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L'insoutenable légèreté de la révolution
Propos de culture et d'inculture
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 01 - 2000


Par Habib Bouhawal
Il était une fois la révolution au Portugal. C'était le 25 avril 1974, un jour de marché où les œillets étaient de saison. Le rouge éclos de la fleur, devenu parure de ralliement, ne se contenta pas d'embraser, pacifiquement, le pays lusitanien, il se propagea en Europe et sa grâce toucha l'Espagne franquiste et la Grèce des colonels, de même que les pays de l'Est et ceux d'Amérique latine. L'œillet, ce jour-là, vint à bout de presque un demi-siècle d'une dictature impitoyable imposée de main de fer par Salazar, auprès duquel Ben Ali ferait figure d'enfant de chœur.
Le lot de la résistance opposée à ce régime fut les incontournables parties de chasse aux sorcières suivies de ses cortèges d'arrestations, de tortures et les épisodes d'horreur dont fait preuve toute dictature qui se respecte.
Claudio Torres compta parmi les résistants à l'Estado Novo, l'Etat nouveau. Il est archéologue et l'un des plus grands spécialistes de l'art islamique. Persécuté à l'époque, il ne dut son salut qu'à l'exil forcé. Accompagné de sa femme, enceinte et de quelques compagnons d'infortune, ignorant tout de la navigation, il embarque sur une « patera » , ce fameux bateau de l'immigration clandestine et traverse le détroit de Gibraltar pour gagner le Maroc. Lui et sa femme furent les seuls rescapés d'une dramatique et fatale traversée. Rentré au Portugal après la révolution, il réunit un groupe d'amis qui partagent les mêmes passions et qui rêvent de folles entreprises, non pas pour fonder un quelconque parti politique que désormais la nouvelle démocratie autorisait, mais pour s'atteler à un projet unique et audacieux. Mertola, une bourgade oubliée du sud du pays, aux innombrables vestiges et au passé prestigieux remontant à l'époque islamique, éprouvée par l'ingratitude du temps et ravalée au rang de presque ville fantôme, fut leur point de chute et objectif. En quelques années d'inlassables fouilles et de restauration adaptée rigoureusement au cachet du site, la ville renaît de ses cendres et devient un centre historique, une ville musée et une destination touristique privilégiée, mais aussi un immense chantier qui recrute presqu'exclusivement de jeunes chercheurs, diplômés en diverses spécialités ou stagiaires. Ce nouvel Eldorado, né d'une volonté citoyenne, nous prouve en ces temps de supercherie révolutionnaire qu'une révolution est, avant tout, une conscience commune qui émerge soudain de sa léthargie. L'éveil à de nouvelles perspectives de vie est son corollaire, et si elle n'est pas porteuse de projet majeur, elle devient une fraude historique, et un alibi pour imposteurs.
Le printemps confisqué
Aux œillets, nous avons opposé le jasmin et crié à la révolution. Nous avons même fabriqué un printemps en plein janvier. De toutes pièces. Une nouvelle race de hérauts occupa le pavé et les véritables héros furent sciemment oubliés. Il fallait subir ces nouveaux visages télévisés diffusant de faux émois révolutionnaires et paradant au rythme de douteuses inflexions patriotiques. Et que de fois il nous arrivait de recenser, parmi la foule, de nouveaux convertis, de faux dévots se frayant effrontément un passage pour se partager ce nouveau bien mal acquis qu'est la révolution. Dans cet inopiné marché aux vedettes, les places se disputent chèrement et les heureux usurpateurs les occupent d'autorité. Ils sont journalistes, acteurs, artistes, poètes, et, bien sûr, militants des droits de l'Homme et politiques divers. A croire que nous sommes devenus une de ces villes frontières de ce fameux Wild West américain, où toute la fripouille se donne rendez-vous. Escrocs, tricheurs et mauvais garçons, encouragés par des systèmes de loi délétères et une permissivité quasi généralisée.
A défaut d'hirondelles, notre printemps a attiré les oiseaux de proie. En trois ans, nous avons touché le fond et les responsables de ce chaos organisé se sont, depuis, bien installés, intouchables et médiatisés, au détriment des seuls perdants, ceux qui ont cru faire cette révolution, ceux qui ont payé de leur vie cette arnaque printanière.
Mais il est encore temps pour le dernier bataillon des soldats de la conscience, intellectuels, penseurs, poètes du destin et créateurs d'espoir, de sortir enfin de l'ombre et de livrer la seule bataille qui s'impose actuellement, celle du changement véritable, celle de la nouvelle conscience, celle qui rendra enfin possible la transmutation du plomb qui nous a toujours alourdis, en or, cet or qui est quelque part en nous.
Claudio Torres n'a pas demandé de compensations et n'a pas affiché ses années de résistance tels de vulgaires mendiants qui étalent leurs réelles ou supposées infirmités. Tels ceux qui se présentent, en toute indécence, au-devant du peuple, pour monnayer leurs années de prison ou d'exil, d'autant plus que faire de la prison ou de la lutte armée n'a jamais constitué en soi une reconnaissance de savoir-faire politique.
Non, mesdames ! Non, messieurs! Le peuple ne vous doit rien, mais vous, par contre, vous lui devez énormément, et surtout une culture révolutionnaire, une culture où les premiers, vous donnerez l'exemple qui valorise, et tracerez la voie pionnière vers de nouveaux états de conscience. Détruisez votre temple et cessez d'en être les frauduleux marchands. Ce pays a besoin de concepts bâtisseurs et de mentalités capables comme je l'ai souvent dit, de miracle et d'une culture du miracle.
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PS. Sur la révolution des œillets, voir l'excellent roman de Pascal Mercier, Un train de nuit pour Lisbonne, adapté au cinéma sous le même titre,par Bille August.


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