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La Tunisie a mal à sa classe politique
Publié dans Leaders le 04 - 07 - 2016

Plus de cinq ans après la révolution, les Tunisiens ne voient rien venir de tout ce qu'on leur avait promis pour améliorer leur condition sociale. Ils ont certes la démocratie et la liberté d'expression dont ils usent tout leur soûl, mais ces acquis ne nourrissent pas leur homme. La révolution tel un ouragan avait tout balayé sur son passage. S'il est facile de déconstruire, la reconstruction s'est s'avérée problématique. Face à la complexité de la tâche, les Tunisiens replongent dans la sinistrose et se remettent à pratiquer la méthode Coué à l'envers, en recourant à l'autoflagellation, comme s'ils voulaient guérir le mal par le mal. Faute de résultats probants, ils tombent dans «l'à-quoi-bonisme». S'ils croient encore à quelque chose, c'est à la fatalité de l'échec. Et s'ils perçoivent une lueur d'espoir si mince soit-elle, on peut faire confiance à la presse et aux «experts en tout», véritables prophètes de malheur pour les rappeler à la dure réalité. Il n'est plus question que de mauvaises nouvelles : la gestation difficile du gouvernement d'union nationale, la persistance de la menace terroriste, la crise économique, les rumeurs persistantes de faillite de banques, la débandade du dinar, l'insécurité dans les grandes villes, la montée de la corruption, sans oublier de la énième crise de Nidaa Tounès. Même les affaires de droit commun ne sont plus ce qu'elles étaient: des vols à la tire on est passé au grand banditisme avec des braquages de plus en plus audacieux et des crimes qui rivalisent d'horreur.
La source du malheur tunisien
Six gouvernements ne sont pas parvenus à redresser l'économie du pays, comme si c'était la quadrature du cercle. A quoi attribuer cet échec ? A l'incurie du gouvernement incapable de démêler l'écheveau d'une crise dont la gravité est d'une ampleur sans précédent ? Certes, mais aussi et surtout à cette "bande des quatre", UGTT, Front Populaire, Nidaa Tounès et Ennahdha, acteurs incontournables de la vie politique tunisienne, mais aussi source du malheur tunisien. Chacun d'eux se dit soucieux de la stabilité du pays, mais agit selon ses propres intérêts.
L'UGTT est la principale force du pays comme le clament ses adhérents. Au nom des services qu'elle estime avoir rendu au pays depuis la lutte nationale, elle se croit autorisée à agir à sa guise. Ses syndicats de base à l'intérieur sont les véritables maîtres du pays : Ils peuvent décréter une grève, observer un sit in, demander et obtenir le renvoi du gouverneur sans que la direction à Tunis émette la moindre réserve. Face à ces dérives, les journalistes observent un mutisme total, au nom du politiquement correct:"On ne critique pas la classe ouvrière". Ses revendications sont autant d'oukases et quand elle condescend à négocier, c'est, dans la plupart des cas, pour arracher un accord léonin au gouvernement, tout en sachant que celui-ci devra, pour honorer ses engagements, puiser dans les crédits alloués généralement aux projets de développement. Elle rejette la trêve sociale proposée par le chef de l'Etat, tient à être consultée sur toutes les décisions: les programmes scolaires, l'âge de la retraite, le déficit des caisses sociales, les nominations de ministres.
Aujourd'hui, l'UGTT, c'est une organisation qui dispose d'un Etat. Jamais sans doute dans l'histoire, un syndicat n'aura été aussi puissant, pas même les syndicats américains AFL-CIO dans les années 50 et 60, du temps de George Meany, ou la CGT française de l'immédiat- après-guerre. Comme l'appétit vient en mangeant, elle réclame maintenant une institutionnalisation du dialogue social où elle aurait probablement le beau rôle. Nettement marquée à gauche, plus proche de Bakounine que de Ferhat Hached dont elle se réclame pourtant, l'UGTT donne l'impression, parfois, par son anticapitalisme primaire, ses relations tendues avec le patronat, son activisme revendicatif qui rebute les investisseurs tunisiens et étrangers et son irréalisme d'être un Front populaire bis dont elle est d'ailleurs proche idéologiquement.
Le parti avant la patrie
Ah le Front populaire! C'est le réceptacle de nos illusions, l'exemple-type de la gauche archaïque. Sa logorrhée pseudo révolutionnaire nous rappelle notre jeunesse. Quand on entend ses dirigeants pourfendre «le grand capital», «l'impérialisme américain"» ou «les institutions financières internationales», on a l'impression de feuilleter ces ouvrages de la Petite Collection Maspéro,où nous nous abreuvions des idées des maîtres-penseurs de l'époque et de revivre cet univers manichéen dans lequel nous nous étions enfermés.
