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Tunisie: Gouvernement de compétences ou échec de la démocratie ?
Publié dans Leaders le 04 - 09 - 2020

Par Emna Ben Arab - Dans une saine démocratie, le gouvernement est l'émanation d'une majorité législative absolue ou d'une coalition de plusieurs partis qui acceptent de coopérer pour la mise en œuvre d'un programme qui traduit la volonté des électeurs. Il arrive cependant qu'une coalition fondée sur le consensus soit fortement ébranlée par des luttes politiciennes et se délite en un tragique fiasco de gouvernements qui se montrent incapables d'assurer un meilleur bien-être à leur population, et se termine par un éclatement retentissant, plongeant le pays dans un surcroît d'incertitude.
Depuis les dernières élections, les Tunisiens ont vu défiler trois CDG, ou plutôt deux, car le premier est resté au stade du virtuel et n'a finalement connu que le court statut d'un postulant défaillant. Son successeur, se trouvant en plein dans une affaire de conflits d'intérêt, est poussé après moult dénégations vers une déshonorante sortie. Enfin, une troisième personnalité, n'affichant aucun profil politique, répondant aux appels pour confier le pays à un régime dit « de compétences », vient tout juste d'obtenir pour son gouvernement la confiance de l'ARP par 134 voix. Son discours d'investiture se veut porteur d'une vision technocratique du processus de prise de décision pour mener le pays vers la bonne politique au nom de la prétendue expertise des membres de son gouvernement.
L'exaltation démesurée de l'expert pour définir un modèle alternatif au pouvoir des politiques, a pris en Tunisie post-soulèvement valeur de rite. A chaque crise, le désenchantement s'empare des Tunisiens envers les politiciens. Ne se sentant plus correctement représentés par la classe politique, ils se mettent à fantasmer à propos du gouvernement des technocrates, sa neutralité, sa rigueur, sa rationalité et son objectivité. Non élu, il est théoriquement apolitique et ne se mêle pas des controverses partisanes. S'opposant de fait à la réalité politicienne, la vision technocratique, dit-on, est ordonnée et caractérisée par une rationalité plus affirmée que celle d'un gouvernement basé sur des quotas partisans. Le choix d'options raisonnées maximise ainsi les résultats.
Les piètres performances du gouvernement Fakhfakh ne pouvaient que re-polariser l'attention sur la valeur imaginaire des technocrates. Cette prévalence quasi déraisonnable d'un modèle de gouvernement où les choix politiques sont réduits à de pures options techniques, constitue un verdict accablant pour la classe politique dans son ensemble et pour ses débats oiseux qui ont mené à l'absence de décision et à la lenteur excessive dans la réponse de l'Etat. Tout cela a fini par susciter le désarroi profond d'une opinion publique déjà ballotée au gré des contradictions des uns et des autres.
Parfait connaisseur des « dossiers » et en possession d'une compétence reconnue, le « technicien » est l'antidote du politicien qu'on découvre subitement incompétent, mauvais administrateur, impuissant face à la crise économique, dépensier quand il s'agit de l'argent public, assoiffé de pouvoir, peu regardant pour l'intérêt général, habile intriguant et soucieux de sa carrière et de son prestige personnel.
Si le mérite propre du technocrate s'arrête aux frontières des connaissances spécialisées dont il est le détenteur, les ministres du gouvernement de compétences sont, en bonne logique, choisis peu ou prou sur la base de leur activité strictement professionnelle et accéderaient aux honneurs au vue d'une compétence préalablement reconnue.
Mais la promotion de l'expert au rôle de gouvernant est génératrice d'ambiguïté au sens où la gestion de la totalité exige d'autres opérations mentales et d'autres conduites que celles générées par la seule compétence. Certes, le manager, au profil pointu, orienté vers l'aménagement des choses, est bien capable d'assimiler toutes les données d'un problème et d'en assurer la réalisation au moindre coût mais, manquant souvent de connaissances sérieuses sur le maniement des hommes, il est incapable de décisions politiques majeures, impuissant à maîtriser cette part d'irrationnel située en marge de la technicité.
En plus, ce modèle de gestion, qui paraît simple et fait consensus, est un trompe- l'œil car il ne coïncide pas avec les conditions politiques et économiques, qui sont beaucoup plus complexes, changeantes, et largement éloignées de cet idéal. A cela s'ajoute la médiocrité du monde politique. Le bavardage, caquetage et pinaillage de ses représentants sont totalement incompatibles avec le travail d'un gouvernement quelle que soit sa nature et ne permet pas à ce dernier de répondre aux attentes des citoyens, d'où l'attentisme qui a toujours prédominé l'action des gouvernements successifs, alors qu'il fallait frapper vite et fort. La crise économique sans précédent et la déliquescence des comptes publics en rajoutent encore plus à l'ambiance surréaliste qui enveloppe le paysage politique tunisien d'une couche épaisse d'incertitude. Plus inquiétant encore, une politique d'annonces plus irréalistes les unes que les autres tient lieu de programme : on fera ceci, on fera cela, mais au final rien n'est fait, pas même sur les grands registres qu'impose la feuille de route.
En revanche, dans une démocratie non dévoyée où la culture démocratique et la conception de l'Etat de droit sont suffisamment ancrées dans les esprits, les politiques sont écoutés pour des raisons extérieures à la pure expertise technique ; certains pour leur charisme et à un prestige lié à des expériences historiques ; d'autres pour leur engagement à défendre une cause, une conception de la vie et pour leur rôle de porte-parole de l'opinion.
Pour finir, juste une question : comment feraient par exemple l'UGTT et les nombreux ténors de l'opposition qui n'arrêtaient pas de réclamer un gouvernement de compétences, si les technocrates, au nom de l'efficacité et de la rigueur budgétaire – et parce qu' « ils ne font pas de politique », proposaient des réformes douloureuses ? Quelle serait l'attitude des pourfendeurs des institutions financières internationales qui crient à tout bout de champ que le FMI et la BM soumettent le pays à leur insupportable diktat et infligent à la souveraineté nationale le carcan humiliant de la dette, lorsque ce même gouvernement de technocrates déciderait de mettre de l'ordre dans la gestion de la dette ?
Alors qu'un politique, parce qu'attentif au malaise social et ses répercussions et cherchant à être populaire, donne un peu à tout le monde et ne se met personne à dos, le technocrate, réputé pour agir sans états d'âme, maintiendra jusqu'au bout sa politique insensible à la détresse des situations sociales et indifférent aux inquiétudes du petit peuple. Il est alors jugé dogmatique, ignorant la nature du pays, la diversité des régions, la vraie mentalité des hommes, ne cherchant qu'à faire plier la réalité au verdict du calcul et à ramener les choix politiques à de pures opérations techniques.
Au désir de conciliation à tout prix qui anime le politicien, s'opposerait ainsi l'intransigeance froide du technocrate. Sa politique, qui aurait entrainé des tensions sociales insupportables, sera alors fortement contestée et jugée contraire aux intérêts de peuple. Pris à partie par l'opinion, on fouillera dans son passé pour le discréditer, on contestera son patriotisme et l'on ne manquera pas de l'accuser d'être à la solde des puissances étrangères. Il ne reste plus alors qu'à proposer une nouvelle feuille de route et à manifester pour le retour d'un gouvernement de politiques.
Emna Ben Arab, Ph.D
Professeur Universitaire


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