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Malgré les brûlures de l'histoire...
Zitouna Sport
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 03 - 2013

Ils l'ont brûlée, mais ils ne changeront rien à l'histoire!!!
La Zitouna Sport! Ce club mythique, partie intégrante du patrimoine de la Tunisie profonde, ce monument vivant, cette référence historique et sociale a été victime d'un incendie, œuvre de fantômes sans racines ni identité! Mais cet acte lâche de destruction des murs n'effacera pas la mémoire collective et encore moins la grandeur, même si ce «choix» de la symbolique est édifiant.
Née lors des plus sombres années du colonialisme, la Zitouna a regroupé les «justes», les Tunisiens fiers de leur identité. Grâce au sport, son terrain de prédilection, elle a su insuffler un air de liberté et de dignité à une jeunesse tunisienne en proie à une ambiguïté identitaire. La ZS a milité sur quatre axes principaux :
Le patriotisme, ainsi que l'identité nationale à travers la compétition sportive, facteur de combativité.
La démocratisation du sport féminin (bien avant la mondialisation de la Journée de la femme!)
Le développement du corps et de l'esprit.
La citoyenneté pour la construction de la Tunisie post-protectorat.
Depuis le milieu des années 20, la ZS a investi le tissu social tunisien, non pour une idéologie quelconque, mais pour accompagner la jeunesse dans la tolérance, la non-violence, le savoir, le civisme, le respect des autres et l'émancipation.
Rappel de quelques grandes dates
La Zitouna Sport a été créée en 1927 par des étudiants de la Grande mosquée de Tunis. Ses fondateurs, Med Nechi, Ahmed Kheïreddine, Hamadi Ben Azzouz, Taïeb Miladi, Jameleddine Bousnina et Ahmed Doraï mirent sur pied une équipe de football à caractère scolaire.
Taïeb Miladi, Med Salah Bergaoui et Hamadi Ben Azouz réussirent à donner au club son caractère civil en 1936,( arrêté du gouvernement n°9). La direction du club opta alors pour les sports autres que le football, complétant ainsi les deux équipes autochtones qui l'avaient déjà précédées, à savoir l'EST et le CA. Cette démarche structurelle a toujours été scrupuleusement respectée par les générations à venir.
1932 : Création de la section d'athlétisme.
1934 : Création de la section de gymnastique.
1936 : Création de la boxe et de la culture physique, ancêtre du body-building
1939 : Création de la section de basket-ball
1940 : Création de la section de volley-ball
1941 : Création de la natation.
1952 : Création de la section de handball
1960 : Création de la section des échecs dont faisait partie le grand maître Slim Bouaziz.
1961 : Création de la section de judo
1965 : Création de la section de tennis et du tennis de table
Caractéristiques majeures de la ZS
La présence avant-gardiste du sport féminin dans un environnement essentiellement masculin :
En 1947, la création de l'équipe féminine de basket suscita un climat de tension auprès des réactionnaires qui allèrent jusqu'à menacer les membres du club. Malgré les annonces passées dans les journaux afin de recruter des Tunisiennes autochtones, aucun n'avait osé inscrire sa fille. Qu'à cela ne tienne : les dirigeants engagèrent alors leurs propres femmes et filles pour former l'équipe.
Le team ainsi constitué avait offusqué plus d'un, mais faisait la fierté des Zitouniens et de tous les Tunisiens libres, car l'événement était une première dans le monde arabo-musulman!
Ces «grandes dames» s'entraînaient à El Omrane sous la houlette de Moncef Klibi. En dépit de résultats timides au début (elles perdirent par un large score contre le «Joyeuse Union» dirigée par les institutions catholiques de la régence), l'équipe finit par faire jeu égal avec ses homologues chevronnées grâce à la persévérance des joueuses.
Dans la même année, Frida Klibi a été la première musulmane à signer une licence d'athlétisme. Elle faillit remporter le titre du lancer de poids dames, n'eût été son inexpérience.
Ces valeurs identitaires avant-gardistes coulaient de source dans la mentalité zitounienne bien avant l'indépendance du pays!
«Son patriotisme» :
Dès 1932, trois de ses athlètes, Béchir Labbène, Hassen Ben Saïd, ainsi que le célébre artiste Salah El Khemissi, entraînés par Tahar Ben Abdallah dit «l'Allemand», allaient s'imposer dans une finale de cross scolaire et décrocher le titre de champions devant le lycée Carnot et le lycée Alaoui. La médiatisation de l'évènement était telle que l'Imam, le Cheikh El Melki, a sévèrement réprimandé la pratique du sport au sein de la Grande mosquée, la jugeant incompatible avec la dignité d'un jeune diplômé, issu de cette institution.
