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Quelle sécurité pour nos frontières sahariennes?
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 30 - 09 - 2013


Par le Colonel Boubaker BENKRAIEM *
Monsieur le président de la République, chef suprême des Forces armées, a pris la décision, lors de l'une de ses dernières réunions avec le commandement militaire, de donner à certaines zones frontalières sahariennes un statut particulier. Cela implique l'instauration, dans ces régions, pour des raisons sécuritaires évidentes, d'un régime spécial réglementant la circulation des biens et des personnes. Nos concitoyens en comprendront les raisons et les appliqueront avec sérénité et responsabilité.
Beaucoup de mes camarades de promotion ont eu l'opportunité, alors qu'ils étaient lieutenants ou capitaines, de servir dans cette région dure, difficile, inhospitalière à première vue mais attachante, attirante et majestueuse lorsqu'on l'apprécie, une fois assimilées ses règles et découverts ses secrets. Ils ont eu le mérite d'y séjourner avec le minimum de moyens et les pires conditions de confort. Quant à moi, je n'ai pu le faire que beaucoup plus tard mais en y assumant d'importantes responsabilités en ma qualité de Commandant les unités sahariennes durant une assez longue et très délicate période (1976-80). Je voudrais, compte tenu de ma modeste expérience dans cette région très particulière, exposer mon point de vue sur cette question fort importante, celle de la sécurité de nos frontières des zones sahariennes.
Il y a lieu de rappeler que la mesure prise par Monsieur le président n'est pas tout à fait inédite parce que même après l'évacuation du Sahara par les troupes françaises, à l'automne 1958, suite à la bataille de Remada, la zone saharienne, connue sous le nom de territoires militaires au temps du protectorat, a continué à avoir un statut particulier. En effet, ce secteur s'étend, au Nord, de la rive sud du Chott El Jerid jusqu'à Bordj El Khadra (Fort Saint) au Sud, et délimité à l'Est par la lisière du Grand erg oriental passant par Ksar Ghilane( 120 Km au sud de Douz) , et incluant les Djebel Matmata, le Dhahar jusqu'à Dhibat. Cette zone spéciale, sous contrôle exclusif militaire, a toujours nécessité la permission écrite du Gouverneur pour y circuler ou s'y rendre en mission. Cependant, sont exclus de ce secteur, les villes et villages qui y sont implantés ainsi que les routes goudronnées le traversant. En outre, les unités sahariennes remplissent, dans cette zone, et depuis toujours, en plus de leurs missions de défense classiques, les charges dévolues aux ministères :
1 de l'Intérieur pour les opérations de police des frontières,
2 des Finances pour la lutte contre la contrebande,
3 de la Santé pour l'assistance médicale aux quelques centaines d'habitants ou de bergers,
4 de l'Agriculture pour la protection de la faune ( essentiellement la gazelle et l'outarde), mais qui, ont été, au cours des trente dernières années et jusqu'à nos jours, sauvagement décimées au vu et au su de tous, par des invités venant de très loin, alors que la loi les protège,
5 du Tourisme pour l'assistance aux groupes de touristes visitant cette région,
6 et de l'Education nationale pour l'aide aux instituteurs de Bordj El Khadhra et de Ksar Ghilane.
