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Grandeur d'un combat, richesse d'un legs
10ème anniversaire du décès du Leader Habib Bourguiba
Publié dans La Presse de Tunisie le 06 - 04 - 2010

Par Foued Allani Impossible, sinon très difficile de résumer en quelques lignes la vie et l'œuvre d'un homme dont le destin a été intimement lié à celui de son pays, le nôtre, pendant un peu plus d'un demi-siècle. Très difficile aussi de juger cette œuvre où s'entremêlent succès et échecs et où l'éphémère et le durable s'enchevêtrent. C'est que Bourguiba, leader charismatique du Mouvement national (1934-1956) et premier Président de la République Tunisienne (25 juillet 1957 - 6 novembre 1987) et dont nous commémorons aujourd'hui le dixième anniversaire de son décès, était un homme exceptionnel à tout point de vue. Les Tunisiens lui resteront reconnaissants pour avoir conduit le pays à la liberté et pour avoir planté les jalons d'une société et d'un Etat modernes qui ne cessent de susciter l'admiration de tous. Les jalons d'une société équilibrée et en bonne santé, au centre de laquelle évolue une femme émancipée et où tous ont accès à l'enseignement gratuit dans le cadre d'un régime républicain pacifiste, basé sur les institutions et la loi, et ce, conformément aux vœux et aux idéaux de plusieurs générations de militants et de réformistes ayant conféré ses grands choix civilisationnels au pays. Bourguiba, dernier fils d'une honorable mais modeste famille de Monastir, a su, grâce à la force de son caractère, des études sérieuses entreprises en Tunisie (Sadiki, Carnot) puis en France (La Sorbonne) et son engagement pour la cause de son pays, s'imposer petit à petit comme la clé du processus ayant abouti en 1956 à l'indépendance de la Tunisie après 75 ans d'occupation française. Soit un peu plus de vingt ans à la tête du Mouvement national marqués par des sacrifices de tous genres et soutenus par une foi inébranlable en sa bonne étoile. Cela lui a permis d'acquérir une légitimité populaire et historique rarement atteinte par un leader. Face à la puissance coloniale, ses sacrifices (prisons, bagnes, exils…) et sa tactique se sont avérés payants, car il a su profiter de certaines conjonctures favorables et éviter au peuple les bains de sang inutiles. En raison de sa sénilité et de son incapacité avérée, et dûment constatée, à gouverner, il sera invité la veille du 7 novembre 1987 d'une manière civilisée et selon les dispositions de la Constitution à se reposer. A partir de ce jour-là et jusqu'à sa mort le 6 avril 2000, il sera entouré de toute la sollicitude due à son rang et à son œuvre. Inhumé le 8 avril, il a eu donc encore une fois rendez-vous avec l'Histoire. C'est, en effet, le 8 avril 1938, que le peuple tunisien est pour la première fois sorti en masse pour manifester contre l'occupant et réclamer l'instauration d'un Parlement élu. Depuis quelques jours, les dirigeants du Mouvement national se faisaient arrêter et le lendemain des dizaines de Tunisiens tomberont sous les balles de l'occupant. La mobilisation déclenchée par Bourguiba a porté ses fruits. Le peuple a comme acquis son indépendance psychologique. Bourguiba sera, lui aussi, arrêté et incarcéré. En sauvant la Tunisie grâce au Changement du 7 novembre 1987, tous ont émis ce commentaire (Tunisiens et étrangers) : «Ben Ali a sauvé Bourguiba». Les images diffusées le 2 avril 1989 montrant le vieux leader voter, dans sa ville natale, pour «son fils» Ben Ali pour la Présidence de la République sont aussi émouvantes que chargées de sens. Un détail ne laisse personne indifférent : Bourguiba était coiffé d'un fez (tarbouche ottoman), couvre-chef qu'il portait tout au long de la lutte nationale et pendant les quelques mois ayant suivi l'Indépendance. Le voilà succomber à une nostalgie toute romantique et le statut dépourvu de toute aura protocolaire de leader qui puise son existence dans la seule légitimité historique qu'il remet d'ailleurs à son successeur. Quelles pensées auraient alors pu traverser l'esprit fatigué et surchargé de souvenirs du leader, lui qui n'avait jamais voté auparavant que pour lui-même? Bourguiba se serait sans doute dit qu'en