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Abdelhamid Larguèche : Hommage à Mohamed Hédi Chérif, l'historien
Publié dans Leaders le 25 - 01 - 2021

Le professeur Mohamed Hédi Chérif, pionnier de l'histoire moderne et contemporaine à l'Université tunisienne, vient de nous quitter discrètement, des suites d'une longue maladie.
Tous ses élèves, disciples et amis reconnaissent en lui le maître rigoureux et l'homme de valeur. Il fait partie de ces pionniers qui ont fondé l'Ecole d'histoire nationale tunisienne et qui ont formé l'essentiel des générations qui constituent le corps de la communauté scientifique tunisienne en histoire moderne et contemporaine depuis des décennies.
Pionnier de l'histoire de la Tunisie moderne
Chercheur rigoureux et fin connaisseur du territoire de l'historien, le professeur Chérif a contribué de façon qualitative à asseoir les bases d'une écriture historique moderne. Non seulement parce que la modernité fut au centre de ses préoccupations de chercheur, mais aussi parce qu'il s'est inscrit dans une pensée ouverte et critique qui lui a permis de forger ses outils et concepts au contact de toute la production théorique et conceptuelle du XXe siècle.
Sa thèse monumentale publiée en 1986 sur la société et le pouvoir en Tunisie à l'époque de Hussein bin Ali (1705-1740) constitue un tournant dans l'étude de l'époque précoloniale en Tunisie et au Maghreb. Depuis, il a consacré l'essentiel de ses recherches à la quête des conditions historiques de la genèse de l'entité territoriale tunisienne telle que nous la connaissons aujourd'hui. Partant de grandes interrogations sur le pouvoir politique husseinite et son rôle primordial dans la cristallisation de l'entité politique et humaine qu'était la « Régence de Tunis », sur l'adoption progressive des techniques de la modernité ayant permis au pouvoir et aux groupes ascendants dans les cités et les campagnes d'unifier le pays et de construire une entité centralisée, administrée autour de Tunis et des villes du littoral.
Il a suivi avec attention l'ouverture de la Régence sur le monde méditerranéen et l'Europe et ses implications multiples. Son article « Expansion européenne et difficultés tunisiennes, 1815-1830 », paru dans la revue des Annales en 1970, trace de manière éloquente les nouvelles tendances qui ont amené à l'ankylose de l'économie et de la société et à l'instauration de nouveaux types de rapports entre les deux rives de la Méditerranée.
Historien de l'Etat, il est resté sensible au social, historien des élites, il n'a pas manqué de redonner leur place aux classes populaires dans l'histoire nationale, notamment dans une contribution originale publiée en 1971 et intitulée « L'organisation des masses populaires par le Néo-Destour en 1937-38 ». Il a construit son approche sur la base de la dialectique sociale globale qui montre le mouvement de l'histoire dans sa complexité et dans la diversité de ses formes et nuances.
Un enseignant hors pair
Comme enseignant, il s'est distingué par la clarté de son exposé, le sens de l'effort pédagogique, familiarisant ses étudiants avec les concepts clés de l'histoire nouvelle, la structure et la conjoncture, l'événement et le contexte, les modèles économiques globaux et les particularités des formations sociales spécifiques. Il a su ainsi mettre à contribution tous les modèles explicatifs nouveaux tout en restant attentif à l'expérience historique concrète dans ce qu'elle a de plus spécifique.
Sa longue carrière d'enseignant depuis les lycées de Sousse et de Tunis jusqu'à l'université tunisienne s'étale sur quatre décennies depuis la fin des années 1960. Il a contribué à concevoir des manuels scolaires de qualité etinitié des réformes, dont l'instauration du concours de l'agrégation en histoire au milieu des années 1980.
Un homme de valeur
Mais c'est aussi à l'homme que nous rendons hommage, pour ses qualités et les valeurs académiques et humaines qu'il a incarnées sa vie durant.
Il a su partager sa vie d'universitaire avec ses étudiants et ses collègues. Une exemplarité qui se lit à travers les groupes qu'il a animés, les débats qu'il a initiés et sa volonté de rapprocher et de créer des foyers de réflexion et de production collectives.
Avec ses étudiants, à qui il a toujours réservé le meilleur accueil, il s'est toujours investi dès le choix du sujet de recherche, jusqu'aux orientations bibliographiques, au choix des méthodes et des problématiques, tout en respectant la liberté du chercheur, établissant ainsi un modèle de rapports épanouissant fondé sur la liberté et la responsabilité. Plusieurs parmi nos historiennes et historiens universitaires formés à son école peuvent en témoigner.
Il a été aussi un homme du devoir et un citoyen au-dessus de tout soupçon. Syndicaliste convaincu, il a été présent dans les moments clés pour défendre l'autonomie de l'Université et les bonnes manières de la gouverner. Il a assumé les fonctions de Doyen de la faculté des Sciences humaines et sociales, soutenu par ses collègues pour contrer la dérive autoritaire à l'Université en 1987.
Avec sa disparition, le pays vient de perdre l'un des esprits les plus éclairés parmi l'élite des bâtisseurs de la Tunisie contemporaine.
Abdelhamid Larguèche
Historien, ancien élève et ami de feu Hamadi Chérif
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