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Renaîtra-t-il de ses cendres?
Enquête : L'Orchestre de l'Ertt
Publié dans La Presse de Tunisie le 31 - 10 - 2012

Vieux de 55 ans d'existence, l'Orchestre de la Radio et Télévision tunisienne a accusé une torpeur profonde le long des sept dernières années. En reprenant les choses en main, Béchir Selmi, son grand violoniste soliste, entend lui donner de nouvelles couleurs. Soit. Mais comment en est-on arrivé jusque-là ?
Il faudra fatalement se résigner à l'idée qu'au fond, et partout dans le monde arabe, l'Egypte en tête, c'est toute une époque, particulièrement riche en production de haute facture et de grands noms, qui est révolue, cédant la scène artistique à une troisième génération très portée sur la musique légère et le rythme frénétique, soit une industrie de consommables sans lendemain et que les annales ne gagneraient rien à conserver. A partir des années 1980, un nouveau monde, qui bout à 100°C et roule à 200 kilomètres à l'heure, a privilégié, dans presque tous les domaines, la formule du fast-food, du commercial sans futur. C'est à peu près au milieu des années 1970 que le panthéon des Eternels avait déjà fermé une fois pour toutes ses portes.
Une production foisonnante
L'Orchestre de la Radio (et, plus tard, de la Télévision) tunisienne est créé en 1957 avec, pour noyau dur, Hassen Gharbi au qanûn, Ahmed Kalaï au luth, Mohamed Ellejmi au naï, Sadok Koumenji à la percussion, Hamadi Ounis à la contrebasse, Nacer Zghonda au violon (le dernier grand soliste de la première génération). D'autres arriveront petit à petit : Kaddour Srarfi, Abderrazah Sabbegh, Brahim Mennaï, Abdelmajid Harakati, Abdelhamid Sassi, Taïeb El Hadhri (accordéon)... Et au fil des mois, l'Orchestre va aligner une bonne vingtaine d'instrumentistes auxquels s'adjoindront, pour les besoins de la chorale, ceux-là mêmes qui deviendront les grandes vedettes de la chanson tunisienne : Mohamed Sassi, Chedli Anouar, Ezzedine Ydir, Mohamed Ferchichi, Naâma, la grande Oulaya, Mustapha Charfi, Youssef Témimi, puis, quelques années plus tard, Safoua et Kacem Kéfi, venus de Sfax s'établir à Tunis, Choubeïla Rached...
S'organisait dans le même temps la Direction des variétés et des dramatiques, avec, évidemment, deux chefs de service, celui des Variétés (musique) n'étant pas forcément confondu avec le chef d'orchestre. Mais chose à laquelle on ne s'attendait pas à l'époque, c'est que ces musiciens de première heure étaient des fous de musique. Des fous ! Alors que la tâche dévolue essentiellement à l'Orchestre était de reprendre vite, sous peine d'éparpillement, le très vaste registre du malouf tunisien (le corps de la Rachidia, qui enregistrait dans les studios de la Radio, n'était autre, à quelques musiciens près, que l'orchestre même de la Radio), ces pionniers étaient arrivés avec une fougue, une énergie et un élan, tels que la plupart d'entre eux s'étaient révélés de grands compositeurs assez prolixes. On raconte qu'un Chedli Anouar, par exemple, se sentait très mal dans sa peau s'il ne composait, par mois, au moins deux chansons. Ses ‘‘protégés'' étaient un homme et une femme : Youssef Témimi et «Essayda» (Madame) Naâma. Deux écoles à eux seuls. Mais plusieurs écoles allaient se déclarer au public, les plus illustres étant Ali Riahi, Oulaya, Ahmed Hamza, Mohamed Jamoussi (oui, il enregistrait à Tunis), Hédi Jouini, Soulef, Zouhaïra Salem, Mohamed Ahmed... On peut s'étonner d'apprendre qu'un Ahmed Hamza avait laissé un répertoire de près de 700 chansons. Eh bien, si : ils ont tous laissé des répertoires ne tombant point sous la barre des 400 chansons chacun. C'est dire la dynamique, la vitalité et l'abondance de la production. C'était tant et si fort que la création d'un deuxième orchestre était rendue indispensable. Déjà vers 1965, la Radio tunisienne disposait de deux orchestres, dits le premier et le second, sans que ce dernier manquât d'importance par rapport à l'»aîné». D'ailleurs, c'est ce deuxième orchestre, sous la direction du regretté Belgacem Ammar, qui avait enregistré le plus clair du malouf tunisien, alors qu'au premier revenaient les grands galas, les grandes variétés, radiophoniques, télévisées ou en public. On ne peut oublier, dans la foulée, le très grand Ridha Kalaï dont les galas en public étaient très attendus.
