À partir du 2 avril : 15 000 $ de caution pour le visa américain pour les Tunisiens    Températures modérées aujourd'hui : jusqu'à 27 degrés dans plusieurs régions    Observation du croissant de l'Aïd en Tunisie ce soir : annonce officielle après le coucher du soleil    Préparez-vous : l'Arabie Saoudite annonce la date exacte de l'Aïd    Qatar annonce le premier jour de l'Aïd al-Fitr 1447 H    Beyrouth : un journaliste d'Al-Manar et son épouse tués dans une frappe    Ooredoo Tunisie célèbre l'Aïd avec une initiative spéciale dédiée aux enfants de l'association Kafel El Yatim    Tunisie – Grâce présidentielle : libération de 1473 détenus à l'occasion de Aid El Fitr et la fête de l'indépendance    Le taux d'activité féminin: Quel effet sur les régimes de retraite?    Météo en Tunisie : nuages passagers, pluies faibles attendues sur l'extrême Nord-Est    Seif Omrane chante 'Ce qui doit arriver arrivera' pour les Assurances BIAT    Crise de l'ATB : colère des clients et appel à l'intervention de la Banque centrale    La crise d'Ormuz et le retour du choc pétrolier : vers un nouvel ordre géoéconomique    CAN 2025 : Sénégal privé du titre, le Maroc champion    La salle de classe du futur combine innovation numérique et supports papier indispensables    TCL ne peut plus qualifier certains de ses téléviseurs de 'QLED' après une décision de justice face à Samsung    Saison Méditerranée 2026 : une place de choix à la Tunisie en France avec plusieurs programmes    Aïd al Fitr 2026 : 3 jours de congé pour les fonctionnaires en Tunisie    Le paradoxe de la « qualité » académique : standardiser l'enseignement supérieur, à quel prix ?    Météo en Tunisie : pluies denses sur plusieurs régions    Novatis : comment une agence web construit son propre écosystème technologique    Comprendre le Moyen-Orient, ce foyer de crises    La Tunisie à l'ONU : La montée de l'islamophobie est une menace croissante et directe à la paix et à la stabilité internationales    Marie Curie: Une figure scientifique emblématique et un modèle pour toutes les femmes    Décès du journaliste Jamal Rayyan, figure historique d'Al Jazeera Arabic    Hachemi Nouira: Un journaliste épris de libertés    Arbitrage tunisien : 16 arbitres sanctionnés par la Fédération    "Monsieur Day", In memoriam    Al Ahly – EST : Quand et comment regarder le match ?    Ramadan 2026 : les génériques des feuilletons tunisiens Hayat et Bab LeBnet signés Karim Thlibi séduisent les téléspectateurs    Abdelkader Mâalej: L'angliciste des services de l'information    Le poulpe: Un plat raffiné et une ressource sous pression    Iran: scénarios possibles et analyse stratégique    Abdelaziz Kacem, en préface du livre d'Omar S'habou: Gabriem ou la tentation de l'Absolu    Livre 'Si Le Kef m'était Conté' de Najet Ghariani : un livre de contes pour redécouvrir Le Kef et son imaginaire    Citoyens tunisiens aux Emirats : voici comment obtenir un visa de transit d'urgence    62 cellules terroristes démantelées et des milliers d'éléments arrêtés en 2025 !    Tahar Bekri: Liban ma rose noire    Kaïs Saïed sonne l'alarme: réformes structurelles imminentes pour les caisses sociales    Secousse tellurique en Tunisie, au gouvernorat de Gabès ressentie par les habitants    L'avocat Ahmed Souab libre, après plusieurs mois de détention provisoire    De Tunis aux plus hautes sphères : le parcours exceptionnel de Rachid Azizi dans son livre « Un sur un million »    Ahmed Jaouadi et Ahmed Hafnaoui brillent aux Championnats SEC : la natation tunisienne au sommet aux USA    Festival Gabès Cinéma : Afef Ben Mahmoud à la direction    La sélection tunisienne de judo senior remporte 11 médailles au tournoi international Tunis African Open    Le tennisman tunisien Moez Echargui se qualifie pour les quarts de finale du Challenger de Pau    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    Mondher Msakni: L'orfèvre    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Portrait d'un peptimiste (I)
