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Walid Haddouk : « Nous n'avons pas su traiter avec les médias »
Reportage - Retour Au QG de campagne du candidat Marzouki
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 01 - 2000

Les heures précédant l'annonce des résultats préliminaires du scrutin du 23 octobre sont une occasion pour les membres de l'équipe de campagne de Marzouki d'aborder les grandes lignes d'une stratégie de communication fondée sur la « spontanéité » de leur candidat. Et de retourner sur les relations difficiles de MMM avec les journalistes. Reportage.
En ce dimanche 23 novembre, les lieutenants du président sortant arrivent les uns après les autres à partir de 17h, dans cet immeuble couleur orangé vif situé dans un quartier populaire de l'Ariana, à deux pas du marché municipal. Ils retrouvent sur deux étages du QG de Mohamed Moncef Marzouki couverts de son poster et de son slogan « Nantasser aw nantasser » (Gagner ou gagner) un groupe d'une vingtaine de volontaires et de sympathisants (voir également notre reportage du 24 novembre). Si le discours des membres de l'équipe de campagne du fondateur du Congrès pour la République (CPR) va du plus modéré au plus « complotiste », ils sont unanimes pour considérer la majorité des journalistes tunisiens comme faisant partie de la machine « contre-révolutionnaire » de l'ancien régime. Cherchant, par tous les moyens, à saboter les chances de leur candidat au profit de son rival principal, Béji Caïd Essebsi. Dans le top five des journalistes les plus détestés par les partisans de Marzouki, on compte Naoufel Ouertani, Sofiene Ben H'mida, Sofiene Ben Farhat, Haïtham Mekki et Hamza Belloumi. Par dépit, un partisan ira jusqu'à lancer dans son groupe d'amis, en riant : « Trois journalistes tunisiens viennent de décéder : c'est Dieu là-haut qui est en train de purifier le secteur des médias ! ».
Jounaïdi Taleb : « Le CPR est un parti en voie de disparition »
Engagé bénévolement dans le poste de directeur exécutif de la campagne, Jounaïdi Taleb a rencontré le Dr Marzouki à Paris en 2004. Il se présente comme « technocrate, expert en management, travaillant et résidant aux Etats-Unis ». C'est lui qui arrive en premier, vers 10h00, au siège de l'Ariana. Les yeux cernés par le manque de sommeil, la barbe, poivre et sel taillée en bouc, à la manière des cadres nahdhaouis, Jounaïdi Taleb, la quarantaine, explique la stratégie du président sortant, dont la plus importante caractéristique consiste à se démarquer de l'étiquette du CPR pour se positionner en tant qu'indépendant et rassembler ainsi le maximum de Tunisiens. « Il nous a donné comme consigne d'éloigner les cadres du CPR des premiers rangs de ses meetings. « Je ne suis plus CPR », nous répétait-il. Le président a raison, cette formation est en voie de disparition, elle n'a plus d'avenir, d'autant plus qu'elle ne possède pas de personnalités de grand calibre. Gagnant, le Dr Marzouki sera le président de tous les Tunisiens. Perdant, il construira une large coalition. Cette coalition-là travaillera dans l'opposition avec toutes les sensibilités et personnalités qui l'ont soutenu afin de créer une troisième voix pour rééquilibrer le paysage politique tunisien», avance J. Taleb.
Notre conversation est interrompue par l'appel de Skander Rekik, homme politique proche des islamistes, qui signale à son interlocuteur la présence à Mahdia et à Sfax de jeunes circulant avec des tee-shirts à l'effigie d'Essebsi. Jounaidi Taleb le rassure : « Toutes les infractions sont relevées et consignées minute par minute par notre pool de onze avocats ». « Nous avons finalement réussi à canaliser toutes les bonnes volontés, qui ont afflué vers nous dès les premiers jours de la campagne et toutes les personnalités marquantes comme Skander Rekik dans les diverses coordinations. Ça n'a pas été une tâche facile. Au début, les VIP qui soutiennent le Dr Marzouki sortaient déçues de nos locaux... », ajoute le directeur exécutif.
Une des missions du cadre fraîchement débarqué des EU a été de suivre l'évolution de la campagne et de la « repositionner vers le centre à chaque fois qu'elle dérapait vers la droite », affirme -t-il. Mission difficile vu le sens de l'improvisation de son candidat et la sensibilité de son électorat pour cette présidentielle puisé dans les réserves populaires du mouvement Ennahdha.
Encore peu rodé aux codes de la langue de bois, J. Taleb admet que des erreurs de langage ont été commises par son candidat, dont l'expression «taghout» (celui qui transgresse la loi de Dieu) utilisée à Msaken le 11 novembre pour qualifier son concurrent direct, Essebsi. Mais ce proche collaborateur de MMM reste fasciné par la trajectoire d'un homme que les intentions de vote pour la présidentielle classaient il y a deux ou trois mois loin, très loin, derrière des personnalités comme BCE, Jebali, Morjane ou Jomaâ...
