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La vérité, toute la vérité et rien que la vérité
Taoufik Bouderbala persiste et signe:
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 04 - 2011

•Oui, l'ancien président avait ordonné de bombarder la Cité Ezzouhour à Kasserine
•Près de deux tiers des dossiers sont déjà traités.
•683 rapports médicaux transmis à la commission par le ministère de la Santé.
•Remise du rapport final en janvier 2012
«L'ancien Chef de l'Etat avait ordonné de bombarder la Cité Ezzouhour de la ville de Kasserine», cette accusation grave lancée par M.Taoufik Bouderbala, président de la Commission nationale d'investigation sur les dépassements et les violations (Cidv), au cours de sa dernière conférence de presse avait choqué tous les Tunisiens, prouvant le peu de cas dont se faisait le Président déchu des vies humaines. D'où la commission tenait-elle cette information? «D'un haut responsable», répond M. Bouderbala. Qui est-il ?«Je ne peux pas révéler son nom, mais il est encore en poste» avant d'ajouter: «Il l'a affirmé devant trois membres de la commission exactement en ces termes : “S'ils ne se tassent pas, bombardez-les“», avait martelé le président déchu. Ce haut responsable sera probablement cité comme témoin à charge dans cette affaire», a encore prédit M. Bouderbala
Mais, au fait, comment procède la commission et quels sont ses outils de travail? Tant il est vrai que depuis sa création, elle a suscité beaucoup de réactions et que sa légitimité même a été remise en cause et chaque information distillée provoque une levée de boucliers. Au niveau des magistrats et des avocats d'abord qui voient dans les attributions et le travail de ladite commission une forme d'usurpation de la mission de la justice à qui seule devrait revenir le traitement de ce genre de dossier. «Au contraire, précise M.Taoufik Bouderbala, la commission tire sa raison d'être du décret loi qui a bien défini ses missions et nous n'avons pas envie de nous attarder là dessus. De même qu'elle n'a jamais prétendu se substituer à la justice. Elle réalise plutôt un travail préliminaire puisqu'elle transmet directement les dossiers instruits avec toutes les conclusions au parquet qui décide de la suite qui leur sera donnée. Toutefois, et comme c'est le cas de la Commission nationale d'établissement des faits sur les affaires de malversations et de corruption présidée par M.Abdelfettah Amor, notre mission consiste à établir la vérité sur ce qui s'est passé au cours des journées ayant précédé la révolution et même après. Ce travail de sape auquel on n'est pas habitué ne pourrait pas se faire sans troubler la conscience de certaines gens ni déranger certaines parties». Utilisant les mêmes procédures que celles de la police judiciaire et du juge d'instruction, mais sans la possibilité de lancer des mandats d'amener ou d'émettre de mandats de dépôt, «la commission, qui ne se contente pas de recevoir les victimes ou leurs familles, se déplace à l'intérieur du pays, comme ce fut le cas à Sidi Bouzid, Thala et Monastir, pour écouter les doléances, rassembler les documents, enregistrer les entretiens, prendre des photos si nécessaire, écouter des témoins et tout archiver, mais aussi présenter les condoléances aux familles et soulager leur peine. Nous étions les seuls à l'avoir fait», note M.Bouderbala. Justement comment la commission se procure-t-elle les documents? «De chez les familles des martyrs qui les ont récupérés dans certains postes de police, documents comportant les noms et les coordonnées de tous les responsables et agents qui étaient en faction ou en service durant ces journées sanglantes», répond notre interlocuteur.«Mais également les documents qui nous ont été fournis par certains ministères en application de la note circulaire du Premier ministre, comme le ministère de la santé qui a transmis à la commission six cents quatre vingt trois (683) rapports médicaux sur des cas de décès avec autopsie ou de blessés à partir du 17 décembre 2010, ce qui a permis de traiter 1070 cas soit près des deux tiers des cas». La commission a-t-elle accédé aux écoutes téléphoniques et aux documents classés ultra confidentiels? «C'est une bonne idée. Nous allons nous y mettre après la mise en place de notre règlement intérieur tel que stipulé par le décret-loi portant création de la commission. Ce sera un moyen efficace et dissuasif».
