Eyas Naif Assaf : Avec Jendoubi, Ooredoo Tunisie mise sur l'excellence et la fierté nationale    Mohamed Ali ben Hafsia – Ooredoo Tunisie : Avec Jendoubi, Ooredoo soutient la Tunisie vers l'or et la fierté olympique    L'Université de Sfax et l'Université algérienne Abbes Laghrour Khenchela signent une convention de coopération    Lotfi Ben Haj Kacem annonce le rebranding de Hayett Assurances et fixe le cap des prochaines années    Nouvelair lance une offre exclusive dédiée à son programme de fidélité Jasmin    Nouveau projet de loi : bientôt accessible à toutes les femmes, sans condition d'enfants    Ooredoo Tunisie Sponsor Officiel du Champion du monde Mohamed Khalil Jendoubi    Dattes à prix abordables : deux points de vente directe bientôt à Tunis et Monastir    Dry January : un mois sans alcool face au déni tunisien    The Aviator Institute rejoint le réseau Airbus et positionne la Tunisie comme hub de formation aéronautique    Mahindra Tunisie lance le nouveau 3XO: Une nouvelle référence dans le segment des SUV compacts    Le ministère du Commerce avertit : dites NON au café non contrôlé !    Causes et facteurs de risque du pancréas    Intempéries aujourd'hui : écoles fermées à Béja    La FIFA en mission en Tunisie pour évaluer l'usage du VAR    70 ans de relations Tunisie–Allemagne : Elisabeth Wolbers trace les perspectives d'une coopération renforcée    La Tunisie au Conseil de Sécurité : Rien n'a changé dans les territoires palestiniens occupés, le cessez-le-feu reste violé par la puissance occupante (Vidéo)    Maledh Marrakchi - IA en 2026: D'après Stanford, l'heure des comptes a sonné    Match Tunisie vs Algérie : où regarder la demi-finale de la CAN Handball 2026    Philip Morris Tunisie confirme son leadership RH : 8e certification Top Employer    Constituants sans constitutionnalisme, thème des Journées Abdelfettah Amor    Météo en Tunisie : temps pluvieux au nord    Le Forum Chokri Belaid des Arts se déroule dans sa 9ème édition du 1er au 7 février 2026    Les experts confirment : la Tunisie peut-elle connaître des ouragans ?    Rapport entre monde de la recherche et monde de la pratique: La recherche collaborative    L'Inde fête sa République à Tunis aux côtés de partenaires tunisiens    Le cirque Paparouni s'installe à Carthage durant les vacances scolaires et présente Jungle Book    D'où vient un trésor historique découvert à Houaria ?    Forum Chawki Gaddes pour les droits numériques - Journée d'étude sur la protection des données personnelles : Mercredi 28 janvier 2026, faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis    Les judokas Tunisiens remportent 5 médailles dont 2 en or à l'Open international seniors de judo à Casablanca    Décès d'une star du football, Mahfoudh Benzarti : une carrière singulière    Inondations : Kaïs Saïed appelle à des mesures concrètes et à une mobilisation nationale    Vagues géantes à Nabeul : des vestiges antiques dévoilés après les tempêtes    Baker Ben Fredj revient avec l'exposition 'Le Reste' à la galerie Archivart après 20 ans d'absence    Kais Saied reçoit l'ambassadrice de Pologne à l'occasion de la fin de sa mission en Tunisie    Intempéries : fermeture temporaire du Palais Ennejma Ezzahra    Justice : trois ans et demi de prison pour Borhan Bsaies et Mourad Zeghidi    Document – Le discours-évènement du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos : privilégier les valeurs, face à la domination    Tahar Bekri: Saule majeur    Penser le futur par le passé: Carthage antique et le boomerang colonial dans la géopolitique du Groenland    Abdellaziz Ben-Jebria – Mes périples et maisons : lieux en souvenir    Professeur Amor Toumi: Père de la pharmacie et du médicament en Tunisie    Programme Ceinture Verte en Tunisie : reboisement pour lutter contre la dégradation des sols et la désertification    Khadija Taoufik Moalla: Mourad Wahba, le philosophe qui voulait réconcilier raison, foi et humanité    USA: La suspension de la délivrance de visas affecte-t-elle un visa en cours de validité et s'applique-t-elle aux visas de tourisme ? Voici la réponse    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    L'Université de Sousse et le Centre Universitaire de Maghnia (Algérie) scellent un partenariat stratégique    Tunisie–Mali (1-1, tab. 2-3): Une élimination frustrante    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Interview de Tarek Ben Chaâbane, enseignant, coscénariste et script-doctor : "Les cinéastes sont préoccupés par la prise de parole"
Notre dossier - Cinéma tunisien
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 06 - 2010

D'abord parlez-nous de votre parcours en tant qu'enseignant et formateur dans le domaine du scénario, puis de coscénariste et de scénariste ?