Au nombre donc de 46 musiciens et 22 choristes, les deux orchestres avaient tout le temps du travail et bien des partitions sur les pupitres en instance d'être concrétisées puis enregistrées. C'est un autre esprit qui régnait à l'époque : à la soif de rivaliser de compositions et de nouvelles chansons, s'ajoutait la conscience d'appartenir tout de même à ... l'Orchestre de l'Ertt! Ce n'était pas rien, c'était la Référence. Une petite blague, mais authentique. Lors des fêtes de mariages, quand arrivait tel chanteur, telle chanteuse, il (elle) exigeait d'être annoncé (e) au micro avec la mention : « Et maintenant, la grande vedette de la Radio et Télévision tunisienne ... ... !! ». Les vedettes de la chanson tunisienne étaient disputées entre bonheur et fierté d'appartenir aux prestigieux orchestres du premier et unique média audiovisuel de l'époque. Oui, bien sûr, le Dr Salah El Mehdi, déjà au début des années 1960, avait exhorté à la création de troupes de musique un peu partout à travers la République. Chaque gouvernorat, sinon ville, disposait bel et bien de son propre orchestre régional. Mais la référence, toujours et pour longtemps, était l'Orchestre de l'Ertt.
Le début de la fin
Il ne serait pas raisonnable de parler d'« échec », de « déclin » ou de « fin » sans situer les choses dans leur contexte. Il y a fort à parier que le déclin de la musique arabe a commencé il y a déjà fort longtemps et précisément en... Egypte. Non pas à cause de la mort des monstres sacrés du Nil, mais de leur vivant même. Il y avait eu des signes avant-coureurs qu'on n'avait pas saisis au vol. Comment comprendre qu'un Abdelhalim Hafedh, après ces incroyables « Fi youm, fi chah'r, fi sana », « Habibati man takoun », « A yadhonnou » et tant d'autres chefs-d'œuvre, pût ‘‘dégringoler'' jusqu'à une « Doqqou Echemêsi » et autres légèretés ? Mais c'était déjà une porte entrebâillée sur le poids coq. La beauté de la musique avait obnubilé plus d'un, et personne n'avait pressenti la fin, à plus ou moins longue échéance, du «poids lourd» de la musique arabe. Autre exemple : la décennie 1990 était marquée en Egypte par ce jeune mais si brillant Charnoubi. Sa « Bit wanness byk » avait redonné un second succès à la regrettée Warda. Oui,...sauf que cette chanson, magnifique du reste, ne pèse pas lourd en face de « Fi youm ou lyla ».
A Tunis, et à mesure que les uns disparaissaient (Jammoussi, Riahi, Oulaya...) et que les autres se retiraient de la scène (Naâma, Soulef, Mohamed Ahmed...), une autre génération, dès le début des années 1980, a pris la relève : Adnène Chaouachi, Lotfi Bouchnaq, Soufia Sadok, Saber Rebaï, Amina Fakhet, Slah Mosbeh ... Tant mieux si d'aucuns pensent que c'est une génération qui fait honneur au pays ; dommage si d'autres pensent le contraire. Mais une chose est sûre : les poids lourds ont quitté la scène et n'ont pu être remplacés. Souvenez-vous : les effets Ahmed Adawya, Regheb Alama et autres Melhem Baraket — bien que ce dernier soit un cas à part — ont chamboulé, non : tué !, la chanson tunisienne. Et c'est cette même génération des années 1980 qui avait ‘‘collaboré'' au massacre de la musique typiquement tunisienne en ne chantant (presque exclusivement), dans les fêtes privées, que les répertoires des Egyptiens et des Libanais, souvent de troisième catégorie. Sans parler des animateurs de la radio et de la télévision tunisiennes qui ont versé dans ce sens, noyant leurs auditeurs dans des flots de chansons orientales, élevant des voix quelconques et des productions médiocres au rang de stars et chefs- d'œuvre.
Or, il y a un autre facteur très important qui a été déterminant dans le ‘‘silence'' de l'Orchestre de l'Ertt. Le marché de la musique (production, répétitions et surtout enregistrement) a cessé, depuis environ le milieu des années 1980, d'être le monopole de l'Orchestre de l'Ertt. Le centre d'enregistrement s'est déplacé ailleurs. L'arrivée de quelques studios d'enregistrement privés a changé beaucoup de choses, dont, pour l'essentiel, la limitation de la production au sein de la Radio. Durant plusieurs années, l'Orchestre de l'Ertt n'a dû sa ‘‘survie'' qu'aux talent et professionnalisme indubitables de ses musiciens, restés incontournables malgré tout.
