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La violence intégriste, j'ai vu, j'ai entendu
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 22 - 02 - 2013


Par Mohamed KASDALLAH(*)
Personne en Tunisie d'aujourd'hui ne peut affirmer, en toute honnêteté, savoir de quoi et de qui il parle quand il parle de violence.
Il est vrai que la violence en général est un virus potentiellement puissant dans toutes les sociétés mais qui se transforme en tumeur maligne là où l'organisme politique, social et économique est faible et incapable de sécréter les anticorps nécessaires. Néanmoins, tous les indicateurs montrent qu'il y a péril en la demeure. Le scénario du drame algérien se profile à l'horizon. Notre pays risque de basculer dans le chaos comme c'était le cas de ce pays frère durant plus d'une décennie.
L'auteur de ces lignes était en poste à Alger au milieu des années 90 où il a pu côtoyer la barbarie qui a endeuillé le quotidien des Algériens.
Avant de voir comment la violence a déferlé sur l'Algérie, voyons comment et pourquoi a-t-on pu en arriver là. Par quel procédé magique un pays, aux énormes potentialités matérielles, s'est engagé dans un processus diabolique d'autodestruction. Comment l'intégrisme radical a réussi à fanatiser une jeunesse (les deux tiers de la population) au point de sécréter des monstres et les enrôler dans la folie afghane.
En examinant de près la genèse de la violence en Algérie, on s'aperçoit qu'il a fallu un exceptionnel faisceau de circonstances pour que ce phénomène s'impose comme élément majeur dans la société :
-Au sommet de l'Etat s'est créé, depuis la naissance de celui-ci, un genre de dédoublement du pouvoir. Il y a d'un côté le pouvoir légitime de l'Armée nationale populaire (ANP) héritière de l'Armée de libération nationale (ALN) et de l'autre, le pouvoir politique et exécutif mandaté par celle-ci.
-En plus de cette dualité dans laquelle la souveraineté n'est pas institutionnellement et formellement localisée, le régime s'est doté de structures administratives fortement bureaucratisées et incurablement minées par une grave gangrène qui s'appelle la corruption. Celle-ci est érigée en règle généralisée, impliquant non seulement des individus mais des réseaux d'alliances difficiles à identifier.
-Inévitablement, les citoyens affrontent de plain-pied les conséquences de ce dysfonctionnement : une politique désastreuse à tout point de vue, une économie sinistrée dans tous les secteurs, une dégradation sans précédent des conditions de vie, des horizons bouchés pour des millions de jeunes...
A cela s'ajoute le déferlement, dès le lendemain de l'indépendance, de cadres enseignants et de prédicateurs religieux en provenance des pays du Proche et Moyen-Orient (la coopération avec l'Egypte a permis à Abdenasser de se débarrasser des Frères musulmans alors que ceux provenant de Syrie s'étaient improvisés missionnaires d'un modèle baâthiste). C'est l'époque où le virus de l'intégrisme a été introduit dans la société algérienne.
C'est dans ces conditions socio-politico-économiques que le «Mouvement islamique algérien » a commencé à proliférer et les «barbus» se sont lancés à la conquête du pouvoir. L'annulation des élections gagnées par le Front islamique du salut (FIS) en 1991 et la dissolution de celui-ci par l'armée, étaient des motifs suffisants pour proclamer le « jihad » et faire démarrer une terrible machine de violence qui dure probablement jusqu'à nos jours.
Contrairement à la thèse qui admet que cette violence était pratiquée par des fous, des drogués ou des hystériques, il s'avèrera que cela relève d'une organisation bien structurée dont les méthodes sont certes affreuses mais qui suivent une procédure diaboliquement efficace. S'il s'agit simplement de quelques délinquants, les évènements auraient duré seulement quelques mois.
L'intégrisme algérien a mis en place dès sa naissance des structures de recrutement et de formation de ses militants à travers un réseau national de mosquées. Le recrutement individuel a eu lieu à la mosquée en ciblant les jeunes au cas par cas. Au début, le jeune était invité à un «dars» sur la religion, généralement par un ami du quartier, un collègue de travail ou un camarade de classe, en qui il n'a aucune raison de se méfier.
L'objectif de cette étape est de faire en sorte que le jeune soit poussé à prendre distance de ses anciennes habitudes et fréquentations puis la mise en veilleuse de ses réflexes et ses sens pour subir l'opération de lavage de cerveau. Petit à petit, le bourrage de crâne et le matraquage quotidien, font de lui un modèle de comportement; désormais, tous les moyens de défense naturels, intellectuels et psychologiques sont totalement neutralisés. Le jeune est prêt à être versé dans une unité de combat.
Ainsi, l'endoctrinement distillé au goutte-à-goutte finit par faire du jeune un intégriste pur et dur. Voilà comment on dénature la religion en fabriquant des fanatiques prêts à commettre les crimes les plus abjects sur simple ordre de l'émir.
L'idéologie de l'intégrisme algérien est basée sur des principes philosophiques s'appuyant sur une purification religieuse au sens salafiste du terme, c'est-à-dire ultra-radicale. Cela apparaît notamment à travers le dynamitage des mausolées, la profanation des tombes ou l'interdiction des paraboles ou du tabac... Le courant salafiste insiste sur la notion de pureté (lorsqu'on massacre un village, on dit qu'on le purifie, lorsqu'on tue un bébé, c'est pour lui éviter de vivre dans un monde impur).
La stratégie intégriste consiste à acculer l'Etat jusqu'à la capitulation, les institutions à la désintégration et les citoyens au désespoir en empêchant toute possibilité de résistance. Il s'agit d'un concept fondé sur le tout ou rien.
Les modes d'action et la tactique des groupes armés sont très particuliers ; on dit qu'ils sont similaires à ceux du Sentier lumineux du Pérou.
Il s'agit de cibler les grands centres urbains. On commence par massacrer des gens dans un rayon de 100 km par exemple. Tous les habitants qui se sentent menacés fuient et se rapprochent de la ville. Ensuite, on recommence une deuxième série de massacres à 30 km de cette ville, ce qui pousse les gens à s'entasser dans les bidonvilles, les stades et les écoles aux environs de la ville. Enfin, les prêcheurs du GIA (Groupes islamiques armés) s'infiltrent parmi cette population déshéritée et commencent à recruter leurs militants.
Au plan logistique, les GIA disposent d'armes légères en quantité suffisante. Ils ont réussi à bricoler un engin artisanal semblable à un mortier qu'on appelle le Hab Hab. Aussi, pour terrifier la population, les GIA trouvent plus facile l'emploi des armes blanches. Pour communiquer, les groupes armés disposent des dernières technologies avant que l'armée ne puisse en être dotée. La liaison s'effectue par fax, téléphone mobile et liaison satellitaire.
La crise sécuritaire algérienne était de toute évidence un problème géostratégique à l'échelle maghrébine. L'intégrisme qui aurait perdu la première bataille de la violence aura bénéficié d'un capital expérience qui va lui servir de faire tomber entre ses griffes l'ensemble de la région.
Cette tragédie est une épreuve pleine de leçons, même si cette notion recèle une réalité cruelle pour ce pays frère. Dans un prochain article, j'évoquerai les principaux enseignements à tirer.
*(Président de l'association antiviolence «Tolérance et Réconciliation»)


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