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Mohamed Kerrou: De la complexité et de la difficulté de comprendre et d'analyser l'actualité
Publié dans Leaders le 30 - 06 - 2022

La Tunisie passe actuellement par une phase exceptionnelle qui s'inscrit dans une période historique de transition politique à caractère incertain et imprévisible.
L'ère des incertitudes n'est pas propre à la Tunisie puisqu'elle n'épargne aucun pays du monde actuel, où la globalisation impose ses logiques de déstructuration et de restructuration des sociétés et des modes d'organisation et de pensée.
Depuis le 25 juillet 2021, le pouvoir politique tunisien a changé de mains : d'un régime politique hybride et dominé par les islamistes ayant mis le pays à genoux, il est désormais entre les mains d'un «seul homme» qui se présente comme «le sauveur d'une Nation» menacée dans ses fondements, par la corruption et les risques d'anarchie et d'effondrement de l'Etat. Grâce aux mesures exceptionnelles du 22 septembre 2021, le Chef de l'Etat s'est arrogé (théoriquement) tous les pouvoirs afin de mener à bien ses réformes, soutenu qu'il est par les forces de sécurité et par la majorité écrasante du peuple qui l'avait déjà élu comme président de la république, en 2019, par le biais d'un vote massif estimé à 72% des voix.
Le coup de force du Chef de l'Etat, lors de la «journée historique du 25 juillet», a été perçu différemment par le peuple et par les élites, par les acteurs politiques et par les médias nationaux et internationaux.
Lorsque nous demandons aux Tunisiens ce qu'il en est de la situation actuelle, la réponse est immédiate quelle que soit leur position vis-à-vis des événements : «nous ne savons pas où nous allons». Ainsi, c'est le «flou artistique» qui domine les esprits dans un contexte de crise globale, à la fois politique, économique, écologique, sociale et morale.
Par contre, lorsque nous lisons des articles sur la Tunisie écrits et diffusés à l'international, nous constatons que l'image est claire : la Tunisie est passée d'une démocratie pluraliste à une dictature personnelle.
Cette clarté de type caricatural et surréaliste, partagée aussi bien par des intellectuels et politiques tunisiens que par des journalistes et observateurs étrangers, n'a d'égale que la méconnaissance des réalités de la Tunisie.
En effet, ce petit pays de brassage des populations, des cultures et des idées qu'est la Tunisie, n'est au présent, comme dans le passé récent, ni une dictature, ni une démocratie. Il n'en a, au-delà des velléités et des prétentions des uns et des autres, ni les moyens ni les ambitions. C'est un pays en pleine transformation, tout en étant arrimé aux traditions. Parmi ces traditions historiques et sociologiques, il y a «le pouvoir d'un seul homme», de surcroit de sexe masculin, composant avec une «femme forte», tantôt à l'ombre, tantôt au-devant de la scène. D'où le besoin irrépressible de renouer avec le régime présidentiel qui correspond à la structure patriarcale de la famille, d'autant plus réactivée de nos jours que les femmes ont effectué une percée fulgurante, dans tous les domaines, lors des dernières décennies.
Au cours des dix ou onze dernières années, la Tunisie était politiquement pluraliste avec un espace public des plus influents, animé qu'il est et demeure par l'esprit d'émancipation face à une administration tatillonne et un pouvoir au service d'un parti antiétatique qui régnait, au moyen d'alliances et d'un «compromis pourri» scellé avec le défunt parti aujourd'hui disparu de Nida Tounes. Ce subterfuge politique a été créé de toutes pièces par feu Béji Caïd Essebsi, en vue de l'accès à la présidence de la république et du partage illusoire de l'autorité et du pouvoir.
C'est contre cette logique islamo-libérale, mystificatrice et corrompue, qu'émerge alors un «outsider», un personnage hors-pair, du nom de Kais Saied, combinant nationalisme et populisme, tunisianité, arabité et islamité, avec une ténacité remarquable de réhabiliter le rôle de l'Etat national, souverain et indépendant. Il est, en cela, plus proche « De Gaulle » que de Nasser, de Bourguiba que de Kadhafi, étant donné son double côté passionnel et pragmatique, utopique et réaliste.