Y a-t-il besoin de rappeler à nos concitoyens, trente cinq ans plus tard, que durant la période que j'ai passée au Sahara, j'en ai vu des vertes et des pas mûres car nos relations avec le régime libyen étaient conditionnées par l'humeur du «guide» à tel point qu'en seulement quatre ans, nous avons vécu, des événements et des prises de position incompréhensibles de la part de ce responsable qui se proclamait «amis» du nationalisme arabe et je citerai entre autres :
1 Le renvoi, dans des conditions inhumaines, et à plusieurs reprises dont celles de 1978 et 1985, et pour la plupart à pieds et à travers le Sahara, de dizaines de milliers de nos concitoyens travaillant en Libye, dans le but d'augmenter le nombre de chômeurs en vue de générer des situations difficiles au Gouvernement tunisien,
2 L'installation, près de nos frontières, de camps d'entraînement de Tunisiens recrutés et une formation militaire leur était dispensée par des mercenaires étrangers,
3 Des émissions radios orientées vers notre pays étaient diffusées et appelaient les Tunisiens à se révolter contre le Président Bourguiba,
4 Des tentatives d'introduction d'armes dans notre pays avaient eu lieu à travers le Sahara et la plus importante par son ampleur a été celle de l'été 1978 et découverte par une patrouille méhariste entre Lorzot et Bir Zaar, à environ 70 km au sud de Remada. Dissimulée sous des arbustes et des herbes sahariens, cette très importante quantité d'armes individuelles et collectives ainsi que leurs munitions pouvaient facilement armer 200 personnes. Ces armes étaient destinées à être convoyées par le Dhahar jusqu'à Gafsa. Les déchets de pastèques frais trouvés sur place nous ont renseignés sur la date tout à fait récente de leur mise en place. Nous avons eu, une semaine plus tard, des preuves formelles et la certitude que c'était le régime libyen qui était le maître d'œuvre de cette action.
5 Enfin, l'organisation de l'affaire de Gafsa ( janvier 1980) de triste mémoire et d'après les prisonniers, les promesses qui ont été faites aux insurgés tunisiens relatives à l'appui de l'aviation libyenne dès le déclenchement du soulèvement.
Cependant, la révolution libyenne a généré, depuis février 2011, une situation toute particulière dans ce pays voisin et frère du fait de l'inextricable héritage de Kadhafi dans tous les domaines, de la déliquescence de l'Etat et de l'effritement de cet immense pays qui semble être, actuellement et pour une longue période, difficilement gouvernable. Cela nécessitera, et j'espère me tromper, une vingtaine d'années pour que les règles s'y précisent, et que le bon sens y prévale et ce, dans l'intérêt de la Libye et de toute la région. Il ne faut jamais négliger ou oublier les nombreux arsenaux, de tous genres et de toutes natures, disproportionnés aux besoins de ce pays et disséminés un peu partout dans ce vaste territoire libyen et que les différentes milices se sont partagés. C'est cette situation qui a facilité la création et le développement de tant de groupes de contrebandiers et de terroristes dans la plupart des pays ayant des frontières communes avec la Libye. De ce fait, et étant condamné à subir les retombées néfastes de l'insécurité manifeste qui prévaut chez nos voisins, notre pays doit prendre toutes les précautions pour sécuriser ses frontières et maîtriser leur contrôle. C'est pourquoi il me semble que nous avons tout intérêt à renforcer la protection et la sécurité de nos frontières du sud-est en révisant particulièrement le système sécuritaire de cette région. Ayant servi une bonne période dans ce sahara majestueux, je recommande très vivement l'éradication, par tous les moyens, de la contrebande sous toutes ses formes pour éviter celle des armes de guerre, ce créneau très juteux pour ceux qui, sans foi ni loi et non concernés par la sécurité de la Tunisie qui est le dernier de leurs soucis, ne lésinent sur rien pour développer leurs profits. La Libye continuera, malheureusement et pendant longtemps encore, à fournir au plus offrant ces armes de toutes sortes. La région la plus propice à ce genre d'activités est absolument facile d'accès puisqu'il s'agit d'une plaine où il n'y a ni obstacles, ni collines, ni djebels, avec un front de près de deux cents kilomètres allant de la Méditerranée jusqu'à Dhehibat. N'ayant pas besoin de pistes ou de routes tracées pour la circulation des motorisés, elle permet très facilement aux véhicules ordinaires et ne disposant même pas de quatre roues motrices de la traverser sans difficultés, pour peu que la direction suivie soit celle d'Est vers l'Ouest. Elle est, non seulement facile d'accès, mais encore elle permet très rapidement et dès que la frontière est franchie de trouver refuge auprès de la population dont la densité est fort élevée et dont une bonne partie, étant donné les difficultés de la vie et le manque de débouchés professionnels, ne vit que de contrebande ou de la fonction de passeur. Cette frange de la population est très coopérative.... dans ce domaine et elle est, par intérêt, parfois complice. Aussi, pour contenir, interdire, rendre plus difficile le passage clandestin de nos frontières dans cette zone poreuse, faut-il penser à l'édification d'un obstacle représenté par un fossé, de cinq mètres de large et de trois mètres de profondeur, de près de deux cents kilomètres de long, allant de la mer en suivant la frontière pour passer aux environs de Ras Jedir, Sidi Toui, El ghorrifa, Mechhed Salah, Bir Ali jusqu'à Dhéhibat. Ce fossé qui sera renforcé par un talus formé par le sable évacué aura les objectifs suivants :
1 D'abord, il sera tout simplement dissuasif car son franchissement nécessitera l'emploi d'un équipement lourd,
2 Ensuite, il permettra à nos postes qui auront des moyens de surveillance élaborés d'être immédiatement avertis de toute tentative de franchissement d'éléments à pieds, motorisés ou chenillés.