Silence, on fait la sieste !
Plusieurs chefs de service se sont relayés à la tête de la section de la musique. En léger désordre, on va citer : Hassen Gharbi, Belgacem Ammar, Ahmed Kalaï, Hamadi Ben Othmane, Mohamed Garfi, Mohamed Ellejmi, Abdelhamid Ben Elgia. Celui-ci, durant plusieurs années, essaie de tenir les rênes tant bien que mal. Mais déjà en 2004, son état de santé s'étant détérioré à vue d'œil, il a perdu la maîtrise de la situation, et la section, son dynamisme. A la mort de Ben Elgia, en 2006, le vide s'installe. Durant un peu plus de deux ans, pour des raisons restées mystérieuses, pas un seul chef de service n'a été nommé à la tête de la section. Arrive en 2009 Samir Agrebi. Mais il quitte au bout d'un an et quelques mois. Lui succède Abdelhakim Belgaïed pour seulement...trois mois. Revient Samir Agrebi, juste pour un court passage. Puis, c'est le silence. Le 4e étage de la Radio est désespérément muet. Les musiciens y montent sans trop savoir quoi faire. La révolution aidant, c'est le flottement total. Et l'inertie.
Le haut-le-cœur de Béchir Selmi
Recruté en 1974 à l'âge de 19 ans, Béchir Selmi ne mettra pas longtemps à émerger du lot à la faveur d'un doigté et d'un don exceptionnels pour le violon. Tant et si bien qu'il sera désigné chef d'Orchestre de l'Ertt en 1993. Mais avant, il a longuement été imprégné de l'ambiance de la vieille école, l'école du travail au quotidien, du sérieux, de l'émulation et du rendement intensif.
Voyant, en 2007, donc juste une année après la disparition du maestro Ben Elgia, les choses s'acheminer tout droit vers la paralysie totale, Béchir Selmi décide de se débarrasser de sa responsabilité de chef d'orchestre pour redevenir un musicien comme ses collègues, ni plus ni moins. Mais quand même, trop c'est trop. La sieste traîne en longueur au point de devenir insupportable. Au mois de décembre 2011, après mûre réflexion, il réalise que sa présence au sein de l'Orchestre ne rime plus à rien. Il demande officiellement de partir à la retraite anticipée, soit une démission maquillée, mais assez justifiée à ses yeux. Alors que l'administration de la Radio lui prépare sa retraite, un haut responsable, fraîchement nommé, entend avoir une discussion avec le maestro avant de signer la décision accordant la retraite anticipée. Béchir explique qu'il n'a guère de sa vie été préparé à un tel assoupissement, devenu à la longue morbide. Alors, M. Habib Belaïd tend la perche du rachat : confier le service musique à cet enfant de la Radio pour qui rester à la maison serait moins pénible que se tourner les pouces au 4e étage. Marché conclu : Béchir accepte. C'est lui le nouveau chef qui préside à la destinée de l'Orchestre de l'Ertt.
Donner une identité aux ondes de Tunisie
Mais pour faire quoi au juste ?... D'abord, Béchir est confronté à une première grande échéance, la clôture, à partir du studio 8 et en direct, de la clôture du Festival de l'ASBU, en juin 2012, sur le thème de la Jeunesse. Une deuxième échéance est prévue le 27 décembre prochain, probablement à partir du Théâtre municipal : clôture du Festival des Radios et Télévisions arabes. Béchir avance une idée : en finir avec la méthode classique qui consistait à faire défiler les vedettes l'une après l'autre avec une présentatrice arrivant puis disparaissant de la scène, et faire en sorte que ce soit un vrai spectacle, avec un narrateur sur scène, voire un scénario bien ficelé et quelques comédiens, en vue de bien marquer le passage d'un pays à l'autre par vedettes interposées. Il paraît qu'une grande surprise attend le public tunisien.
En dehors des galas et des variétés, Béchir Selmi semble s'être fait une fixation sur les indicatifs (ou génériques, si on préfère) de l'ensemble des émissions de la Radio, y compris celui des infos. A son avis, pas un seul indicatif n'est tunisien, ce ne sont que des extraits de musiques étrangères qui ne disent en rien, pour l'auditeur, si on est à Tunis, à Berlin ou à Madrid. Par conséquent, il s'est déjà attelé à la tâche de révolutionner tous les ‘‘habillages'' des émissions de la Radio nationale comme celles de Radio culturelle, le nouveau look musical devant être composé sur des modes tunisiens.
Mais c'est déjà ça d'acquis : l'Orchestre de l'Ertt s'est réveillé sur un nouveau jour. Que sa journée soit bonne ou mauvaise, cela ne dépend plus que de lui et de ses compagnons.


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