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«Marzouki nous affame, Adel nous fait vivre»
Yosr Développement
Publié dans La Presse de Tunisie le 10 - 05 - 2013

L'enquête dont fait l'objet la société Yosr Développement est toujours en cours. Bien qu'il y ait un risque imminent que ses comptes soient gelés, l'entreprise continue de fonctionner comme si de rien n'était. Poussés par l'espoir d'améliorer leur condition de vie, les clients affluent tous les jours au siège de la société, à La Fayette, pour y déposer ou recevoir de l'argent.
Il est 9h00. Au centre commercial Galaxy, tout l'étage est transformé en salle d'attente. Des ordures jonchent le sol ça et là, les couloirs sont mal éclairés et l'air est irrespirable. «Mes yeux me piquent, je n'en peux plus», se plaint un homme à son compagnon. Lui, comme les centaines d'autres personnes, est là pour retirer son prime de chez Yosr Développement. Ils avaient tous investi de l'argent dans cette entreprise quelques mois auparavant et vont immédiatement réinvestir leurs gains dans la société. Les arguments de la société sont de taille et les avantages énormes selon les clients. L'achat d'une «carte mutuelle » permet d'obtenir un bénéfice de 100% de sa valeur au bout de 3 mois.
Un second bureau de la société, se trouvant au même étage, accueille les personnes venues déposer un dossier pour la première fois. «Il faut attendre jusqu'à 14h30 pour s'inscrire», affirme une future adhérente. «Il vaut mieux venir très tôt le matin pour avoir une place», conseille-t-elle.
Le centre Galaxy n'a jamais connu autant de succès d'après les commerçants. 17h00 passées, les clients sont présents avec la même affluence que le matin. Une vieille femme se plaint à un des employés de ne pas être parvenue à retirer son argent pour la troisième fois consécutive. «Il y a trop de monde. J'ai mal à l'épaule, je ne peux pas attendre trop longtemps», dit-elle. L'employé commence à s'énerver, lui demande de rentrer et de revenir le lendemain. «Je ne fais aucune faveur, je n'y peux rien», dit-il. «Hier on a reçu 600 personnes. Aujourd'hui c'est pareil, il faut nous excuser chère madame, on est à bout», finit-il par lui dire.
La vieille dame avait investi l'argent de son fils et veut absolument récupérer son dû. « Tout à l'heure, deux femmes se tiraient les cheveux pour être les premières dans la file. Je ne suis pas capable de me battre comme elles... », confie-t-elle, consternée.
50.000 clients risquent de tout perdre
Personne ne sait comment Yosr Développement réussit à faire des bénéfices aussi importants, et aucun détail sur les activités qui y sont menées n'est divulgué. Pourtant, tous les clients ont foi en elle.
«Monsieur Adel, PDG de la société, est issu de la Kabaria, mon quartier. Il y vit toujours avec sa famille. Nous le connaissons bien. Il continue à fréquenter les cafés paumés du quartier et son épouse prend toujours son bain avec les autres femmes au hammam. Nous avons confiance en lui», témoigne Mohamed, un client.
Le soir où Dridi est rentré chez lui après avoir été mis à l'arrêt pendant quelques jours, dans le cadre d'une enquête sur sa société, un véritable festival a été organisé à la Kabaria. Youyous, fumigènes, klaxons, d'après Mohamed il y a même eu des moutons égorgés. «On est tous Adel Dridi», dit-il avec fierté.
«Marzouki nous affame, Adel nous fait vivre», s'exclame un employé avec le sourire.
La plupart des clients venus au centre Galaxy sont de condition modeste. L'un est au chômage, l'autre perçoit un salaire misérable. L'une est mère de famille, portant un bébé dans les bras, des savates en plastique aux pieds, les cheveux ébouriffés, l'autre, d'un certain âge, suit le mouvement, l'air hagard, une enveloppe à la main.
«Tunis est encerclé de quartiers populaires. Les gens vivent dans la misère à seulement quelques kilomètres du centre ville. Qui de la Banque centrale, du ministère des Finances et de toutes les autres institutions publiques s'est intéressé à nous? La vérité, c'est qu'on nous a délaissés, oubliés», s'indigne Mohamed. La BCT avait envoyé une lettre le 26 mars dernier au juge instruction du pôle judiciaire de Tunis, pour qu'une enquête soit ouverte. Quand Dridi a été arrêté, des centaines de personnes se sont rassemblées à Mohamed-V puis devant le centre Galaxy. «J'en étais malade. J'ai vendu mon or et celui de ma fille. Si la société ferme, il faudrait qu'on nous rende notre argent», s'inquiète Houda.
La société compte près de 50.000 clients. Certains d'entre eux viennent acheter les cartes de 50DT, d'autres celles de 12.000 DT. Pour y parvenir, ils vendent leurs biens ou empruntent de l'argent.
«Je sais que l'activité de la société est louche. Je me suis longtemps retenu avant d'y adhérer, mais la tentation était trop forte. C'est un pari. Mon frère est au chômage, je fais ça pour lui», confie Hichem.
Yosr Développement a été là où le gouvernement et l'Etat ont failli. L'arrêt des activités de la société risque d'être vécu comme un drame. Des mesures devront être prises pour que les clients, qui sont pour la plupart issus d'une classe sociale vulnérable, soient protégés.


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