Désirant maintenir en permanence le contact avec la jeunesse autochtone, briser certains tabous et démocratiser le sport dans le tissu social, les dirigeants se battirent farouchement afin d'inscrire la ZS sur les tablettes du sport civil de la régence. Narguant les autorités coloniales, les dirigeants de la ZS avaient opté pour un maillot de club rouge, arborant un croissant-étoile sur la poitrine, identique à l'actuel maillot des équipes nationales tunisiennes. Cette témérité avait valu aux Zitouniens des tracas de la part de l'administration coloniale, qui n'hésita pas à les déloger pour une raison ou une autre.
Le club a toujours cherché à ratisser large auprès de la jeunesse autochtone. L'objectif des dirigeants était de disposer d'installations décentes et toujours plus grandes pour accueillir le maximum de jeunes, les arrachant ainsi à l'endoctrinement pro-colonial. A chaque fois que le club était délogé de ses bases, il s'adaptait pour s'installer dans des conditions meilleures.
Un événement allait démontrer la détermination patriotique de nos basketteuses au tournoi amical d'Hammam-Lif en 1948. Avant la compétition, le président du CSHL, un Français colonialiste notoire, avait omis de hisser le drapeau national, les joueuses tunisiennes refusèrent catégoriquement de jouer avant que celui-ci ne flottât. Ce qui fut fait. Une victoire pour le Mouvement National Tunisien.
Sa mobilité combative:
1. Bab Souika : Première adresse du local au 15, rue de la Kebda.
2. Bab Saâdoun : En 1936, la ZS avait élu domicile à la salle de culture physique de la rue Boussandel par la rue de Bab Saâdoun.
3. Bab El Khadhra : Pour faire face à la multitude des sections et l'affluence des licenciés, le cimetière désaffecté de Bab El Khadhra (actuelle place Ali Belhouane) abrita le club non sans difficultés.
Hassouna Jouini, Hamadi Ben Azouz, Khaled Bourguiba, Moncef Ben Salem, Tahar Ben Abdallah et bien d'autres encore décidèrent de construire des terrains de sports sur ce terrain vague. Dès que l'opération démarra, on invoqua le caractère sacré des lieux et Med Salah Bergaoui, fonctionnaire, faillit y perdre son emploi.
4. Avenue Med V : Dès 1959, siège actuel de la Banque centrale de Tunisie.
5. La pépinière du Belvédère à partir de 1974.
La ténacité de ses dirigeants :
Malgré des difficultés faites par les autorités coloniales, la ténacité des dirigeants de la ZS avait prévalu. Le nombre de licenciés avait décuplé. Outre le sport, on inculquait aux jeunes un esprit «zitounien», oui! La ZS est désormais une institution incontournable! On y enseignait l'amitié, la combativité, la tolérance, la persévérance, la confiance, le don de soi, l'ardeur au travail, la ponctualité, l'équité et l'humilité.
Des terrains de volley-ball, de basket-ball, ainsi qu'une piste d'athlétisme de 220 m virent le jour à la force du poignet des Zitouniens. Ces mêmes installations serviront après l'Indépendance à la jeune République :
1. Au premier match international disputé par l'équipe nationale de basket (contre la Libye).
2. A la première fête de la jeunesse qui eut lieu le 22 mars 1956 et préparée dans ces mêmes installations, les seules à être détenues par les Tunisiens.
3. A la préparation des Jeux panarabes de Beyrouth. La totalité des athlètes y participant appartenaient à la ZS.
L'aménagement de ce complexe sportif a été réalisé grâce à la sueur, à la générosité, ainsi qu'au volontariat des athlètes et des dirigeants de la ZS.
Le financement du club:
Le grand conseil de la régence de l'époque finançait exclusivement et directement les clubs français : l'Orientale de Tunis, le Stade Gaulois, l'Association Sportive Française, la Jeanne d'Arc de Tunis, etc. Le président de la ZS, le Dr Béchir Hamza, se battit bec et ongles afin que le club omnisports soit traité sur un pied d'égalité que les associations françaises.
Pour faire face à l'affluence incessante des jeunes Tunisiens, Hamadi Ben Azzouz avait dû vendre sa propre propriété de campagne pour compléter le financement du club.
Le militantisme de la ZS dans la Tunisie indépendante :
En 1956, il n'y avait plus d'équipes françaises pour continuer le championnat de handball. Les dirigeants de la ZS, qui comptaient dans leurs rangs des joueurs de valeur, décidèrent de relancer le championnat tunisien en les ventilant sur les autres associations afin de former des équipes de handball.
