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Les Tunisiens de Paris ne veulent pas de la société que les assassins de Chokri Belaid veulent nous imposer
Publié dans Leaders le 26 - 02 - 2013

A l'heure où un nouveau gouvernement s'apprête à prendre en main les destinées de la Tunisie- au cas où il sortirait enfin des limbes avec le forceps d'un ministre de l'Intérieur qui ne fait pas l'unanimité (1)- il faut espérer qu'il ne prendra pas exemple sur ceux qui se prétendent les parangons d'un Islam pur et dur…lequel n'a rien à voir avec la foi tranquille des Tunisiens mais dont les tenants sont capables des pires méfaits.
Sur les premières pages des journaux, l'image est là, presque effrayante : dans une immense pièce sans âme, un vieillard cacochyme–qui continue à arborer une barbichette noire de jais malgré ses 90 ans - fait un vague geste de la main à une masse longiligne verticale devant lui. Un vague bouquet de fleurs devant le vieillard n'arrive pas à atténuer la froideur de l'ensemble. De quoi s'agit-il ? De la prestation de serment des trente femmes – pour la plupart entièrement voilées- que Sa Majesté le Roi, possesseur du royaume d'Arabie, a consenti – quelle audace !- à nommer au Majlis Choura (Tiens ! la même dénomination qu'Ennahdha qui veut décider du sort de tous les Tunisiens !)qui comprend un total de 150 membres, tous désignés. Bien entendu, Sa Majesté ne leur a pas serré la main. Comme rien n'est supposé innocent chez ces gens, ce geste est considéré comme obscène là-bas ! Ces femmes auraient pu dire à Sa Majesté : « Nous avons les mains propres !» comme l'a dit la ministre de la santé belge en colère,Laurette Onkelink,à son homologue israélien YaakovLitzman qui refusait de lui serrer la main à Genève, en mai 2012. Cet homme était un ultra-orthodoxe ashkénaze qui, chaque matin, au réveil dit : « Merci mon dieu de ne m'avoir pas fait femme » et pour lequel seuls les « Craignants dieu », ces hommes en noir, les haredim, sont les seuls et uniques dépositaires de la Vérité Absolue.
Que penser de l'entrée de ces femmes au Majlis saoudien ?Abdelbari Atwèn, dans Al Qods al Arabi (20 février 2013, première page) souligne qu'il s'agit là d'un non-évènement, de la poudre aux yeux car cette formation –entièrement nommée- est purement consultative. Elle n'examine pas le budget, n'a aucun pouvoir législatif et ne peut interroger les ministres… De plus, la situation n'est pas près de changer, comme l'a explicitement dit le nonagénaire à la barbichette noire. L'éditorialiste d'Al Qods fait des gorges chaudes à propos de ces trente femmes qui ne peuvent conduire leur voiture et qu'on va parquer dans un espace spécial pour qu'elles ne puissent se mêler à leurs collègues masculins. On imagine les difficultés de la situation pour intervenir, pour échanger des documents, des points de vue…Atwèn insiste sur le fait qu'apparemment, c'est l'establishment religieux qui s'oppose à la conduite des voitures par la gent féminine mais il montre en même temps que le pouvoir, quand il le veut, peut contourner toutes les oukases des imams. C'est ainsi que lors de l'invasion du Koweït par Saddam Hussein, ces derniers se sont opposés à l'arrivée de soldats américains et européens en Arabie mais la famille royale est arrivée à ses fins en faisant prononcer les fatwas nécessaires! On ajoutera qu'il y a eu peut être pire quand les gendarmes français ont pu entrer dans l'enceinte sacrée même du Haram Echarrif à la Mecque–« après une brève cérémonie de conversion à l'Islam »(!!) selon Henry Laurens, professeur au Collège de France lors de son cours le 3 novembre 2010- pour déloger les insurgés. Entre les mains du pouvoir, on peut faire dire ce que l'on veut à la religion ?! Tartuffe et ses acolytes ne parlent-ils pas d' « aménagements avec le Ciel » ? Du reste, s'agissant du rôle de la femme en terre d'Islam, pourquoi parviennent-elles aux plus hautes fonctions au Pakistan et au Bangladesh alors qu'il leur est interdit de mettre les mains sur un volant ailleurs(1) ?
Est-ce cette société que veulent nous imposer les assassins de Chokri Belaïd ?
Non. Nos compatriotes aspirent à une société civile où prime la liberté de conscience et oùsont bannis la théocratie et le despotisme. Ils aspirent à une société respectueuse de la Déclaration Universelle des droits humains de 1948, ces droits qui ne sont ni européens ni importés. Une société où la justice s'applique également à tous et n'exonère pas les hommes de « religion » comme on l'a vu récemment en Arabie où un célèbre téléprédicateur Fayhan Al Ghamdi a torturé, brûlé et tué sa fillette de 5ans… et qui, au bout de seulement quatre ans de prison, vient de retrouver la liberté après avoir écopé d'une simple amende, semble-t-il ! Ce « saint homme » préconisait le port du voile intégral à tous les bébés de sexe féminin, à l'instar de ce prédicateur qui a exercé ses talents à Zarzis récemment sans qu'Ennahda ne prenne position sur de telles aberrations et de telles monstruosités.
