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L'éboueur et l'acteur
A propos du théâtre de la ville de Tunis
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 02 - 2014


Par Mohamed KOUKA
L'ouvrier travaille au sens où, pour lui, le produit de son travail n'est pas une fin en soi, mais un moyen de subsistance, et au sens où ce qu'il produit est une valeur d'usage
En amalgamant le métier d'éboueur et celui d'acteur, les fonctionnaires qui président aux destinées de la délégation spéciale de la mairie de Tunis, du haut de leurs préjugés, ne font que poser un problème métaphysique majeur, qui a hanté les philosophes : celui de la nature de la création artistique, depuis Aristote, en passant par Saint Augustin, Thomas d'Aquin, Bacon, Schiller, Schlegel, Kant, Hegel, Croce et jusqu'à Malraux et les autres... Selon Aristote, l'art est «une disposition à produire (‘poièsis'), accompagnée de règles». Produire, c'est «amener à l'existence une des choses qui sont susceptibles d'être ou de n'être pas et dont le principe d'existence réside dans l'artiste (...) Mais puisque production et action sont quelque chose de différent, il faut nécessairement que l'art relève de la production et non de l'action».
Nous sommes loin de la pratique de l'éboueur qui relève de l'action, mais pas de la production... Démesure et excessivité des formes, tensions et contrastes violents, usage de métaphores et de symboles polysémiques à fort pouvoir émotionnel : toute production relève de l'art de l'acteur. Qu'est-ce que l'acte de création artistique ? Si l'art est création, il est un domaine privilégié où ne semble régner aucune des contraintes ordinaires de la technique dans le monde du travail. Les fonctionnaires de la délégation spéciale excluent un tiers important : le spectateur. L'éboueur, lui, n'a pas besoin de spectateur. Ici intervient un élément fondamental, l'expérience esthétique vécue par le spectateur. Elle concerne la manière dont la sensibilité est affectée. Elle ne concerne pas l'objet dans sa réalité objective, mais la subjectivité qui est en rapport avec lui. Or, bien qu'il en soit ainsi, l'expérience esthétique fait intervenir un jugement : «le jugement esthétique ou jugement de goût». Cela nous éloigne un peu de l'éboueur. Ce jugement, nous apprend l'immense Emmanuel Kant dans sa Critique de la Faculté de Juger, se caractérise par le désintéressement : «La satisfaction qui détermine le jugement de goût est désintéressée (...) Lorsque la question est de savoir si une chose est belle, on ne désire pas savoir si nous-mêmes, ou toute autre personne, portons ou même pourrions porter un intérêt à l'existence de la chose, mais comment nous la jugeons en la considérant simplement (qu'il s'agisse d'intuition ou de réflexion)». Simplifions, en présence de la pomme de Cézanne : on n'aurait pas envie de croquer dedans, mais on est saisi par son étrange beauté. C'est ce qui sépare l'acteur de l'éboueur... L'ouvrier travaille au sens où pour lui le produit de son travail n'est pas une fin en soi, mais un moyen de subsistance, et au sens où ce qu'il produit est une valeur d'usage, c'est-à-dire quelque chose d'utile, quelque chose qui sera consommé et dont il a besoin. L'artiste, dans cette perspective, ne travaille pas : le fruit de son activité n'est pas une valeur d'usage, quelque chose d'utile qui sera consommé ou utilisé. Ce qui reste vrai même s'il œuvre pour de l'argent ou s'il le fait à la commande. Il n'appartient pas à la sphère marchande, parce qu'il ne propose aucun bien ni aucun service au sens économique de ces termes. «L'art est distinct du métier. Selon Kant, l'art est dit «libéral», le métier est «mercenaire». On considère le premier comme s'il pouvait obtenir de la finalité (réussir), en tant que jeu, c'est-à-dire comme une activité en elle-même agréable. On considère le second comme un travail, c'est-à-dire comme une activité qui est en elle-même désagréable (...) et peut-être imposée de manière contraignante.» Il faut reconnaître que le drame de la Troupe du théâtre de la Ville de Tunis n'est pas seulement d'ordre financier. Il est beaucoup plus structurel. La Troupe dépérit à vue d'œil. Sous la direction de feu Aly Ben Ayed, le groupe effleurait la quarantaine d'acteurs. Sous ma propre direction, une dizaine d'années après la disparition de Ben Ayed, le nombre n'avait pas beaucoup varié. Aujourd'hui, la Troupe de la Ville de Tunis compte cinq acteurs. Moyenne d'âge : cinquante ans, soit l'âge de notre nouveau Premier ministre (tant mieux pour le pays)... Ceux qui partent à la retraite, ceux qui décèdent, les empêchés par la maladie, ne sont guère remplacés. On perçoit clairement, dans le jeu de la bureaucratie municipale, un choix qui consiste à tabler sur l'extinction naturelle de la Troupe pour effacer cette institution théâtrale emblématique du paysage culturel du pays. Triste fin ! Serait-ce encore un effet secondaire de ces «délégations spéciales» générées par le soulèvement du 14 janvier 2011 ?Cela dit, les hommes de théâtre, les acteurs et les hommes de culture tunisiens ne resteront pas les bras croisés devant l'injustice qui frappe leurs camarades acteurs et ouvriers de la Troupe Théâtrale de la Ville de Tunis.


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