Emile Habibi
Publié dans La Presse de Tunisie le 16 - 05 - 2011

Vendredi 3 mai 1996, à 15h00, au cimetière arabe à Haïfa, face à la mer, comme il l'a souhaité dans son testament, a été enterré l'éminent écrivain palestinien, Emile Habibi. A son enterrement avaient assisté, à côté de sa famille et de ses proches, des représentants des communautés, chrétienne, musulmane et juive, ainsi que des grandes personnalités politiques palestiniennes. Des milliers d'ouvriers et de paysans étaient là aussi.  Le grand poète palestinien Mahmoud Darwich, à qui les autorités israéliennes avaient accordé un visa d'entrée à son pays natal après 26 ans d'exil, avait fait ses adieux au prestigieux défunt en ces termes : «Combien tu as souffert pour écrire quand l'écriture était presque impossible. Mais quand tu l'as fait, tu as été toujours toi-même, et comme tu désires être. Tu étais solitaire dans la grande masse. Et tu étais la grande masse dans ta solitude. Malgré toutes les tragédies qui t'ont frappé et frappé ton peuple, tu es demeuré constamment lucide et clairvoyant, là sur cette terre vieille et petite où le dialogue se déroule entre le réel et l'irréel, entre le temporel et le spirituel, entre le relatif et l'absolu, entre l'éphémère et l'éternel, entre le vrai et le faux, entre la guerre et la paix. C'est là le commencement, et c'est là la fin !».
Traversant la deuxième moitié de ce siècle dans une des positions les plus inconfortables, à cheval entre deux mondes divisés par les guerres et les haines, à la fois écrivain palestinien et citoyen israélien, Emile Habibi avait inventé un mot qui s'appliquait merveilleusement à sa personnalité et à son destin : «Al-Moutachaël» (peptimiste), c'est-à-dire à la fois optimiste et pessimiste !
Précocité
Emile Habibi est né en 1922 à Haïfa dans une famille chrétienne protestante. Son père était instituteur. Enfant, il adorait les histoires, surtout celles de son oncle, médecin de campagne sillonnant la Palestine de long en large pour soigner les bédouins et les paysans.
C'était à l'école,que le jeune Emile avait montré ses talents précoces. Il impressionnait les instituteurs par son éloquence. Sa foi chrétienne ne l'avait pas empêché d'apprendre le Coran par cœur : «A l'école, nous étions divisés. Les musulmans ensemble et les chrétiens ensemble. Le maître de langue arabe m'a conseillé d'assister à ses séances réservées au Coran : “Tu ne connaîtras jamais les secrets de la langue arabe si tu n'apprends pas le Coran”, m'avait-il dit. J'ai suivi son conseil. Maintenant, je constate qu'il avait raison !»
Impressionné par un livre sur Tolstoï qu'il avait déniché dans une librairie à Haïfa, le jeune Emile, âgé alors de dix ans, avait entamé un journal intime : «Chaque jour j'écrivais mes impressions, décrivais les évènements qui se passaient à la maison, à l'école ou dans la ville. Un jour, l'un de mes frères avait lu en mon absence certains passages de mon journal où je décrivais un rêve érotique que j'ai eu. Le soir, il m'a fait allusion à cela devant mes parents et mes autres frères et sœurs. Le lendemain, j'ai déchiré mon cahier de journal».