Je suis enseignant universitaire à l'Isamm (Institut supérieur des arts et multimédias). J'assure un cours d'introduction à la théorie générale du scénario où j'essaie d'inscrire les «techniques» spécifiques de l'écriture scénaristique dans la logique plus globale du récit. J'y anime aussi des ateliers d'écriture, mis à part les responsabilités en tant qu'encadreur de projets.
Je participe aussi régulièrement aux activités d'ateliers destinées aux jeunes cinéastes et organisés par le producteur et réalisateur Ibrahim Letaïef (deux sessions de "Dix courts, dix regards" et une session de "Dix courts, une Cause"…) et j'ai beaucoup travaillé avec l'équipe de "Sud Ecriture"(Dora Bouchoucha et Annie Djamal) où j'ai assisté entre autres Jacques Ackchoti.
En tant que coscénariste ou consultant (script-doctor), j'ai collaboré avec Moufida Tlatli (Les petites mains), Nawfel Saheb Etabaâ(El Kotbia), Mohamed Damak,(Jeudi après-midi), Ridha Behi (Brando&Brando), Mourad Ben Cheikh(Ali Raïs) et Mohamed Ali Okbi (Les jeunes loups)
Quelle formation avez-vous suivie pour cette spécialité ?
Il y a d'abord un désir de cinéma que j'ai acquis, comme les gens de ma génération, par le passage par la Ftcc (Fédération tunisienne des ciné-clubs). Passage, qui était quelque peu comme une nécessité de cursus. Ensuite, il y a mon intérêt pour «les histoires» d'où toutes mes recherches universitaires qui tournent autour de l'histoire sociale du récit entre modes de narration et modes de représentation. Le travail sur le tas, les stages, les ateliers d'écriture, les séminaires, m'ont également beaucoup appris.
Justement  faut-il suivre une formation pour être scénariste ou coécrire des scénarios ?
Comme je l'ai déjà expliqué, être assistant pendant quelques sessions de l'atelier "Sud Ecriture" m'a énormément appris…au-delà de ce que j'ai pu acquérir théoriquement en travaillant à l'université…
Dans mon cas, cette pratique a été déterminante…
L'apprentissage est nécessaire. Mais il faut qu'il y ait chez l'apprenant un désir fort qui va plus loin que la simple technicité…un désir qui va au-delà des prescriptions…on peut apprendre les techniques à l'école, ça sert beaucoup. Et c'est rassurant d'avoir quelqu'un qui puisse répondre aux interrogations tellement la forme scénario est riche et tellement les propositions normatives sont «subverties». Autrement dit, tant les règles de la dramaturgie classique sont remises en question. Mais il faut aussi savoir qu'intégrer ces réflexes «techniques» et avoir l'envie et la sensibilité nécessaires pour les traduire en «histoires» n'est pas non plus évident…
Si oui, comment expliquez-vous que la majorité des cinéastes qui ont une formation de réalisateur écrivent eux-mêmes leur propre scénario sans presque jamais recourir à des scénaristes ou à des scénaristes conseil ?
