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Danser la vie
Entretien du lundi - Néjib Khalfallah (Chorégraphe)

Il a appris la danse à l'école de la rue. Entre une pièce chorégraphique et une autre, il passe une étape, et à chaque fois, il apprend de ses erreurs. Mais s'il y a un rêve qu'il a encore du mal à réaliser, c'est celui d'une vie paisible et sans souci.
Comment êtes-vous venu à la danse ?
Pour aller à l'école, je traversais «l'Avenue» quatre fois par jour, et je prenais tout mon temps pour lécher les vitrines des salles de cinéma. Je m'identifiais aux têtes d'affiches, et mon idole était Bruce Lee, l'un des artistes martiaux les plus influents de tous les temps. En essayant d'imiter cette icône de la culture pop du XXe siècle, nous avons appris, mes amis et moi, plusieurs mouvements, tels que le grand écart facial ou latéral et les sauts...
Le grand tournant a eu lieu avec Break Street 84, (briser la rue 84), un film sur la danse de la rue. Mordus, nous avons arboré casquettes et radio K7 et nous nous sommes mis aux entraînements.
Vous dansiez où ?
Dans les rues, évidemment. Nous participions régulièrement aux compétitions de l'Asdas, cette fédération dirigée par Ismahane Echaâri, et qui organisait, tous les mois de mai, un événement réunissant les amateurs de la danse.
Les rues et les quartiers de la ville ont donné naissance à des artistes de grand niveau tels que Ouled Allem, Sami Bliss, Shaft et Sofiane Oueld El Menzah.
On vous a toujours associé au danseur chorégraphe Imed Jemâa, comment l'avez-vous connu?
Nous étions voisins et amis d'enfance. Imed m'a transmis ce qu'il a appris avec, notamment, Irène Tatiboit, une danseuse polonaise qui vivait en Tunisie.
Quand est-ce que vous avez décidé de faire de la danse votre métier?
En 1991, j'ai dansé dans Nuit blanche, une pièce signée Imed Jemâa qui nous a valu le grand prix des 3es Rencontres de Bagnolet. Ce festival, le premier auquel j'ai assisté, m'avait permis de voir de grands spectacles et de côtoyer les professionnels. C'était le coup de foudre pour cet art auquel j'ai décidé de vouer ma vie.
Avez-vous réussi à suivre une formation académique?
A l'époque, j'ai réussi —grâce à l'intervention de Raja ben Ammar, comédienne, metteur en scène qui dansait avec Imed et moi dans Nuit blanche— à obtenir une promesse de bourse d'études de deux ans au CND (Centre national de la danse) en France.
Une promesse, dites-vous ? Et qu'est- ce qui s'est passé?
Mon dossier a été perdu dans les méandres de l'administration du ministère de la Culture.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire que, malheureusement, quelqu'un d'autre, que je ne citerai pas, a profité de cette bourse et il est allé à Paris, à ma place, alors que j'étais sûr de partir.
Apparemment, cet incident ne vous a pas découragé. Vous avez même commencé, dès lors, à faire vos premiers pas dans le théâtre. Comment est-ce arrivé?
Le Théâtre Phou, m'a sollicité pour faire partie de la distribution dans Les raisins de la lune froide, présentée à l'ouverture du Festival international de Hammamet en 1992. Avec la même compagnie, j'ai joué dans Bayaa el hawa, une pièce qui avait, à l'époque, obtenu le premier prix aux JTC (Journées théâtrales de Carthage).
Qu'est-ce que le théâtre vous a apporté?
Un apprentissage nouveau de la scène et des amitiés durables. Mais quelque chose en moi n'était pas satisfaite. Mon expérience au ballet national n'a pas résolu le problème. J'avais droit à un salaire —ce qui n'était pas mal du tout— mais je ne faisais rien et je n'apprenais rien. Le ballet national avait beaucoup de problèmes, et à cause de cela il n'y avait pas de production. En une année, nous n'avons réalisé qu'une seule pièce, intitulée Sans rien, avec Imed Jemâa comme chorégraphe. C'est ainsi que j'ai décidé d'aller au Caire.
Vous voulez dire à l'Opéra du Caire?
Oui, en effet. Walid Aouni, le chorégraphe égyptien d'origine libanaise, nous faisait travailler tous les jours, à la barre classique, comme dans les écoles russes. J'aimais ça. Mais au bout d'une année, je n'en pouvais plus...
Pourquoi?
Walid ne donnait pas l'occasion à ses danseurs de créer. On ne faisait qu'exécuter un travail écrit à l'avance. J'ai dansé dans deux de ses créations. L'une rendait hommage à Néjib Mahfoudh (suite à la tentative d'assassinat) et l'autre à la Palestine. Je n'y trouvais toujours pas mon compte. De retour à Tunis, j'étais prêt à replonger dans l'aventure et le précaire.