Autres cieux, même drame ! Là où la loi divine est invoquée pour diriger les humains comme dans la Turquie de M. Tayyip Erdogan- admiré, paraît-il, par M. Hamadi Jebali- on emprisonne plus de mille étudiants pour avoir protesté contre la hausse des droits d'inscription, on embastille 108 journalistes, 8 députés d'opposition, des universitaires et des leaders de partis politiques. Certains croupissent en prison depuis plus de 4 ans, sans jugement, dans le sinistre pénitencier de Silivri, spécialement construit pour couper du monde les opposants au régime islamiste.
« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » s'étonnait le poète Louis Aragon.
Au cours de ma lointaine jeunesse, on calligraphiait régulièrement des « hadiths » et j'ai toujours eu une faiblesse pour celui qui disait : « Tu n'es un bon musulman que si tu désires pour les autres ce que tu veux pour toi-même. »Transportée par la relative victoire d'Ennahda, Mme Soumaya Ghannouchi- la fille de son père- a osé déclarer : « Mon père a souffert, au tour des autres de souffrir » donnant raison à Raymond Aron, le grand politologue français qui disait :« La défaite est un bon maître d'école, la victoire est un philtre énivrant »On appréciera la générosité du propos de Mme Ghannouchi Abdessalem. Le Jha de la fable professait : « Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais. » et n'est-ce pas là la quintessence de l'hypocrisie ? Comme elle est loin, cette pauvre Mme Soumaya Ghannouchi, de la maxime de Baden Powell, fondateur du mouvement scout qui enseignait: « La seule façon de trouver le bonheur, c'est de le donner. »
Est-ce cette société que veulent nous imposer les assassins de Chokri Belaïd ?
Non, décidément. Lundi soir à Paris, au théâtre Déjazet, trop petit pour contenir tous les Tunisiens et leurs amis venus en masse- malgré la neige fondue et le froid- pour signer et lancer la campagne internationale « Pacte de Tunis pour les droits et des liberté ».Ce Pacte a été proposé par l'Institut Arabe des Droits humains le 25 juillet dernier, la LTDH, l'UGTT, les associations d'immigrés…Ce soir-là donc, dans un magnifique élan de ferveur patriotique servi par des intervenants de grande qualité, jeunes et moins jeunes de toute condition, ils ont encore défendu la liberté d'expression et de création et l'égalité homme-femme. Emus, les Tunisiens de Paris-après ceux de Grenoble- ont bu les paroles deBasma Khalfaoui et rendu un vibrant hommage à son courage et à sa combativité pour une Tunisie moderne, démocratique et ouverte, une Tunisie civile dans laquelle les valeurs de la République et des Droits humains s'imposeraient à tous. Conçu en neuf articles, le Pacte est « un compromis entre les acquis universels en matière de droits de l'homme et de liberté, les traditions civiles du peuple tunisien et le patrimoine culturel, religieux, constitutionnel, juridique ». Les signataires veulent son inclusion dans le préambule de la Constitution en cours d'élaboration au Bardo. Le Pacte de Tunis vise en outre à assurer « la protection des libertés et des droits proclamés et à rompre de manière irréversible avec le despotisme. »
Repose en paix camarade Chokri ! Au pied de la statue de la République à Paris - cette statue qui tient dans sa main droite un rameau d'olivier, symbole de paix et dans sa main gauche, la tablette des Droits de l'homme, cette statue qui a si souvent étendu son ombre tutélaire sur les luttes de la classe ouvrière que tu chérissais tant- lundi soir, tes idées ont résonné avec vigueur et insufflé aux très nombreux Tunisiens de France la force de ton dynamisme et de ta défense du droit des Tunisiens à la démocratie et à une vie digne.
(1 )A l'heure où il entame les négociations pour former un nouveau gouvernement, que M. le ministre de l'Intérieur nous permette de citer François Mitterrand parlant de ses prédécesseurs à la tête du pouvoir en France : « Parvenus au premier rang, mais incapables de trouver en eux-mêmes la force de créer un ordre nouveau, tournés vers le passé, ses usages et ses rites, ils se dépêchèrent d'imiter l'ordre ancien…Ce n'est pas par excès de démocratie que la Quatrième République a dépéri mais par peur de la démocratie, par timidité à l'égard du peuple. » M. Le Ministre, svp, soyez démocrate, usez et abusez de la démocratie et souvenez-vous, le philosophe Jacques Derrida affirmait lui-aussi : « Etre démocrate, ce serait agir en reconnaissant que nous ne vivons jamais dans une société assez démocratique. »


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