La «division du travail» n'est pas une nécessité artistique. Elle s'est instaurée et instituée dans un contexte historique, mais surtout économique particulier. Elle a produit des représentations du monde, ou disons que des formes narratives sont venues s'y articuler. C'est ce que nous appelons le cinéma hollywoodien classique, celui des studios et des scénaristes travaillant aux ordres de l'industrie, tenus de répondre à des normes de productivité. C'est l'époque de ce que William Faulkner appelle «les mines de sel».
Ce modèle a été identifié en France à une certaine «qualité française», le cinéma littéraire, contesté par la Nouvelle Vague dans la continuité de la brèche critique ouverte par Alexandre Astruc, etc.
Ici, on est un peu prisonnier d'une vision, mais de moins en moins, celle d'une personne autant préoccupée par la prise de parole que par la narration d'une histoire et il y a bien des raisons historiques pour cela : la construction nationale…
Le cinéaste a donc son point de vue sur les choses de la cité, sur le présent…on pense peut-être que l'apport d'une tierce personne peut déformer ou détourner le propos. Alors que l'apport peut être uniquement technique.
Pourquoi n'existe-t-il pas de spécialistes de l'écriture de scénario ou si peu, et pourquoi le métier de scénariste n'existe-t-il pas intrinsèquement sous nos cieux ?
Il y a eu des expériences de collaboration entre scénaristes et réalisateurs : Tijani Zalila qui continue à travailler avec Ridha Béhi, feu Mohamed Mahfoudh avec Mohamed Damak, Nouri Bouzid avec Moufida Tlatli et Férid Boughédir. Mais face à l'absence d'une production régulière, nous ne pouvons voir émerger un métier.
On ne peut pas obliger les gens à prendre des scénaristes ou des scénaristes conseil. D'autant plus que cette demande, dans le cas américain par exemple, émane généralement des producteurs…
En Tunisie les producteurs sont très souvent les cinéastes eux-mêmes…
En tant que coscénariste de plusieurs longs métrages, comment évaluez-vous les différentes expériences avec les réalisateurs avec lesquels vous avez travaillé?
Existe-t-il une véritable collaboration, acceptent-ils vos propositions ?
Ce sont de jolis voyages qui aboutissent parfois sur de très belles amitiés, et puis, il y a nécessairement collaboration parce qu'il y a une demande…
Pourquoi, selon vous, existe-t-il très peu d'adaptations de nouvelles et de romans d'ici ou d'ailleurs dans notre cinéma ?
Comme je l'ai dit plus haut, les cinéastes sont préoccupés par la prise de parole, du coup adapter une œuvre littéraire qui n'est pas la leur serait se mettre dans la peau d'un autre, porter la voix d'un autre. L'écriture du scénario devient comme une tentative de s'approprier sa propre voix…de peur qu'elle ne s'enlise dans d'autres…
Mais quand on voit la qualité de certains films et l'indigence de certains propos et discours, adapter c'est mieux, non ?
Il faudrait que le réalisateur tombe sur le livre pour lequel il a un coup de cœur et qu'il trouve aussi quelqu'un pour l'adapter. Il y a plusieurs livres que j'aurais aimé adapter : Fleur de cactus de Alia Tebaï, Degla fi arajinha de Béchir Khraïef et autres nouvelles de Hassouna Mosbahi, par exemple.
Critiques et publics s'accordent à dire que le talon d'Achille du cinéma tunisien est le scénario. Qu'en pensez-vous et comment expliquez-vous cette crise du scénario ?
Je ne sais pas s'il y a réellement une crise du scénario. Et, aspect technique mis à part, c'est quoi un bon scénario dans le contexte du cinéma tunisien aujourd'hui ? Un scénario poétique ou audacieux ou dysnarratif ou minimaliste et traitant de quels thèmes ? Il ne peut y avoir de programmatique…
Ce sera toujours du cas par cas…
Le public attend, en général, d'un bon scénario et d'un film quel que soit son genre, qu'il le raconte, le représente, l'interpelle, le touche, l'émeut, l'enrichit spirituellement et, si possible, le pousse à la réflexion...
