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«Je ne suis ni Che Guevara ni Zarkaoui, j'ai juste Ennahdha dans mon ADN»
Portrait - Mootez Akacha, président du Comité de Bab Souika
Publié dans La Presse de Tunisie le 04 - 11 - 2012

En cinq heures d'entretien, Mootez Akacha, président du Comité de Bab Souika, nous livre, par décharges, la pratique du bon usage de la révolution dans la théorie du parti régnant... Fragments d'un discours abyssal.
Mardi 23 octobre. La place du Bardo grouille des banderoles des comités de protection de la révolution. Ils viennent tous du Grand-Tunis. Il y a la Ligue nationale, il y a le comité de Bab Souika, de la cité Ettadhamen et quelques autres. Mais, depuis les régions, personne n'a fait le grand voyage de Tunis. Mootez Akacha, organisateur, n'a pas du tout l'air déçu. Il est de la fête depuis hier. «Une nuit blanche sous la pluie pour fêter la légitimité !».
Des airs et un physique de pacha, le président du Comité de Bab Souika est un homme exalté. 41 ans, cadre bancaire en disponibilité, diplôme à l'appui, trois enfants et «encore marié», café culturel au Club Tahar-Haddad, cours de théâtre, cours de cinéma... «Je me sens plus un homme de culture, un artiste qu'un banquier, c'est pour cela que j'ai quitté...». De quelle rente vit-il ?
Mootez ne répond pas. C'est lui qui mène la conversation, puis le monologue. Il remonte à son enfance, à Bab Souika, Rhibet Sidi Jebali, rue des Qaâdine... «Une fratrie de sept, une famille de militants. Le 26 janvier 78, je criais « libérez Ben Jannet ! Le 3 janvier 84, j'avais 13 ans et j'ai mis le feu à un frigo... Je suis de tous les mouvements populaires. Tout jeune, ma mère m'encourageait à sortir dans la rue. Elle c'est Ittijah Islami qu'elle a toujours été».
Le clin d'œil à Ennahdha le ramène à Bab Souika, par une bribe d'histoire : «Bab Souika, une société dans la société ; c'est là que Abdelaziz Thaâlbi a revendiqué le combat armé. Les enfants de Bab Souika, sont des beldis qui allient bien la conscience politique au sens religieux, au sens artistique... Mais Bourguiba nous a trahis, il a étouffé notre être révolutionnaire et militant. Il va falloir ressusciter les sciences de la vie et de la théologie dont Bourguiba nous a privé...».
Mootez donne des coup de poing sur la table du café et martèle : «Non, je ne pardonne pas à Bourguiba, comme je ne pardonne pas à Hitler... Ils ont travaillé à dévaster l'humanité, à tuer le sens de la révolution».
A nouveau, il allie les mêmes mots : «Sens politique» «conscience religieuse», un verset à l'appui. Là Mootez se souvient qu'il a aussi un diplôme en sciences théologiques, un autre en art dramatique et à présent des cours de cinéma.
«Je faisais partie de la jeunesse scolaire au moment de l'assassinat d'Abou Jihad. Et puis il y a eu le cri «Lycée technique, bombe atomique. En 90, j'écrivais, Zine jallad (bourreau), prends ton armée à Baghdad...».
A nouveau, Mootez martèle : «Non, je ne peux pas aimer Bourguiba... Sabat Edhlem est à un pas de chez moi... Au lendemain de l'indépendance, il a occupé les quartiers. On ne laissera plus faire ça. Il nous a privé d'un modèle, Bourguiba !»
Le rêve de Mootez c'était, dit-il, de voir un jour la gauche réunie. «Le 18 octobre s'ouvrait la brèche...» Le temps d'une respiration et déjà un saut dans le temps : «Le 17 décembre 2010, un tsunami. A Bab Souika, on était un groupe d'amis ; des médecins, des blogueurs. On faisait la prière dans la même mosquée, avec le salafiste, le prêcheur, le rcdiste, le flic, l'informateur... Une sorte de télépathie nous a unis. Un même rêve de liberté. Soudain un mot d'ordre a fusé: transformer le travail de la mosquée en travail révolutionnaire !».