Il fut donc procédé de la manière suivante :
Moncef Hajjar fut envoyé à l'EST
Ghallala à El Mansourah d'Hammam-Lif
Lahmadi à l'ASPTT
Hédi Malek au CA.
C'est donc ainsi que le championnat de handball tunisien vit le jour, une fois de plus grâce à l'illustre ZS.
En 1959, Hassib Ben Ammar, secrétaire d'Etat à la jeunesse et aux sports de l'époque, reconnaissant envers la ZS, l'installa dans les locaux du Stade Gaulois, situés à l'emplacement de l'actuel siège de la Banque centrale à l'avenue Mohamed V.
La ZS était alors le seul club tunisien à avoir des locaux propres et des installations modèles pour l'époque :
Un terrain de handball
Un terrain de basket-ball
Un terrain de volley-ball
Une piste de 200 m
Une salle couverte
Une salle de musculation équipée
Une administration
Une buvette
Une salle de jeux
Des vestiaires
Un logement gardien
Les années 1970 ont été l'âge d'or du club. Forte de ses installations, ainsi que de son encadrement (la seule association sportive à posséder une salle couverte), la ZS fit exploser les performances, fournissant le gros des athlètes aux équipes nationales. Le club était incontournable dans les différents championnats. Il jouait les premiers rôles aussi bien dans les sports collectifs qu'individuels.
Ses équipes féminines de handball et de basket-ball glanaient tous les titres pendant des décennies entières. Ces mêmes colonnes ne suffiraient pas à lister les performances réalisées par les jeunes Zitouniens(nes)!!
La Zitouna Sport, une école :
Mustapha Bouchnak, Amina Mkada, Moncef El Hajjar, Slim Bouaziz, Ali Karabi, Taïeb Litaïem, Wahida Menina Souhabi, Mounir Jellili, Kaouther Akermi, Med Belkhodja, Mouldi Ayari, Hmed Mechmeche, Zeineb Dérouiche, Souad Dérouiche, Karim Zahani, Ben Thaïer, Hamouda El Fray, Hédi Malek, Moncef Ben Abdallah,Fatma Methenni, Moncef Glenza,Chérif Souhabi, Erhard Labidi, Hatem Ghoula, Ali Hakimi, Med Zaïdi, Ferjani Kéfi, etc. et la liste est loin d'être exhaustive. Ces quelques noms, choisis parmi tant d'autres, ont, pour les uns, fait briller de mille feux les couleurs tunisiennes lors des joutes internationales, pour les autres, ils ont été à la base de la formation de générations entières.
La ZS du XXIe siècle :
Compte tenu de ce qui précède et au-delà des derniers événements tragiques, on comprend mal l'état de délabrement total dans lequel se trouve ce patrimoine, bastion du sport et du civisme. Une série de questions se posent :
1. Pourquoi cette «mère nourricière» qui a tant donné au pays et qui milite encore, drainant les jeunes de Lafayette, Bab El Khadhra, El Omrane, Bab Lakoues, Bab Saâdoun, Bab Souika, etc. a-t-elle des locaux dans cet état de vétusté?
2. Pourquoi les jeunes Zitouniennes se changent- elles dans des containers?
3. Pourquoi le millier d'athlètes qui évoluent encore en son sein sont-ils aussi mal lotis (un budget mensuel alloué de seulement 10 dinars par sportif?)
4. Pourquoi la ZS, qui était le seul club tunisien à posséder une salle couverte, est-elle la seule à ne plus en avoir?
5. Où est donc la conscience générale républicaine?
Pourtant, tous les présidents, qui s'y sont succédé, ont tenté de perpétuer l'esprit de ses fondateurs. Ils se sont battus pour maintenir l'esprit d'école entre ses murs. Le plus illustre d'entre eux, le professeur Taïeb Litaïem, ex-champion et président de la ZS pendant plus de 6 années consécutives, s'est fait remarquer en tant que membre de la mairie de Tunis en améliorant l'infrastructure de onze «petites» associations et continue toujours d'œuvrer pour les handicapés.
«L'appel du cœur» :
La ZS n'a cessé de donner sans compter ; elle va même jusqu'à prêter main-forte à tous ceux qui le désirent en offrant presque gracieusement le fruit de son labeur, convaincue que cela irait grossir les acquis du pays.
Dans ces moments de tristesse, seuls quelques «petits» clubs ont manifesté leur peine et leur solidarité avec la ZS.
Dieu merci le ministre de la Jeunesse et des Sports, le grand Tarak était là, et tous les Zitouniens ont l'espoir de voir le club de leur vie reconsidéré et réhabilité par l'histoire!
(Ex-athlète et ex-président de la Zitouna)


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