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Lectures et musique
Vendanges
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 10 - 2012


Par Hamma HANACHI
Le musée de l'Innocence (Gallimard, 672 pages pour 83 chapitres) de Orhan Pamuk, délicieux gros volume, à l'image de ses anciens livres, qui se croque à pleines dents, est de ces romans à la digestion facile. Pamuk n'est pas un inconnu dans la famille littéraire, deux romans l'ont installé dans la cour des grands écrivains, Neige et Mon nom est Rouge, lui valurent le Prix Nobel de littérature en 2006.
L'histoire concerne tous les amoureux du monde, qu'ils viennent de Turquie comme Pamuk ou d'autres parties du monde, sans montrer du doigt, l'auteur nous fait sentir que l'amour est probablement le seul lien solide qui relie l'humanité.
Il s'appelle Kemal, jeune homme de bonne extraction, promis à Sibel, une fille de son rang. Le destin et les préparatifs du mariage le guident vers une boutique de mode pour l'achat d'un sac, le hasard le met en relation avec la vendeuse, elle s'appelle Füsun, bavardages, conversation, ils découvrent qu'ils sont cousins éloignés, discussions, regards complices, rencontres, sympathie, ils deviennent amants. Fatalement.
Kemal ne renonce pas à son mariage, les fiançailles avec Sibel sont consommées, il est satisfait de sa vie à double tiroir, mais un grand coup le surprend, de ceux dont on ne se relève pas, irrémédiable : Füsun disparaît sans laisser d'adresse. Commencent les interrogations, le remords qui se transforme en chagrin, celui-ci en mélancolie. La descente aux enfers, ou le retour vers le passé. Nostalgie ? Blessures impérissables, Kemal, l'inconsolé, recoud ses cicatrices, il glane tout ce qu'il trouve comme objets appartenant à son aimée perdue, il les engrange. Son musée de la passion s'enrichit d'une mèche de cheveux, de mégots de cigarettes, d'un tube de rouge à lèvres, de toutes traces laissées par Füsun, grosses empreintes, détails et demi-détails qui font perdurer son bonheur. Fétichisme ? Kemal assume sans se soucier, il s'enferme dans son musée d'objets, laissant la place aux réflexions, aux digressions. Orhan Pamuk s'adonne à un exercice de mémoire hallucinant. Recherche d'un être perdu et d'un temps qui sommeille encore dans le corps et l'esprit. Le sujet est clairement proustien, Istanbul est à Pamuk ce que Paris est à l'auteur de la Recherche. On sent dans chaque page que la ville turque a nourri son imagination et forgé son roman, comme dans ses romans antérieurs, elle fait corps avec lui tout comme Lisbonne avec Fernando Pessoa, Prague avec Kafka ou New York avec Woody Allen (cinéma). Nous cherchons encore l'auteur qui incarnerait Tunis...
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Moment savoureux de télé : La Grande Librairie (Jeudi sur France 5) a réuni 3 écrivains actuels majeurs, un plateau de choix, Patrick Modiano pour L'herbe des nuits (éd. Gallimard), Jean Echenoz pour 14 (éd. de Minuit) et Pascal Quignard pour Les Désarçonnés (éd. Grasset). Trois auteurs, tous lauréats de grands Prix dont le Goncourt, ils sont connus pour être attentifs à la mélodie de la phrase. Plus qu'un spectacle, c'est un moment de gourmandise, de curiosité, de plaisir qui nous est servi. A la louche.
Les bégaiements répétés de Modiano, ses retours sur le passé, ses arrêts subits, ses départs timides, son incontournable «c'est difficile à expliquer», ses yeux qui brillent sous les lunettes en disent davantage que sa langue. En apparence, il souffre mais sa mémoire ne le lâche pas, il a tout gardé, les dizaines de noms des rues de Paris, lieu de tous ses romans, les numéros des maisons, les quartiers de son enfance, les boutiques disparues, les noms de personnages. C'est aussi simple que la musique de ses phrases. Jean Echenoz, qui, bizarrement, dès la seconde question, commence à balbutier, à bégayer, par mimétisme ou par contagion, il cherche ses mots pour décrire les 5 hommes jetés dans la Guerre de 14, on l'a connu plus disert. Une question pointue lui tombe sur la tête «Quand sentez-vous qu'une phrase est juste ?», Echenoz a bonne mémoire, il pouvait sortir quelques définitions péremptoires, ou simplement jolies, emprunter à Flaubert ou à son ami Pierre Michon. Il hésite, refuse la sempiternelle métaphore de la musique, il se reprend: «Disons que ce sera idéalement la coïncidence d'un rythme, d'une mélodie et d'un suspens qui s'accordent, qui me conviennent et qui font avancer le récit, qui alimentent son moteur». La réponse emprunte ses mots à la musique. Rayon rythme et mélodie, Pascal Quignard en connaît une tranche, violoniste et violoncelliste et fils d'une longue lignée d'organistes.
Les Désarçonnés, nous apprend-il, est une réflexion sur la chute de cheval, on en tombe, les uns se relèvent, d'autres pas, il est question de dépression et de servitude volontaire. Des passages sur la solitude et la meute, des considérations sur des auteurs cavaliers ou piétons. Une phrase revient dans la bouche de Quignard le sentiment océanique.
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Musique aussi pour échapper, un temps, au spleen national. Hier, mercredi, fin de la 19e session de l'Octobre musical de Carthage. Moments de grâce, soirées exaltantes, de grands crus au menu : des concertistes hors pair, de grosses pointures à l'œuvre, des virtuoses de renommée internationale. Pas étonnant que les amateurs, les passionnés fidèles de la manifestation en parlent avec des formules capiteuses et une émotion rare.


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