Oui, je sais que dans des écoles américaines et françaises, on enseigne aux étudiants un cours intitulé : «La place du spectateur». C'est-à-dire comment dans la dramaturgie on pense la réaction du spectateur: qu'est-ce qu'il va comprendre dans telle scène ou telle autre ? Quelle interrogation va-t-il se poser à tel passage du film?, etc. Il s'agit-là, d'une configuration du cinéma de marché. Alors que notre cinéma n'y est pas astreint, on a plus de liberté et c'est une chance : vu qu'il est subventionné, on ne pense pas au public. Et on peut, donc, essayer des choses au niveau de la création.
En France, par exemple, il existe aussi bien le film d'auteur subventionné que le film commercial qui, lui, cherche l'efficacité du marché. Chez nous, il faut trouver un équilibre entre les deux, l'important étant de communiquer intelligemment avec le public.
Dans les années 70, 80 et 90, notre cinéma se distinguait par de bons films aux  scénarios simples, clairs, denses coulant de source et les exemples sont légion : Sejnane, Traversée, La trace, Les silences du palais, etc, pourtant écrits par des cinéastes ayant une formation de réalisateur. Or, l'on remarque actuellement, en général, une régression quant à la qualité des films, donc partant des scénarios, comment l'expliquez-vous ?
Je ne crois pas que les auteurs de ces œuvres qui ont marqué l'histoire du cinéma tunisien aient soudainement désappris à écrire. Ils ont continué à faire de bons films …c'est la conjoncture qui est différente, avec les nouvelles formes et possibilités de visionnage, avec la demande du public qui évolue et avec l'offre télévisuelle en fiction qui a aussi beaucoup évolué en Tunisie, du moins qualitativement…les films font moins discussion…et la canonisation se fait toujours a posteriori…
Je ne crois pas que Sejnane, qui est une œuvre admirable, ait attiré la foule à sa sortie…il n'est d'ailleurs, je crois, jamais sorti en salle…et voilà qu'on en parle aujourd'hui, et fort justement, comme d'un film majeur…
Est-ce que le cinéma est obligé de suivre systématiquement le public ? Je ne le pense pas…
Quant à la question de la régression, c'est votre jugement personnel. Pour ma part, il y a de nombreux films — longs et courts métrages — produits lors de cette dernière décennie, que j'aime beaucoup, que je trouve riches, audacieux (La dictée de Ibrahim Letaïef, No man's love de Nidhal Chatta, Kahloucha de Néjib Belkadhi, etc.) et dont certains sont passés malheureusement inaperçus…
Enfin avec la spécialisation rampante dans tous les domaines, faut-il désormais  qu'un cinéaste ait aussi une formation de scénariste pour réussir un film ?
Un cinéaste n'est pas obligé d'être un scénariste. A la télé, cette formule de séparation entre les deux postes fonctionne plutôt bien. Le cinéaste peut proposer à un scénariste une idée originale ou un synopsis que ce dernier développe… Il suffit qu'il y ait des affinités artistiques entre les deux.
Pour conclure, former des scénaristes et développer le métier est-il, selon vous, nécessaire ?
Former un petit nombre de scénaristes serait très intéressant et efficace, car la télé, la pub, le théâtre et le cinéma ont besoin de scénaristes. Je sais que la demande existe, car j'ai commencé à faire ce métier suite à la requête de plusieurs réalisateurs. L'expérience se passe bien, ils sont contents et j'apprends beaucoup avec eux, car ils ont des réflexes que je n'ai pas, en prévision du casting, du montage (et autres) par exemple.
J'aime bien ce métier et j'estime que l'exercer est une véritable chance.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.