Tant que nous n'avons pas compris le profil psychosociologique de ce nouveau type de «leader national» en écoutant ses discours et en observant de près sa démarche progressive, tendue vers un objectif messianique de salut national, il est difficile de cerner la configuration du politique dans ce «plat pays» qu'est le nôtre.
La complexité de la situation découle non seulement d'un pouvoir qui n'a pas encore les ressorts nécessaires et suffisants de son propre exercice, mais également du manque d'information et de communication qui caractérise la situation actuelle où prévaut, à tous les niveaux, l'incompréhension.
Or, l'information provient comme nous le savons de trois cadres sociaux de la connaissance politique: les renseignements, les gouvernants et les gouvernés.
Ces trois cadres interagissent entre eux et leur interdépendance n'exclut pas leur autonomie relative. D'abord, les renseignements nationaux et internationaux vivent une situation paradoxale où ils bénéficient de trop d'informations sans disposer du temps suffisant et de la capacité d'analyse nécessaire. En plus, ils échangent peu d'informations entre eux et avec les acteurs, hormis le secteur sécuritaire qui est à la pointe de ces structures de «l'intelligence» et des finances. Secundo, le pouvoir présidentiel pour légitime et populaire qu'il est, n'est pas entouré d'une équipe de compétences expérimentées et de comités de réflexion aguerris qui éclairent son mode de gouvernance et l'orientent vers des mises en œuvre effectives des idées-projets. De là la primauté de la rhétorique sur l'action de réforme.
Que reste-t-il pour comprendre l 'évolution de la situation sinon les gouvernés ou «l'acteur peuple» qui est à la fois versatile et mouvant, tout en ayant un esprit pratique de défense de ses intérêts immédiats et potentiels. Ce «peuple» qui voulait «la chute de l'ancien régime» n'a pas d'horizons et se trouve en butte aux difficultés financières et aux surenchères verbales.
De cette arène politique complexe dont l'analyse devrait restituer la diversité et l'unité, avec des termes simples, il y a lieu d'établir un diagnostic objectif de la situation qui prend en considération les subjectivités des acteurs dans la mise en scène du politique.
De fait, il s'avère qu'en dépit de l'incompréhension prédominante au niveau de l'échiquier national, la violence demeure maitrisée mais le champ politique, social et idéologique est fortement clivé entre les adversaires et les partisans du «25 juillet» ou du président de la république. À l'ancienne bipolarisation entre les islamistes et les modernistes, s'est substituée une bipolarisation entre les antis et les pro-Kais Saied. Cette bipolarisation de type subjectif et émotionnel, certes compréhensible en tant que résultante logique des contradictions politiques, n'aide pas toutefois à gérer la grave crise que traverse la Tunisie. Car l'émotionnel n'est pas une panacée contre la destruction objective des institutions formelles et informelles de la société, de l'économie et de la politique.
Quelles solutions pourrions-nous entrevoir ? Y-a-t-il de l'espoir pour sauver le «bateau ivre» de la Tunisie actuelle?
Dans une perspective historique du politique, le rôle de la Centrale syndicale semble incontournable. Il lui incombe, avec son expérience de structure médiane entre l'Etat et la société, de relancer un nouveau type de concertation avec le pouvoir politique et économique qui soit à la fois différent des précédents dialogues et novateur dans sa conception de sortie de crise. J'y reviendrai, avec plus de détails, dans un prochain article.
Nota bene: Le présent article a été écrit aujourd'hui, le 30 juin 2022, juste avant la publication de la nouvelle Constitution, pour contribuer à situer le débat au-delà de l'approche politique simplifiante, avec l'objectif non de s'y substituer mais plutôt de concilier entre la simplicité et la complexité de la compréhension et de l'analyse.


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