Tout est dit. L'étincelle a pris. Mootez oublie Bouazizi et parle de Helmi, l'ami martyr, de Mohamed Hanchi : «Toute notre rage de vaincre était là !»
«Le matin du 14 janvier, rien d'extraordinaire ne s'est jamais passé. Après le discours de la veille, tout le monde est descendu dans l'avenue boire son café... Comme d'habitude... En même temps que son histoire personnelle», Mootez réécrit l'histoire du pays.
«La nuit, nous nous déployons. Il fallait protéger le pays, quartier par quartier et faire la guerre au crime de l'oubli. Dire non au mariage entre les vrais militants et les anciens du rcd. Après Kasbah 1, nous avons créé une sorte de mouvement de coordination entre les 14 portes de la médina... Et c'est à partir de là que nous avons réfléchi à créer les comités de protection de la révolution et en élargir le cordon jusqu'à la ceinture de Tunis...».
L'expression «rage de vaincre», Mootez la répète quatre ou cinq fois. Autres leitmotiv : la légitimité révolutionnaire, la formation d'un capital humain en phase avec les revendications de la révolution. Transformer le travail des mosquées en travail révolutionnaire... Marier la conscience révolutionnaire, le sens politique et le sens religieux... Est-il besoin de décoder tant de mots d'ordre ?
Mootez passe, maintenant, aux messages clairs : «Nous avons pris possession du comité de coordination. Nous avons ouvert les archives et découvert les noms de tous les informateurs. Nous avons alors décidé ceci : ou nous brûlons le quartier ou nous le protégeons. Rien ne nous empêchait de les attaquer, mais nous avons pardonné. Maintenant qu'ils veulent nous attaquer, nous nous défendrons... Ce sera ou Nida Tounès ou la révolution !»
Etes-vous des miliciens ?... Mootez préfère cette définition : «Nous sommes des hommes engagés à fond dans le processus révolutionnaire, avec la conscience politique et religieuse dressée contre toute tentative de contre-révolution. Il faut savoir dans ce sens que le trésor de l'Etat peut s'épuiser tandis que le trésor de la révolution est inépuisable ! »
Que faire lors des prochaines élections ? «2013, on va réélire les mêmes et si en 2018, ils ne dégagent pas, on sortira les dégager!» Qui sont les mêmes ? «Ennahdha» Pourquoi ? «Parce que c'est tous les paramètres à la fois ; c'est la foi, c'est l'ADN, c'est l'appartenance, c'est la rage de vaincre, c'est le capital militant, c'est la moralité et les principes... C'est le seul parti capable de traduire l'esprit de la révolution».
Que faire en attendant ? «Nous avons une activité de pédagogie et de sensibilisation. Nous sommes contre l'aide et la charité, mais pour un capital humain révolutif, une génération consciente qu'il faut arracher son dû. Nous organisons les jeudis politiques afin de développer la conscience du peuple».
Et la rencontre de dimanche dernier : «Son thème c'est les créations de la révolution et les moyens de les sauvegarder, et l'objectif c'est de faire passer la loi excluant les anciens rcdistes de la vie politique. La foule avait à l'occasion scandé : «Le peuple veut Ennahdha de nouveau !».
Qu'est-ce qui s'est passé à Tataouine ? «Jusque-là il n'y a jamais eu de victimes des comités. Mais après Tataouine, il y aura d'autres morts. C'est très dangereux de travailler dans les CPR... Je n'ai pas de relation avec mes miliciens. J'ai 68 membres d'une moyenne d'âge de 22ans... Nous sommes peut-être un peu manipulés !»
Qui es-tu Mootez Akacha ? «Je suis nahdhaoui de père en fils. Ceci n'empêche pas mon indépendance face à ce parti... Je ne suis ni Che Guevara, ni Zarkaoui, j'ai Ennahdha dans mon ADN. C'est peut-être un modèle universel...».
Mootez n'aurait rien inventé. Il aurait juste réécrit son histoire de manière à épouser celle que veut écrire son parti. Manipulateur ou manipulé, on ne sait.


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