En 1936, les étudiants palestiniens avaient décrété une longue grève qui avait duré toute une année pour protester contre la politique des autorités britanniques. Les manifestations étaient presque quotidiennes. Le jeune Emile y participait avec enthousiasme. Le soir, il se réfugiait dans sa chambre pour dévorer des livres qui lui seront d'un soutien considérable, une fois devenu écrivain : «J'avais un ami dont le père tenait une librairie très riche en ouvrages arabes et étrangers. Il a accepté de me prêter des livres qui ont meublé tout mon temps libre au cours de cette longue pause due à la grève. J'ai dévoré des œuvres de Victor Hugo, d'Anatole France, de Tolstoï, de Shakespeare et d'autres. Et puisque je ne faisais que cela, et jusqu'à une heure tardive, ma mère a cru que j'étais devenu fou. Quand elle m'a surpris un jour en train de jouer aux cartes, avec mes frères, elle s'exclama toute contente : «Oh! il paraît que mon très cher fils a retrouvé enfin sa raison!».
La guerre… la mort
En cette période de l'adolescence, Emile Habibi s'était passionné pour la politique. Trois ou quatre fois par semaine, son frère, qui travaillait dans une société pétrolière, organisait à la maison des réunions politiques secrètes réunissant des membres du parti communiste palestinien. Le jeune Emile aimait s'installer au seuil de la porte et, jusqu'à l'aube, il restait là à écouter les discussions. A l'âge de 18 ans, influencé par certains ouvrages marxistes, et cherchant à se débarrasser de l'idée de la mort qui le tourmentait, comme il le reconnaîtra plus tard, il devint membre du parti communiste palestinien.
Ses études secondaires achevées, Emile Habibi avait été admis dans la même société où travaillait son frère communiste. En même temps, il avait décidé de poursuivre ses études par correspondance dans une université de pétrochimie à Londres.
En 1941, alors que la Seconde Guerre ravageait le monde, la radio arabe de Jérusalem avait organisé un concours pour des speakers. Emile Habibi y était admis en tête de liste. Il avait énormément profité de son nouveau travail, surtout dans le domaine de la langue. Responsable des programmes culturels à la radio, il avait lié des relations avec les différents milieux littéraires et artistiques en Palestine et dans le monde arabe en général.
En 1943, à l'occasion du 25e anniversaire de «L'armée rouge» russe, le parti communiste palestinien avait organisé une grande manifestation au cours de laquelle Emile Habibi, déjà la stature bien imposante et une voix de ténor, avait prononcé un discours enflammé qui sera largement diffusé à Haïfa, ainsi que dans d'autres villes et villages : «C'était la première fois que je voyais un texte de moi publié. Il faut dire que cela m'a agréablement enchanté, même si cela n'était qu'un discours politique. Deux jours plus tard, le directeur britannique des publications m'a reçu dans son bureau pour m'informer que mon discours était contre la loi, donc interdit d'être distribué. Il ne m'a pas chassé de mon travail, mais les pressions qu'il avait exercées contre moi avaient rendu ma vie infernale. Alors j'ai préféré démissionner…».
A la fin de la guerre, Emile Habibi était devenu le rédacteur en chef du journal Al-Ittihad, qui ne tarda pas à devenir le meilleur journal palestinien, distribuant plus de 12.000 exemplaires par jour. Emile Habibi y avait publié ses premières nouvelles inspirées de son enfance et de la vie des gens de Haïfa, sa ville natale. De temps à autre, surtout quand les désaccords s'intensifiaient entre les membres du parti communiste palestinien, Emile Habibi partait à Damas ou à Beyrouth pour consulter les dirigeants communistes en Syrie et au Liban. Mais ses activités politiques ne l'ont pas empêché de consacrer un peu de temps à la littérature : «A Beyrouth, je rendais visite au grand critique libanais Maroun Abboub. De lui, j'ai appris l'art de l'humour. En sa compagnie, je passais de longues heures à rire. Il était modeste, simple et grand maître des subtilités de la langue arabe. C'était lui, ainsi que Jahiz et les écrivains de la satire qui m'ont le plus influencé quand j'ai écrit «le peptimiste» et mes autres œuvres romanesques».
(Demain, la deuxième partie)


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.