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Afef Daoud : Youssef Chahed ou le retour aux vérités partielles
Publié dans Leaders le 31 - 07 - 2018

L'intervention du chef de gouvernement devant le parlement interpelle. Il se positionne en homme seul et contre le système et il prend comme base de référence pour le bilan du gouvernement 2016. On en oublierait presque qu'il est du parti qui a pris le pouvoir en 2014 et qu'il était lui-même membre des gouvernements précédents (comme secrétaire d'état et ensuite comme ministre).
Partons de l'hypothèse que la Tunisie est un pays « exceptionnel » et comme il l'a dit, oublions les partis, et regardons les performances personnelles de chaque « Premier Ministre ». Ce qui étonne, c'est l'image partielle que notre chef du gouvernement a dépeint en employant des indicateurs économiques tronqués. Si on peut louer la nécessité de donner une impulsion positive afin de remonter le moral des acteurs économiques, il ne suffit pas d'afficher quelques chiffres positifs soigneusement choisis pour se permettre, tout en rappelant au bon peuple l'importance d'être rigoureux, de proclamer l'éclatant succès de son mandat dans tous les domaines.
Par souci de rigueur justement, ci-dessous quelques indicateurs qu'il convient de ne pas omettre lorsqu'on parle d'économie d'un pays:
* Touchant directement les finances du citoyen, l'inflation est un indicateur d'une importance vitale, si on s'adresse au peuple et qu'on veuille donner une vision complète et honnête du bilan du travail gouvernemental. Même si on le compare seulement à 2016, personne ne sera bien surpris d'apprendre que l'inflation est passée de 3,7% en juillet 2016 à 7,8 % en juillet 2018, son niveau le plus élevé depuis 1991.
* L'augmentation des exportations dont se réjouit le chef du gouvernement, de l'ordre de 8,6% en volume (à prix constant), est bien réelle. Par contre Monsieur Chahed semble avoir oublié quelques éléments de l'équation quand on parle de commerce extérieur. Il ne suffit pas de citer les exportations, mais on se doit de parler des importations et surtout de la balance commerciale (écart entre exports et imports, chose pour laquelle Trump par exemple est parti en guerre contre l'UE, la Chine et le Canada). Il est donc important de noter que la balance commerciale est déficitaire de 8165 millions de dinars au 30 juin 2018 contre un déficit de 7535 millions de dinars une année auparavant. Et si on se réfère à une année complète, le déficit commercial est passé de 12620 MD en 2016 at 15592 MD en 2017.
* Le troisième élément important en termes de commerce extérieur est le cours de la monnaie. Youssef Chahed a aussi oublié de nous parler de la chute de dinar, qui passe de 2,45 TND pour un euro en juillet 2016 à 3,05 aujourd'hui.
* La dette publique quant à elle a augmenté de 60,3% du PIB en 2016 a 70 % en 2017 et il est prévu qu'elle reste à ce niveau voire qu'elle augmenter à la fin de 2018. D'ailleurs, à ce titre, le chef du gouvernement ne signale aucun usage rigoureux de ces fonds pour l'investissement ou le développement et il suffisait d'écouter le ministre du développement international le matin même pour voir que l'usage de l'endettement est lié au déficit de la balance de paiement bien plus qu'à l'investissement public.
* En ce qui concerne le climat des affaires, reférons-nous au rigoureux classement Doing Buisness établi par la Banque Mondiale :la Tunisie y a perdu 10 places. Elle passe du rang 78 en 2017 à 88 en 2018. Il est aussi important de noter qu'en février 2018, la Tunisie a été placée sur la liste noire des pays exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme de l'Union Européenne.
La liste des indicateurs est encore longue, mais on peut finir par les déficits des caisses de retraites, qui posent un sérieux problème humain, social et financier. Si on veut s'en tenir aux chiffres, il suffit de rappeler que le déficit des caisses a doublé sur les deux dernières années (et cela affecte la CNAM etc.)
Le chef de gouvernement aurait pu être franc avec les Tunisiens, leurs tenir un discours direct et même parfois positif parce qu'il y a quelques signes positifs qu'il convient de saluer, mais malheureusement, son discours était inutilement pompeux et effarant par son vide absolu tant sur le fond que sur la forme ! Si le Chef de gouvernement pensait faire preuve d'un nouveau style « jeune, rigoureux et audacieux », il a complètement raté son effet, du moins dans cette intervention:des formules creuses, des vérités partielles et un ton “donneur de leçons”. Cela sent vraiment les vieilles recettes datant d'un système éculé, de vieux discours ressassés par un jeune, qui inspirent le désespoir et la peur et ne donnent aucune perspective dans l'avenir, plutôt que l'optimisme et la foi dans le changement ! Il ne suffit pas d'être jeune etde brandir quelques chiffres partiels et partiaux pour incarner le renouveau.
Si le Chef de Gouvernement pensait faire preuve d'audace, cette audace se limite à manifester son opposition à une personne sans affronter tout le système,sans parler de l'audace de formuler une nouvelle vision et de proposer une nouvelle direction au pays !
Un véritable renouveau implique un changement dans la méthode et la manière de faire la politique : il suppose un engagement crédible basé sur des valeurs solides.La Tunisie mérite beaucoup mieux qu'une guerre de tranchée entre deux personnes du même camp (n'oublions pas que notre Youssef Chahed est bien issu de Nidaa Tounes et qu'il a présidé le groupe des 13 qui a légitimité et installé, loin des procédures démocratiques, Hafedh Caïd Essebssi a la tête de son parti).
Il faut certes qu'on pense à l'intérêt du pays, et le plus tôt sera le mieux. Maintenant que le vieux fils a gagné un pari contre le fils du patriarche, serait-il possible de se mettre au travail sérieusement ?
Trêve de critiques : laissons au “Premier Ministre” le bénéfice du doute : Il lui reste 18 mois pour faire preuve d'avancées plus concrètes de son action et de développer une vision. Il est encore possible de non seulement amorcer des réformes mais peut-être même d'obtenir des résultats si une ambition cohérente, accompagnée de la volonté et la pédagogie nécessaire, est élaborée.
Cependant, Il me semble impératif de ne pas tomber dans le schéma classique d'imposer, sans le moindre consensus, des recettes d'austérité économique qui se sont révélées inefficaces notamment dans nombre de pays de la zone euro mais également en dehors de celle-ci.
Lors des 18 prochains mois, le gouvernement devra au moins rendre compte de ses progrès dans les chantiers suivants (et la liste est loin d'être exhaustive) :
* Ne pas faire exploser la précarité et la pauvreté du pays : Le principe directeur de redonner de la sérénité aux citoyens doit dicter l'ensemble des réformes à entreprendre,
* Assainir prudemment les finances publiques et améliorer la gestion des ressources de l'Etat et ses dépenses, en ayant une lecture globale des enjeux humains et sociaux (réorienter et maitriser les caisses de compensation, maitriser les importations, reprendre la réforme des taxes etc.),
* Maitriser l'inflation dans le pays en attaquant l'ensemble de ses sources
* Engager rapidement une large discussion sur la réforme des retraites accompagnée d'une information digne d'un débat démocratique de cette importance. Il ne faut surtout pas se contenter de réformettes paramétriques visant un rééquilibrage financier à court terme. Elles sont condamnées à devenir caduques dans quelques années alors qu'elles affecteront durablement et très inégalement l'ensemble des citoyens.


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