Prouver les bavures, les abus et les dépassements n'est pas une sinécure, y arriver est plus compliqué encore. C'est pourquoi, la commission auditionne aussi les supposés responsables, et le président de la Cidv insiste sur le mot «supposés», car tant qu'ils n'ont pas été reconnus coupables, ils sont innocents. «Nous allons monter haut, très haut dans nos investigations. Nous savons comment les ordres sont transmis, de l'ancien président jusqu'au simple agent. C'est pourquoi, nous allons bientôt demander au ministre de l'Intérieur de nous permettre d'auditionner de hauts responsables de la sécurité pour en savoir davantage sur la manière dont les instructions avaient été données», explique M.Bouderbala.
Mais il n'y a pas uniquement que la justice qui s'est montrée critique à l'égard du travail de la commission, il y a aussi l'armée et la police qui sont montées au créneau pour dénoncer une campagne de dénigrement les visant suite aux déclarations de M.Bouderbala. Le ministère de la Défense s'est exprimé à travers un communiqué pour défendre l'honneur des forces armées «qui n'ont jamais ouvert le feu avant la date du 14 janvier 2011, soit durant le déclenchement de la révolution de la dignité et de la liberté», alors que le syndicat de la police reproche à la commission sa propension à incriminer ce corps décelant «les prémices d'une campagne ciblant les services de sécurité à travers la propagation d'informations dépourvues de toute crédibilité, avec des allusions accusatoires imputant les actes de violence, de meurtre, de terreur, de vol et de pillage aux forces de l'ordre». Ça commence à sentir le roussi d'autant plus qu'on reproche à la commission de verser un peu dans le sensationnel en parlant de «dizaines de crimes prémédités, de quelques bavures militaires et même d'agressions sexuelles sur des manifestants en détention…». Chose que le président de la commission balaie d'un revers de la main. «Je n'ai jamais cherché à m'en prendre à ces deux corps constitués aussi respectés l'un que l'autre, ni à les incriminer, moi qui sais pertinemment comment la police, surtout, a été instrumentalisée par l'ancien président. La commission ne pourra pas accomplir son travail dans la sérénité et la transparence sans le soutien de la police et de l'armée. Que ceux qui veulent mettre de l'huile sur le feu pour embraser la situation ne poussent pas leur indécence outre mesure et nous laissent travailler pour faire éclater toutes les vérités. Les rumeurs colportées çà et là pour entraver notre travail d'investigation ou pour nuire à la réputation de notre armée et de notre police sont de nature à ajouter à la confusion qui caractérise le paysage politico-médiatique», réplique-t-il avec beaucoup d'assurance mais aussi avec beaucoup de peine car se sentant ulcéré par ce genre d'accusation. « Je suis avocat et je ne me verrai jamais dans les habits du procureur ou de l'inquisiteur. Et sans chercher à polémiquer avec quelque partie que ce soit, j'accomplirai consciencieusement ma tâche sans concession ni complaisance, mais avec rigueur et détermination ».
Fier du travail qu'il est en train d'entreprendre avec ses collègues de la commission, M.Bouderbala affirme vouloir établir un rapport qui «jettera les bases d'une nouvelle histoire, celle d'une Tunisie libre et démocratique qui, un jour de janvier 2011, a réussi, grâce à sa jeunesse, à chasser un tyran, permettant au peuple de recouvrer une liberté dont il a longtemps été spolié.» La commission a besoin d'une année au moins pour achever son travail. Il faudrait donc attendre janvier 2012 pour voir la vérité éclater au grand jour. Et de citer des exemples de pays qui ont réussi grâce à ce genre de commissions à assurer une transition dans le calme, comme c'est le cas de l'Argentine, de l'Espagne, du Portugal, de l'Afrique du Sud et tout près de nous du Maroc de l'après-Hassan II. «Faire éclater la vérité d'abord, pour que cela ne se reproduise jamais. Et puis passer à l'étape de la réconciliation, tel est, me semble-t-il, le vœu le plus cher de tous les Tunisiens. C'est pourquoi, je vais continuer à faire mon travail loin de toute forme de pression si ce n'est la pression artérielle», conclut le président de la Cidv.


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