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La débâcle en chantant
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 30 - 07 - 2012


Par Mohedine BEJAOUI
Le pouvoir rend fou, dit-on ! Aussi, à son épreuve apparaissent les limites personnelles de ceux qui l'exercent sous les contingences de la conjoncture. Le subconscient se déchaîne, la parole trahit la pensée, lapsus, glissement de sens, résonnent ainsi dans l'espace dialectique les cris et vociférations de la raison du plus fort. Le constat reste certes aussi valide pour les vieilles démocraties, il est néanmoins d'autant plus cruel pour les plus jeunes qui se dessinent sous la foi hésitante des rédacteurs de la constitution. La Troïka subit la loi du genre; écartelée dans son attelage de fortune, ployant sous l'écrasante maladresse de son pôle nahdhaoui, la vue basse, elle ne semble pas savoir où aller. Nous non plus?
Nous avons bien entendu les supplications de ce gouvernement qui nous demandait patience, préconisant de ne juger que les faits. Résignés, nous avions attendu, le bilan est manifestement accablant.
Résoudre en quelques mois la paupérisation urbaine, le dénuement rural, le déséquilibre régional, le chômage des jeunes, n'est à la portée d'aucun gouvernement. Restent les actions de court terme que n'importe quelle autorité qui se respecte se doit d'assurer dès lors qu'il s'agit de gérer le quotidien, appelons cela s'occuper des affaires courantes. A l'épreuve de la mission des services publics, la Troïka trébuche au quotidien alors que la Tunisie dispose d'une des administrations les mieux organisées en Afrique, elle l'a prouvé pendant la transition «anté-troïkiste». Entre-temps, Ennahdha persiste à jouer au secouriste social, oubliant au passage que son parti est au pouvoir dont elle détient la part du lion. Pendant les 23 années de dictature, «les frères» colmataient tant bien que mal les brèches laissées par l'incurie d'un régime corrompu et irresponsable, ils accumulaient par des actions de bienfaisance un capital sympathie qui s'est avéré rentable lors des dernières élections. Aujourd'hui, l'organisation de mariages, de circoncisions collectifs, de soutien scolaire, de visites médicales à titre gracieux est à la fois un aveu d'échec gouvernemental et une réédition des pratiques clientélistes de l'ex-RCD. Cache-misère qui faisait naguère illusion, aujourd'hui il est débordé par des montagnes d'ordures. Ennahdha voudrait apparaître au four et au moulin!
Constat d'échec pour Ennahdha qui détient les ministères régaliens les plus importants, la générosité des frères aux commandes de l'Etat confine à la pratique populiste, népotique qui rappelle les enveloppes distribuées sous la djellaba par l'ex-RCD la veille de Ramadan ou à la rentrée scolaire. De mémoire de Tunisien, même aux heures sombres de la dictature, jamais la Tunisie n'a eu autant soif, ni plongé corps et âme dans le noir, inhalant les relents nauséabonds des ordures. Eau potable, électricité, hygiène urbaine et sécurité — normal sous la dictature — étaient malgré tout plus au moins assurés par l'ex-régime. Nous assistons médusés à une dégradation rapide des conditions d'existence dans des proportions que l'on observe plus que dans certains pays africains, comme si le pouvoir a disparu; pour citer notre Premier ministre qui s'interrogeait «où est passé le gouvernement? » qu'il dirige, à ma connaissance( !). C'est à se demander s'il sait qu'il est le chef de ce gouvernement virtuel, dans «une dictature naissante», ajouta-t-il dans un lapsus révélateur du fiasco de la transition versant dans le pathétique. Florilège des dernières décisions : le limogeage du gouverneur de la Banque centrale par le président de la République sans concertation avec le Premier ministre, vulgairement annoncée sur Facebook, puis la désignation de Chedly Ayari le 11 juillet par décision du Président alors que l'ex-gouverneur était encore en place, que l'ANC ne s'était pas prononcée, ne relèvent pas seulement de l'erreur de procédure de pure forme, cela donne la preuve sur le fond que l'incompétence se le dispute au réflexe autoritariste bien ancré dans les gènes de notre histoire politique. M. Ayari, « RCDiste » notoire, qui déclara sa flamme au dictateur en fuite fut donc considéré plus soluble dans le « troikisme-nahdhaouisme » que M. Nabli jugé « Marzouki-incompatible » !
La « livraison » de l'ex-Premier ministre libyen par le Premier ministre tunisien ( !) à l'insu du président de la République, ne trahit pas seulement les valeurs démocratiques qui fondent la révolution dans une transaction honteuse, elle illustre des dérives institutionnelles faisant peu de cas de l'opinion publique. Les pratiques d'amateurs au sein d'une Troïka tirant à hue et dia, les bricolages qui donnent un spectacle navrant de la transition démocratique alimentent le désenchantement.