Depuis le chute de l'URSS, tout le monde a évolué sauf le Front populaire. il reste accroché à ses vieilles lunes, la lutte des classes et la dictature du prolétariat. même si, officiellement, il y a renoncé. Il se dit prêt à gouverner, mais que ne l'a-t-il pas fait plus tôt, au lendemain des élections législatives, lorsque le parti vainqueur lui avait proposé d'entrer au gouvernement. Soucieux de sauvegarder leur pureté révolutionnaire, ses dirigeants étaient paniqués rien qu'à l'idée d'être confrontés à l'épreuve du pouvoir. Leur refus de prendre part aux consultations sur le gouvernement d'union nationale après avoir remué ciel et terre pour y participer, procède de la même logique. Parti des mécontents, le FP l'est et le restera. Il se complait dans sa fonction tribunitienne. Sa ligne de conduite est simple: «pour tout ce qui est contre, contre tout ce qui est pour». Avec ses 15 députés obtenus grâce à un code électoral inique (9% des sièges alors qu'ils n'a remporté que 3,5 % des voix aux élections) et sa stratégie de la tension, il conserve une capacité de nuisance non négligeable tant à l'assemblée que dans la rue. Principal parti d'opposition, il est de tous les mouvements de protestation: dans le bassin minier, à Kerkennah, Séliana. Commentaire d'un homme politique: il ne fait pas de l'opposition, mais de la résistance.
Le blocage de la vie politique
A l'autre bout de l'échiquier, deux partis se partagent le pouvoir, le premier Ennahdha se dit un parti civil mais avec référent islamique. Cette décision annoncée avec fracas lors du Xe congrès a été présentée comme une concession majeure sur l'autel de la paix civile. La prédication est confiée aux prédicateurs alors que le parti se limitera à un rôle politique. L'émotion a été si grande chez les militants de base que la direction du parti a dû relativiser : «c'est une spécialisation, on se contentera d'une activité politique, mais on ne deviendra pas pour autant, un parti laïque». En réalité, il s'agit d'une mesure cosmétique qui ne porte pas à conséquence. Ennahdha n'est pas près de se débarrasser de ses fondamentaux, ni de ses travers : sa propension à se considérer comme le défenseur patenté de l'islam, le double langage, la pratique de l'entrisme qui lui a tant réussi par le passé : il est partout, dans l'administration, l'enseignement, chez les agriculteurs, les scouts, dans les mosquées (cela va de soi) et dans les associations. Seules l'armée et la police ne sont pas encore garanties comme l'a déploré un jour Ghannouchi. Mais le Grand remplacement à la sauce nahdhaouie est en marche. Enfin, last but not least, ni le cordon ombilical qui le rattachait aux «Frères musulmans» n'a été coupé, ni son allégeance à la confrérie depuis 1975 rompue.
Sous le gouvernement Essid, Ennahdha a cumulé les avantages d'un parti au pouvoir en participant à l'élaboration de la politique nationale et ceux d'un parti d'opposition, en se démarquant de temps en temps de telle ou telle décision qui ne fait pas l'unanimité. Elle ne dispose que d'un ministre et d'un conseiller auprès du chef de gouvernement avec rang de ministre. Ils seront au moins quatre dans le prochain cabinet. La voie royale du pouvoir lui est grande ouverte. Il a déjà entamé sa reconquête, au pas de charge, avec en point de mire les élections municipales. Il faut commencer par le pouvoir local. Le reste suivra. Pour ce faire, 16000 militants ont été mobilisés et quand on sait la discipline et le dévouement des militants, on peut être sûr du résultat.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le grand vainqueur des élections, Nidaa Tounès, est aussi celui qui en a pâti le plus. On était bien conscient de ses fragilités, notamment son caratère hétéroclite et l'ambition dévorante de ses cadres, mais on avait cru que le bon sens et un minimum de patriotisme finiraient par l'emporter. Malheureusement, ces cadres étaient dépourvus des deux. Officiellement, ce parti est le chef de file de la coalition gouvernementale et Habib Essid, censé être proche de lui, sinon son candidat. Pourtant, Nidaa n'a jamais cessé de le saboter surtout au cours des derniers mois et d'essayer de l'acculer à la démission avec le même acharnement qu'ont mis ses militants à s'autodétruire. A l'épreuve du pouvoir, ce parti a montré un visage différent de celui de la campagne électorale, faisant litière de tous les principes et les valeurs qu'il prétendait défendre. Ce faisant, ses cadres se sont discrédités et ont donné de la politique et des politiciens une image négative, tout en rendant un fier service à leurs adversaires, privant par là-même la scène politique d'un parti séculier fort qui aurait fait pièce à Ennahdha.
Plus de cinq ans après la révolution, la Tunisie a mal partout: à ses élites, à ses journalistes, à sa classe politique et surtout à ce quatuor censé donner l'exemple, mais qui a fait main basse sur le pays et plongé les Tunisiens dans un abîme de désespoir. Il n'aura pas peu contribué à affaiblir l'Etat et à enfoncer davantage le pays dans la crise. Il est, aujourd'hui, le principal responsable du blocage de la vie politique. Avant la révolution, les Tunisiens se désintéressaient de la politique. Aujourd'hui, ils en sont dégoûtés.
. Plus que jamais, le «tous pourris» est d'actualité.


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