3 Aussi, il retardera toute tentative d'infiltration de terroristes et en donnera l'alerte,
4 Enfin, il permettra à nos postes implantés à quelques kilomètres de là de procéder à la riposte appropriée en vue de la destruction de ces bandes armées.
Des points de passage peuvent être prévus tous les trente à quarante kilomètres et tenus par des moyens à définir. C'est par cette région habitée par une population non négligeable que transitent 95% des produits introduits ou exportés en contrebande de ou vers la Libye. Grâce à la densité de sa population et à toute sorte de complicité, cette région permet aux contrebandiers qui y arrivent d'avoir des caches, des entrepôts, des coins de repos et tout le soutien dont ils peuvent avoir besoin.
Par contre, la zone au sud de Dhehibat est d'une part assez chahutée et montagneuse, et d'autre part elle est totalement inhabitée et inhospitalière. Ceux qui s'y aventurent ont moins de 5% de chances de réussite parce que les risques sont énormes.
Toutefois, cette stratégie ne peut réussir que si l'unité de commandement de tous les services implantés dans ce secteur (armée, douanes, garde nationale, police) est assurée dans un objectif d'efficacité évident.
Aussi, pour étayer ma proposition, je voudrais rappeler un passage du général Mohamed Meddeb, remarquable officier général à la retraite, qui a été pendant longtemps le directeur général de la Sécurité militaire et qui était à ce poste lors des évènements de Ain Tebournouk-Soliman, ( déc.2006-janv.2007), et qui doit être très bien informé dans ce domaine d'une part, et qui connaît fort bien cette région d'autre part puisqu'il y a servi, qui a écrit, tout dernièrement, sur le site «Leaders», un excellent article relatif à «La maîtrise du contrôle des frontières Sud-Est», : «En effet, la situation dans ce pays frère (Libye, Ndlr) et son développement prévisible, imposent avec insistance et en urgence un véritable plan national que l'Etat doit impérativement adopter et sans plus tarder mettre en œuvre pour sauver le pays, encore une fois, sur les deux plans sécuritaire et économique. Cependant, ce plan doit être conçu dans la durée car la Tunisie est, à mon sens, condamnée à subir les retombées néfastes de la situation sécuritaire précaire en Libye encore pour de longues dizaines d'années. Ce pays frère constitue malheureusement une source intarissable d'armes, de munitions et d'explosifs et un champ libre aux terroristes pour recruter, se regrouper, s'organiser, s'entraîner et planifier leurs actions avant de passer à l'acte final sur le territoire tunisien...».
Etant donné l'importance et la gravité de la menace terroriste, les autorités doivent accorder à cette proposition tout l'intérêt et toute l'urgence qu'elle mérite. En effet, si la maîtrise du contrôle de toutes nos frontières est nécessaire, celle de nos frontières avec la Libye est capitale. En développant très sérieusement notre système de renseignement là où il le faut, nous ne devons lésiner sur rien pour mener à bien ce contrôle et donner aux forces chargées de cette mission tous les moyens adéquats. C'est le prix à payer pour maintenir nos frontières inviolées, notre sécurité assurée, notre économie protégée, et notre indépendance garantie.
*(Ancien Sous-Chef d'état major de l'Armée de terre, et ancien commandant de la Brigade saharienne)


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