Gafsa : Aucune route bitumée depuis 2017, l'argent ira ailleurs…    UBCI : Le Produit Net Bancaire en hausse de 9%    CAN 2022 : Match à suivre ce soir, Nigéria – Tunisie, sur chaînes TV et en Live streaming    EN : trois renforts prennent la direction de Garoua    Syrie : 4e jour de combat entre Daech et les Kurdes, plus de 120 morts    Entretien téléphonique Saïed-Macron: « Les réformes aspirent à préserver la liberté et à établir la justice »    Justice transitionnelle — Abdallah Kallel et d'anciens cadres sécuritaires interdits de voyage: La lenteur de la justice bafoue les droits des victimes et ceux des accusés    CAN 2021 — Huitièmes de finale — Tunisie-Nigeria (Ce soir à 20h00) : Sauver la face    CAN 2021 : L'historique des matches en CAN opposant les Aigles aux Super Eagles    Foot-Europe: le programme du jour    Coronavirus : 10 décès de plus et 10031 contaminations en 24h    Tunisie-coronavirus : Plus de 14 mille vaccinés en 24H    Mes odyssées en Méditerranée | Michel Giliberti: «Tunisie. L'inhérence d'une errance»    On a vu pour vous : « Are you Lonesome Tonight ? », de Shipei Wen : Thriller chinois    Récupération politique    Express    Médecins, dentistes et pharmaciens de la santé publique en grève, le 25 janvier    CAN 2021 — Huitièmes de finale — Tunisie-Nigeria (Ce soir à 20h00): Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir !    Tunisie: Ali Abdi testé positif au Covid19    Ali Graja, ancien attaquant international du CSS: «Dans la vie, il n' y a pas que l'argent ! »    Des astuces pour protéger les plantes du froid    Les perroquets    Migraine : la covid-19, un facteur déclencheur    Urbanisme et planification urbaine    La Presse Magazine du Dimanche 23 janvier 2022 consultable sur notre site    Loi de finances : Bouden corrige le tir avec la Conect après l'avoir zappée    Rapport – BCT : Les risques des crédits de l'Office des céréales pèsent lourdement sur le secteur bancaire    Etude – Le changement climatique diminuera la production céréalière de 30 à 50% par an    Saïed a parlé à Macron, a donné des gages mais droit dans ses bottes    Steg : plusieurs quartiers à Sousse, Monastir et Sfax sans électricité dimanche    STEG : Des coupures à Sousse, Monastir et Sfax ce dimanche    Assassinat de Faouzi Houimli : l'auteur condamné à mort avec une peine de sûreté de 36 ans    Semaine boursière : Le Tunindex en mauvaise posture    Les membres du CSM pleurent-ils pour leurs privilèges ou pour l'atteinte au pouvoir judiciaire ?    Mouhiba Chaker, romancière : «Ecrire en français n'est pas pour moi un choix réfléchi !»    Industrie : Les obstacles n'ont pas freiné le développement du secteur aéronautique en Tunisie    Evènement "Les Nuits de la lecture" en ligne: 6ème édition sous le thème de l'AMOUR    11 Tunisiens meurent noyés dans le naufrage de leur embarcation    Le chanteur hip-hop Balti et Elyanna réunis dans une chanson tuniso-palestinienne (vidéo)    Syrie: Daech attaque une grande prison et libère plusieurs terroristes    Sculpture sur un minéral ancestral, le lapis specularis    Gabès Cinéma Fen 2022: les inscriptions pour les films sont ouvertes    Tunisie-La Marsa : Kobbet Lahoua classé monument historique national    Les crises en Tunisie se sont aggravées depuis que Saïd a limogé Mechichi, selon la Confédération Syndicale Internationale    Coronavirus :Fin des mesures sanitaires en Grande-Bretagne    L'histoire de détermination de la nouvelle conseillère de Kais Saied    Un astéroïde "potentiellement dangereux " passera prés de la terre mardi soir    Le combat d'un résistant septuagénaire palestinien écrasé par une voiture de police de l'occupant    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Je ne parle pas, je n'entends pas et je suis
Institut international de recherche en langues des signes de Tunis
Publié dans La Presse de Tunisie le 16 - 06 - 2012

Dans la salle des conférences de la Maison des fédérations sportives, des sourds posent leurs regards intenses sur une assistance, en majorité entendante. Leurs corps vibrent et leurs mains s'agitent, dessinant dans l'air des signes qui restent comme en suspens.
Ils se sont réunis, vendredi dernier, pour chanter à leur manière «la volonté de vivre» de Aboulkacem Chebbi. Ils traduisent ainsi des vers qu'ils n'ont jamais entendus et bougent sur le rythme des rimes qu'ils n'ont jamais connues. Pourtant, ils arrivent à communiquer une émotion. «La poésie m'a permis d'élargir mon lexique et le théâtre m'a donné la liberté de m'exprimer. Ici, j'apprends des mots étranges, comme “conscience” et j'essaye de comprendre leur sens en m'évadant dans mon imagination. Je crée ainsi de nouveaux signes», explique dans son langage, Fatma Kharrat, une artiste sourde et muette, qui fait partie de l'atelier de théâtre de l'Institut international de recherche en langues des signes de Tunis, baptisé «Ichara» (signe).