Quant au sémillant ministre des Affaires étrangères, brillant géographe à chacune de ses sorties, il réduisit les côtes tunisiennes à 400 km, décida d'autorité qu'Istanbul était la capitale de la Turquie. Cet autre conseiller du Président affirma sans ambages que des centaines de milliers de Tunisiens sont assimilables à des proxénètes et péripatéticiennes puisqu'ils exercent dans le tourisme, une activité jugée comme de la prostitution clandestine. Fermons les hôtels et demandons son absolution !
Ces péripéties drolatiques demeurent des épiphénomènes, des propos sommes toutes moins graves que les dysfonctionnements récurrents des services publics dans un pays qui a malgré tout appris à répondre a minima aux besoins élémentaires.
Aux insuffisances de gestion domestique s'ajoutent des errements diplomatiques qui ont isolé la Tunisie sur la scène internationale après avoir capté toutes les lumières pendant la révolution, l'éloignant de ses partenaires traditionnels. Rappelons que nos échanges commerciaux sont organisés à 80% avec l'Europe, que notre voisinage algérien est stratégique pour notre sécurité extérieure et intérieure; opter pour raffermir les liens avec l'Ethiopie ou la Mauritanie, faire des courbettes aux Qataris et aux Saoudiens qui n'ont qu'une seule envie que phagocyter la révolution tunisienne, est du moins dangereux sinon suicidaire.
Le peuple pourrait-il se contenter d'une promesse hypothétique d'aller au paradis pour récompenser sa souffrance dans son enfer quotidien ? Il a déjà donné en la matière, la piété réelle ou présumée de ses gouvernants n'est pas une garantie de réaliser ce qu'il a clairement exprimé ici-bas: « Travail, Liberté et Dignité». Les promesses n'engagent que ceux qui y croient.
Aujourd'hui, ce peuple n'a plus rien à boire ni à manger — surtout à boire! — plongé dans le noir, il a du mal à scruter l'horizon obstrué par des fatwas proférées par d'obscurs «télé-prédicateurs » excisologues, mammographes et autres charlatans à 2.000 dollars le prêche télévisé. La Tunisie, qui a enfanté des érudits de la Zitouna et Ibn Khaldoun, se voit jetée dans les bras d'une gérontocratie d'ulémas à la petite semaine, nourris des pétrodollars qataris qui concèdent des dizaines de millions d'euros pour les footeux de Manchester City et du Paris Saint-Germain alors que des musulmans meurent de faim et de soif en Somalie, à Djibouti, au Mali et en terre d'Islam qu'ils ne cessent de glorifier.
L'original est plus crédible que la pâle copie la mieux réussie par un dictateur corrompu qui s'afficha avec son habit blanc à la Omra. L'originel « salafiste » est plus parlant lorsqu'il évoque l'identité arabo-musulmane «El Hawiya», lorsqu'il insiste sur les sources taries «El Manabee», les fondements, proclamés à cor et à cri avec beaucoup de mauvaise foi, de raccourcis historiques que la large fraction non instruite gobe, ne suspectant pas le poison qu'elle est en train d'ingurgiter, potion aigre-douce qui finira par l'anesthésier avant de l'asservir. L'histoire de la Tunisie n'a pas commencé au VIIe siècle avec l'avènement de l'islam, notre pays est trois fois millénaire. Devrions-nous faire table rase des deux tiers de notre passé ? Brûler les vestiges de Carthage, de Dougga de Bulla Reggia, proclamer Kairouan capitale de Tounistan!
Une boutade ? Non. Les salafistes illuminés d'Egypte et de Râ, galvanisés par l'élection d'un proche à la présidence de «Oummou Eddounia», projettent extasiés de dynamiter les pyramides. Les fous furieux d'Afghanistan ont bien pulvérisé les statues monumentales de Bamiyan datant du Ve siècle, les mêmes sont en train de détruire aujourd'hui les mausolées et brûler les manuscrits à Tombouctou fleuron de l'Islam des érudits d'Afrique noire. J'ai peur pour le musée du Bardo, pour les mosaïques puniques, ces gens-là ne plaisantent pas. Le mois de Ramadan arriva avec des injonctions de fermer cafés et restaurants en pleine saison touristique. A quand les rafles dans les domiciles pour débusquer les non-jeûneurs qu'il faudra lapider sur la place publique?
Le présent confisqué, l'avenir compromis, reste le passé qui n'échappera pas à une entreprise de spoliation, parce que l'histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Ennahdha comme ses deux alliés de circonstance oublient qu'une victoire à la Pyrrhus recèle un arrière-goût d'une chronique de débâcle annoncée qui emportera ceux qui se sont soumis comme ceux qui ont eu le triomphe arrogant !
Sinon, à part ça ? « Tout va bien madame la Marquise ! »


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