Qu'avez-vous fait par la suite?
J'ai joué deux rôles de remplacement, dans Femtalla et Le fou de l'auteur et metteur en scène de Théâtre, Taoufik Jebali, et j'ai incarné l'un des personnages de Mademoiselle Julie une pièce mise en scène par Hichem Rostom.
Et la danse dans tout ça?
Je sentais que le moment était venu de m'essayer à la chorégraphie. Ayant appris, grâce à Raja Ben Ammar et Imed Jemâa, à développer mes propres projets, j'ai décidé de plonger seul dans une nouvelle création. Entre-temps, je suis passé par une mauvaise période de doute...
Vous doutiez de quoi?
Je n'étais pas sûr de pouvoir continuer à rêver. Le danseur-créateur qui sommeillait au fond de moi n'y avait pas le droit. J'ai une famille et des enfants, et je me devais de les nourrir. J'ai même dû travailler en tant que serveur dans un café de l'Avenue Bourguiba. Je gagnais bien ma vie grâce aux pourboires, car j'ai exigé de ne pas avoir de salaire.
Ah bon? Pourquoi?
Pour pouvoir m'absenter quand j'ai une représentation ou une tournée. Je travaillais à «La terrasse» de six heures du matin à trois heures de l'après-midi, et ensuite je partais pour la maison de la culture Ibn Zeidoun, où je répétais. Poussé était mon premier solo, inspiré de mon métier de serveur. Je me rends compte en vous parlant que mon parcours, malgré ses hauts et ses bas, est une suite logique.
De quoi s'agissait-il dans cette nouvelle pièce chorégraphique?
De la situation du danseur en Tunisie, qui ne s'améliore, toujours pas, jusqu'à aujourd'hui. Pire que les autres secteurs, le nôtre est laissé pour compte et demeure le parent pauvre de tous les arts. N'empêche, qu'avec ce spectacle, j'ai réussi à faire une grande tournée dans sept pays du monde.
Qu'est-ce qui a plu aux programmeurs?
Ce qui leur a plu, c'est cette manière de faire qui leur semblait originale et sincère. Je ne savais pas que dans Poussé j'étais déjà à la page, et que ce que je faisais s'appelait de la non-danse. Dans M'hayer sika, c'était différent. J'ai traité du corps à corps dans un univers masculin qu'est le «Hammam». Parmi mes danseurs, j'avais un vrai masseur qui était très performant sur le plan technique...Ce spectacle a gagné le prix RFI (Radio France internationale) et m'a valu une offre de production de la part de «Montpellier Danse», la rencontre la plus importante d'Europe. Mais, malheureusement, je suis passé à côté.
Comment cela?
En cette période où je devais créer Falso, j'étais très agité. Peut-être bien à cause de toutes ces choses positives que je venais d'avoir et de vivre à la fois : le succès de M'hayer sika, une belle tournée, une carte de séjour talents et compétences... Je n'étais pas tout à fait concentré sur le travail. Résultat : le flop total pour Falso qui porte bien son titre.
Avez-vous pris le temps de recadrer les choses?
Effectivement, après toutes ces expériences, je devais créer ma propre compagnie pour être le premier et le dernier responsable de ce que je fais. C'est arrivé suite à mon travail au sein du Teatro Studio. Taoufik Jebali m'avait sollicité pour joindre son équipe de formateurs. Parmi les élèves, il y en avait ceux qui étaient doués pour la danse. C'est avec eux que j'ai monté M'nama, la trilogie.
Qu'avez-vous encore découvert sur vous-même après avoir créé la «Compagnie Néjib Khalfallah»?
J'ai découvert que je suis capable de gérer une compagnie, d'obtenir une aide à la création et de compter sur moi-même pour travailler.
Où en êtes-vous aujourd'hui?
Je vis toujours avec cette terrible angoisse de demain. Je viens d'avoir 46 ans et je ne gagne pas suffisamment d'argent pour subvenir aux besoins de ma famille. Vous connaissez aussi bien que moi la situation de l'artiste dans notre pays. D'autant plus qu'on ne cesse de nous compliquer l'existence. Savez-vous que, désormais, pour avoir une aide à la création, il faut que le spectacle soit fin prêt?!
En effet, cela ressemble fort à une mise en désordre volontaire. Qu'allez-vous faire?
Il faut trouver le moyen de résoudre ce problème. Ceci étant dit, je n'arrêterai pas de danser et de jouer au théâtre comme au cinéma quand l'occasion se présente. Ces jours-ci je suis en plein tournage dans Ksar edahcha ou Le palais des merveilles de Mokhtar Lajimi.
Nous croisons les doigts pour vous.
Merci.


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