choisissant Ben Ali au poste de Premier ministre, donc à l'époque de dauphin constitutionnel, il a participé quelque part au Changement et donc à la renaissance de la Tunisie après les longues années de vaches maigres. Bourguiba ne gouverne plus donc, à partir de cette date historique, mais son héritage éclairé est sauvegardé. Forçant l'admiration de tous, son successeur ne fait rien qui puisse ressembler à une «débourguibisation». Tous les lieux portant son nom (avenues, institutions, ville et villages) le resteront, la monnaie… Une première dans le monde arabe. Ben Ali a donné l'exemple et a invité tous les Tunisiens à se remettre au travail en poursuivant l'œuvre du leader et en l'innovant largement. Et c'est ainsi que l'œuvre en question a pu être sauvegardée et embellie. «L'esprit de combat loyal et dévoué» Homme exceptionnel dont la vie s'est étendue sur tout un siècle, le XXe (1903-2000), Habib Bourguiba, avocat, journaliste, leader, président dela première Assemblée nationale constituante (8 avril 1956), chef du premier gouvernement de l'Indépendance (14 avril 1956), puis premier Président de la République Tunisienne (25 juillet 1957), avait eu tous ces honneurs à la fois, ainsi que toutes les charges qui leur incombent. Son poids était tel qu'il avait pu imposer aux Tunisiens certains choix à l'époque, très difficiles à accepter de prime abord. Son plus grand mérite, à lui tout seul, serait sans doute d'avoir pu fonder l'unité nationale et la République. Il a donc poussé à l'abolition de la monarchie en se basant sur la légitimité populaire dont jouissait la Constituante élue le 25 mars 1956 au suffrage universel, mais aussi et surtout grâce à sa stature. Elle seule pouvait convaincre les représentants du peuple de sauter le pas sans déstabiliser le jeune Etat indépendant. «Je suis un Jugurtha qui a réussi», aimait-il à répéter en se référant au combat malheureux du Roi numide pour libérer son royaume (qui comprenait une grande partie de l'actuelle Tunisie) du joug de l'Empire romain. Référence non totalement innocente, car Bourguiba se considérait comme le premier gouvernant autochtone de notre pays depuis des millénaires, mais avait plus de pouvoirs que n'importe quel monarque de l'époque. Oui, Bourguiba avait un rapport quasi charnel avec le pouvoir. Et malgré sa taille assez modeste, il savait acquérir une haute stature au yeux de ses vis-à-vis. Son regard «magnétique» et ses gestes remplis d'énergie lui ont servi d'armes redoutables dans son combat pour s'imposer d'abord face à ses compagnons de lutte, puis face à la France. Mais aussi en présence des grands de ce monde, tels De Gaulle, Chou En Laï… Orateur infatigable, aux discours imagés et chargés d'émotion, il a su mobiliser les masses populaires à la recherche de repères solides. Il provoquera un tournant décisif dans les méthodes de la lutte nationale en participant activement à la création, le 2 mars 1934 à Ksar Helal, du Néo-Destour grâce à un congrès extraordinaire de sécession avec le Parti du Destour. Bourguiba sera alors chargé du Secrétariat général, secondant ainsi le Dr Mahmoud Matri élu président. Il assurera la présidence du parti après quelques années et, sans discontinuité, jusqu'au 6 novembre 1987 soit plus de 50 ans. Il sera fier plus tard d'avoir «inventé» la méthode du «contact direct» et de «la politique des étapes»: accepter aujourd'hui le peu que l'on vous concède pour pouvoir revendiquer encore plus le lendemain. Il sera fier aussi de son flair politique, celui qui lui a permis de choisir son camp et de forcer certaines situations en profitant de conjonctures favorables. C'est ainsi par exemple qu'il avait soutenu les Alliés contre l'Axe au cours de la Seconde Guerre mondiale, et ce, malgré l'appel des sirènes des nazis et des fascistes et l'espoir de recouvrer l'indépendance suite à l'occupation de la France par l'Allemagne. Son flair le guidera à l'occasion des multiples bras de fer avec les autorités coloniales. En ouvrant plusieurs fronts à la fois (mobilisation de l'opinion internationale, lutte armée, grèves générales…) surtout à partir de 1952, il parvient à pousser le gouvernement français à accorder l'autonomie