Adnen Manser : « Que les journalistes arrêtent de jouer aux innocents ! »
Adnen Manser, le directeur de campagne du fondateur du CPR, observe la même « sans cravate attitude » que celle du président sortant. Grillant cigarette sur cigarette, n'arrêtant pas de recevoir des coups de fil, il centralise depuis le matin les informations sur l'évolution de ce premier tour de la présidentielle. « Errais (le président) est le seul candidat à ne pas avoir eu à recruter une boîte de communication pour sa campagne, ni à avoir dépensé des millions sur les panneaux publicitaires géants. Bien qu'élaborée par des volontaires et n'utilisant que très peu de moyens, sa communication a été la plus dynamique. Elle s'est focalisée sur le terrain, le contact direct avec les citoyens et les meetings populaires. Nous avons été également les plus présents sur les réseaux sociaux », explique l'ancien porte-parole de la présidence de la République.
Lui aussi se plaint de la discrimination des médias privés, notamment vis-à-vis de la couverture de la campagne de MMM. Des médias qui, selon Manser, refusent même le droit de réponse à son candidat, particulièrement sur la chaîne Nessma au moment où Kamel Nabli annonçait sa décision de se retirer de la course électorale et encore sur Ettounssiya TV lors du passage de Mohsen Marzouk. Pour A. Manser, ce blocus médiatique n'est pourtant pas appliqué aux moins connus des candidats : « Que les journalistes arrêtent de jouer aux innocents ! Et de nier une prise de parti pour une formation politique particulière. Nous savons que statistiquement, les journalistes qui sont dans le camp de Béji représentent ceux-là mêmes qui soutenaient hier encore Ben Ali. C'est une véritable mafia... ».
Il est 13h20 lorsqu'une communication urgente semble capter toute l'attention du directeur de campagne. Il s'éloigne avec son portable pour parler. Nous saurons par la suite que cet appel concernait probablement l'épisode où le président sortant avait été hué peu après midi par des supporters de BCE lors de son passage au bureau de vote de Sousse. Nous l'interrogeons sur la stratégie du second tour. « Nous nous sommes retenus jusqu'ici de répondre aux attaques de notre principal adversaire. Au second tour, nous changerons de tactique. Nous révèlerons des tranches du passé de Béji, un homme, qui a pris part à des opérations de fraude électorale».
Sonia Zakraoui : « Marzouki défendra tout le monde, y compris les homosexuels »
L'une des rares femmes de l'état-major du président encore en exercice MMM s'appelle Sonia Zakraoui. C'est une parfaite francophone. Normal, la dame travaille à l'Institut français de coopération. Etudiante à la faculté de Médecine de Sousse, elle a connu Dr Marzouki en 1982, à la faveur du cours qu'il y dispensait en médecine communautaire. Il y a quelque temps, elle adhérait à un groupe sur Facebook : «Pour la Tunisie. Les Amis de Moncef Marzouki». La participation aux discussions de ce groupe formé de 150 personnes « qui cherchent à ancrer la démocratie en Tunisie », soutient-elle, la pousse à s'engager dans l'équipe de campagne du président sortant. « Moncef Marzouki est le seul à pouvoir poursuivre le processus démocratique. Il a toujours protégé les droits des uns et des autres. Certes, nous avons remarqué la présence des Ligues de protection de la révolution (LPR) lors de nos meetings. Je suis allée une fois leur parler et ils m'ont confié qu'ils avaient peur de se retrouver bientôt en prison si les gens de Nida accaparaient tous les pouvoirs. On n'a pas le droit de les exclure, car ils risquent de se radicaliser. Dr Marzouki défendra tout le monde, y compris les homosexuels ! », s'exclame Sonia Zakraoui. La dame semble vouer une admiration sans limite au Raïs, « un homme à la fois accessible et d'une grande empathie pour les gens démunis », insiste-t-elle. « Lorsque je lui propose de s'offrir un costume d'une gamme supérieure, il me répond : « Non je ne me permettrais pas une telle dépense alors que le SMIG du Tunisien est de 300D ! », ajoute Sonia Zakraoui.
Walid Haddouk : « Marzouki a repris le modèle de Bourguiba »
Ce financier de 26 ans, travaillant dans le privé, membre du Conseil national du CPR, est l'une des chevilles ouvrières de la campagne du président sortant. On l'a vu, ces dernières semaines, à plusieurs reprises intervenir sur les plateaux de télévision pour défendre les couleurs de son candidat. Walid Haddouk fait une incursion rapide au QG vers 18h00 avant de repartir pour une interview sur France 24. Il raconte la grande déception à la suite de l'annonce du score très bas du parti fondé par le Raïs aux législatives, puis l'effort de remobilisation des gens pour attaquer la présidentielle. Ensuite, la mise en place d'une feuille de route pour la campagne. Une stratégie conçue pour atteindre le maximum de l'électorat de MMM, planifiée également en fonction des liaisons difficiles qu'il entretient avec les médias. « Oui, il y a eu des dérapages dans le langage du Dr Marzouki. Ils sont inhérents au fait qu'il s'agit d'une campagne populaire et directe qui a couvert les places, placettes, rues, cafés. Notre candidat s'est adressé aux Tunisiens avec spontanéité sans chercher à préparer au préalable son discours. Marzouki a en fait dans sa communication repris le modèle de Bourguiba », fait remarquer le jeune financier. Walid Haddouk reconnaît toutefois : « Je pense que nous sommes responsables des relations difficiles entretenues avec une presse qui se cherche encore dans ce climat de transition démocratique. Nous n'avons pas su traiter avec les médias ! ».


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