Par des paroles muettes et «théâtralisées», ces handicapés, qui ne le sont pas vraiment, ont eu plaisir à présenter, en premier, ce nouvel institut dont le théâtre est le pilier. Cet art a constitué, depuis des années, le pont de communication essentiel entre les membres fondateurs de «Ichara». «L'histoire remonte à 1998. Je suis allé, à l'époque, avec un groupe de sourds, voir la pièce muette de Mohamed Driss “Hadatha abou hourayra qal”. L'enthousiasme se dessinait sur les visages, d'habitude tristes et indifférents. Les yeux pétillaient de bonheur. J'étais profondément touché parce j'ai eu l'impression qu'ils étaient, pour la première fois, heureux de sortir en public», raconte Ali Lotfi Zekri, bio acousticien, actuellement secrétaire général de «Ichara». Ce spécialiste de surdité a été, à l'époque, membre de l'Association tunisienne d'aide aux sourds (Atas). Zekri est allé voir Mohamed Driss pour lui proposer d'adhérer à leur cause. «Les sourds que nous étions censés aider, ne savent ni lire ni écrire. Pourtant, enfants, ils ont fréquenté des écoles spécialisées. Toute communication fut vaine; c'était l'impasse», précise Zekri. L'homme du théâtre a répondu à l'appel. Depuis, Mohamed Driss soutient les sourds. Il a signé, quant il était à la tête du Théâtre national tunisien, une convention de coopération permanente avec l'association «La voix des sourds», lui assurant un cadre de création et une aide artistique.
L'aventure continue
Après la révolution, Mohamed Driss et Lotfi Zekri, ont été «dégagés» de leurs organismes respectifs. Ils n'ont pas, pour autant abandonné les sourds. «J'ai toujours milité pour une cause et je ne céderai jamais, malgré les injustices», insiste notre interlocuteur. Avec Mohamed Driss, comme président, «Ichara» a vu le jour, le 27 mars 2012. Son rôle est d'ordre académique et non social. L'Institut fait appel à toutes compétences scientifiques et artistiques pour entreprendre, organiser et promouvoir la recherche en langues des signes en Tunisie. Il milite pour l'acquisition du savoir et le développement de la communication pour les sourds. Un état des lieux est en train d'être recensé pour codifier et répertorier les langages des signes locaux. L'objectif final réside dans la création des supports pédagogiques adaptés aux sourds, afin de mettre en place une école pilote en langues des signes. La formation de formateurs spécialisés est aujourd'hui primordiale. «Je ne comprends toujours pas pourquoi le système «d'entendant» veut forcer les sourds à entendre et à adapter une logique qui n'est pas la leur. On a du mal à accepter ces êtres avec leur différence et de comprendre leur culture et leur langage», s'indigne encore Zekri. D'après ce dernier, on compte aujourd'hui plus de 60 structures spécialisées qui fonctionnent comme écoles de sourds, placées sous la tutelle du ministère des Affaires sociales et non du ministère de l'Education. Malgré un passage scolaire de 8 ans en moyenne, le taux de l'absence de maîtrise et de l'incompréhension de l'écriture et de la lecture est de plus de 95% chez le sourd citoyen dans notre pays. A ceci s'ajoute l'échec cuisant de l'intégration scolaire entamée en 2001. Une enseignante, Beya Daâdouche, en a fait le témoignage, en présentant l'expérience de l'école de Russie. Est-il possible d'émettre l'information à un être dépourvu du système auditif? Comment peut-on imposer à un sourd une pédagogie destinée à des élèves «entendants»? La question reste en suspens. D'après les membres de «Ichara», le sourd n'est pas été valorisé intellectuellement ni soutenu moralement, durant sa «traversée scolaire . Il est considéré comme déficient, diminué et inapte. Or, un enfant sourd n'a rien à envier à un enfant dit normal, sauf par sa conception et par sa perception des choses. «On est encore loin de pouvoir comprendre le mode de fonctionnement du monde sourd. Ce dernier est basé sur le raisonnement perceptible et visuel qui est différent de la conception et de l'articulation des entendants, basé sur le raisonnement symbolique et sonore. Son existence, ses perceptions, son raisonnement, sa logique, ses déductions s'articulent d'une manière différente des gens commun», explique encore Zekri.
La révolution des sourds
On a relvé aussi, dans cette rencontre, que même les sourds ne sont pas tous les mêmes. En effet, on différencie l'«atrach» (sourd) du «baccouch» (muet). Le premier parle, mais n'entend pas bien, ou presque, alors que le second est sourd, ne parle pas, mais communique avec ses mains. On distingue aussi ceux qui sont issus de parents muets et d'autres, de parents entendants. Ces derniers sont les plus nombreux (90%) et les plus touchés par l'incompréhension sociale. «On détecte la surdité à l'âge de six mois et on ne la prend officiellement en charge qu'à trois ans. Entre temps, l'enfant subit les frustrations des parents qui le considèrent, en général, comme «un monstre». L'enfant, ne pouvant pas comprendre les lèvres qui s'agitent et les expressions de visage, finit par accumuler les complexe et les colères», analyse le spécialiste. Arrivé à l'âge adulte, la charge explose.
Sur la scène, les acteurs excellent. L'atelier de théâtre, sous la direction de Mohamed Driss, pousse ces êtres à s'accepter et à développer leurs propres moyens de communication. Il cherche à leur procurer une harmonie avec eux-mêmes et à leur donner la possibilité de développer leur imaginaire. Ces sourds et ces muets se sont confiés avec beaucoup d'aisance et sans gêne. Ils ont raconté leur vie et leur « errance » sociale. «Personne ne faisait attention à moi. Je regardais les gens s'agiter, leurs yeux fixant la télé. Ils paraissaient choqués, perturbés....Et moi, je ne savais pas ce qui se passait. Enfin, mon père s'est tourné un jour vers moi et m'a dit que Ben Ali s'était enfui. C'est la révolution», raconte en langage des signes Jamila Belkhir...
Depuis 1970, l'inaccessibilité du sourd à la communication reste à ce jour très réelle. Les acquis cognitifs escomptés sont en deçà des attentes. «Il est temps, aujourd'hui, que les sourds fassent leur révolution», conclut Lotfi Zekri.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.