interne à la Tunisie (31 juillet 1954). Une étape importante vers l'indépendance. Celle-ci sera proclamée le 20 mars 1956. Contre les excès, cultivant les contrastes Toujours contre les excès, Bourguiba était bel et bien l'homme des contrastes. Doté d'une volonté de fer, il avait pourtant les larmes faciles et malgré son engagement pour le modernisme, il succombait à l'autocratie. Se disant rationaliste, il a été souvent pragmatique et parfois même romantique et rêveur. Fin stratège, il était aussi souvent capable de coups de tête ou de revirements à 180°. A la santé fragile, sujet à plusieurs attaques, il a pourtant pu vivre longuement. Cela ne l'a pas empêché de préparer très tôt les procédures de ses futures obsèques afin qu'elles puissent être dignes d'un grand homme. Succès… hésitations Si Bourguiba a pu mener à bien sa politique sociale, grâce notamment à l'éducation moderne pour tous, la santé préventive, la planification des naissances, l'émancipation de la femme (Code du statut personnel du 13 août 1956), les droits des travailleurs (Code du travail, 1966), et a entrepris la modernisation de l'Etat tout en prônant un pacifisme réel (plus de fonds pour le développement que pour l'armement), il a par contre opéré des choix économiques qui ont parfois abouti à des résultats mitigés pour ne pas dire infructueux. C'est ainsi que la Tunisie a vécu plusieurs crises telles que le mécontentement des populations vis-à-vis de la collectivisation, en 1969, les émeutes de janvier 1978, la révolte du pain en janvier 1984… Certains autres choix politiques ayant conduit à l'immobilisme, aux intrigues de palais et à l'effritement de la souveraineté de l'Etat ont fait suite, de leur côté, à de graves incidents. Tels que les attentats terroristes perpétrés par des intégristes islamistes contre des unités
hôtelières dans les régions de Sousse et de Monastir en août 1987. Cela sans oublier l'échec des élections législatives pluralistes de 1981, premières du genre après le repli du régime sur soi à partir de 1963 et l'instauration du parti unique. Mais sur le plan international, ses positions étaient en majorité infaillibles. Non alignement, certes, mais aussi relations fructueuses avec les deux blocs. Soutien indéfectible aux causes justes des peuples (palestinien, érythréen, sud-africain…), mission de maintien de la paix, engagement pour la construction du Maghreb. Bref, une volonté ferme de préserver la souveraineté du pays tout en favorisant son ouverture. Le geste noble Au soir de son long règne, la Tunisie était au bord de la faillite sociale, économique et politique et ses acquis menacés par la montée de l'intégrisme islamiste. Rien n'était plus stable à l'époque, et Bourguiba ne possédait plus aucune lucidité pour contrôler le cours des événements. Devant cette débâcle, il fit appel, le 1er octobre 1987, à l'un de ses hommes les plus loyaux envers la République et ses valeurs. Un homme resté en dehors des magouilles, connu pour son intégrité, son sens aigu du devoir et de la responsabilité : Zine El Abidine Ben Ali. Celui-ci sera donc le sauveur du pays et de Bourguiba lui-même. «Nous avons entrepris le Changement du 7 novembre 1987 en puisant dans ce qu'il y a de meilleur dans le legs que nous a laissé le leader Habib Bourguiba, tout en l'enrichissant et en le fructifiant», avait déclaré le Président Ben Ali en prononçant l'oraison funèbre aux obsèques du leader le 8 avril 2000 au mausolée de la famille Bourguiba à Monastir. Puis, en s'adressant au défunt : «Tout en vous faisant nos adieux dans un profond recueillement, nous saluons en vous l'esprit de combat loyal et dévoué ainsi que l'amour infini que vous portiez à notre chère Tunisie». Oui, Bourguiba a eu droit, tant vivant que baigné par la Miséricorde divine, à tous les égards. En visitant l'imposant monument qui renferme aussi bien sa dépouille que le musée de ses affaires personnelles, on ne peut que saluer cet esprit magnanime, civilisé et imprégné de fidélité qui a fait que Bourguiba garde sa place d'honneur dans le panthéon des grands hommes auxquels la patrie restera éternellement reconnaissante.

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