C'est pourquoi l'on siffle des bouts des lèvres que ces barques ont été vendues aux passeurs à des prix d'or. Certes, quelques barques ont été volées et font l'objet de plaintes, il n'empêche que le nombre de requêtes à cet effet est insignifiant par rapport au nombre total de barques «disparues».
Il s'agirait d'une filière bien organisée qui met à la disposition des «harragas» des barques de pêche. Les grands armateurs assurent, quant à eux, la protection de leurs embarcations jour et nuit. Ce sont à l'évidence de petits armateurs et des pêcheurs englués dans les dettes qui préféreraient céder leurs barques aux passeurs.
Pourquoi ? C'est à l'évidence l'absence de rentabilité du secteur qui les accule à accepter ce genre de «deal» illégal. En effet, pour appréhender les causes qui poussent les marins à prendre un tel risque, il suffit de faire l'état des lieux de l'activité de pêche en Tunisie.
Pour souligner l'importance du secteur en Tunisie, il suffit de savoir que la pêche participe à la production nationale agricole de l'ordre de 7% et à la hauteur de 18% des exportations des produits agroalimentaires. En 2010, le secteur de la pêche a rapporté à l'économie nationale au niveau des exportations plus de 300 millions de dinars.
En effet, la production nationale est autour de 120.000 tonnes et le secteur emploie 45.000 permanents et 15.000 occasionnels et assure des revenus indirects à plus de 40.000 personnes (dans les usines de transformation et autres). En tout, ce sont près de 100.000 personnes qui vivent de la mer dans notre pays. Certes, c'est peu pour un pays qui dispose de plus de 1.300 km de côtes et dont l'infrastructure compte 41 ports de pêche, dont 10 sont hauturiers, 22 côtiers et 9 de simples digues-abri. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle des efforts ont été déployés en vue d'une exploitation optimale de nos ressources et de l'amélioration, par le biais de la formation, du taux d'employabilité dans ce secteur.
Autant d'indicateurs qui soulignent le caractère stratégique du secteur, et pour la sécurité alimentaire du pays et pour l'export et les bienfaits des recettes en devises sur l'économie nationale. Ce qui explique d'ailleurs la volonté des pouvoirs publics de transformer la pêche qui est encore largement artisanale en une pêche industrielle.
D'abord, le problème numéro un demeure la météo qui réduit de plus en plus le nombre de jours de pêche par an. En somme, sur fond de raréfaction de ressources halieutiques, de mauvais temps et d'augmentation du prix du gasoil, la course aux poissons tourne selon les pêcheurs à une vraie guerre pour la survie. Ainsi gros armateurs ou petits côtiers crient au secours. Au large des côtes tunisiennes, c'est le prix du fuel qui envenime la querelle, ancestrale, entre «petits» et «gros». Pour économiser le carburant, les bateaux, qui habituellement partaient au large, restent dans la bande côtière, qui fait vivre la pêche de proximité. Au grand dam de ceux-ci, les gardes-côtes sont aux aguets de ces chalutiers qui viennent ratisser les fonds à une profondeur illégale.
Pour ce genre d'infraction, l'armateur sera privé de la subvention sur le prix du gasoil comme premier avertissement. S'il récidive, à la troisième infraction, il sera sanctionné par le retrait provisoire de son permis de pêche.
La pêche benthique, qui est très pratiquée en Tunisie, souffre pour sa part d'une surexploitation des ressources et plus particulièrement des ressources situées dans les profondeurs auxquelles correspondent les poissons nobles : loups, daurades, rougets, pageots, etc. Des mesures ont été prises en vue d'alléger la pression excessive sur cette catégorie de pêche, en l'occurrence l'interdiction du recours aux techniques néfastes comme le chalutage en faible profondeur qui réduit considérablement les conditions de reproduction du poisson.
De plus, la pose massive de récifs artificiels (plus de 2.000), que les chalutiers auront intérêt à éviter pour garder les filets intacts, ne fait qu'aggraver la donne sur le plan de la rentabilité du secteur et encourage les armateurs à se détourner d'une activité à haut risque et non juteuse.
Il n'empêche, il est évident qu'il faut remonter la filière pour endiguer cette hémorragie qui affecte un secteur aussi stratégique que celui de la pêche. Il s'agit en premier lieu de dresser la liste des armateurs qui ont déclaré le vol de leurs embarcations. Ensuite, il faudra demander aux autorités italiennes l'inventaire des barques saisies en Italie. Les propriétaires de barques qui n'ont jamais signalé de vol, alors que leurs barques se trouvent en Italie, devraient s'expliquer.
Cependant, l'urgence serait aussi d'accélérer le programme de contrôle des bateaux de pêche par satellite (équipement des bateaux par des balises qui permettent de repérer les bateaux mais également d'offrir un moyen d'intervention rapide en cas de détresse), afin de pouvoir intervenir rapidement dès qu'un bateau est signalé «volé». En attendant, une mission des services concernés, pour recenser le nombre de bateaux en Italie et en évaluer l'impact économique, est plus qu'urgent. A bon entendeur, salut !


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